Colloque
Université du Québec à Montréal

L'imaginaire contemporain. Figures, mythes et images

Mercredi 23 Avril 2014 - Vendredi 25 Avril 2014

Présentation du colloque

 
Pour accéder plus aisément aux communications, veuillez consulter la table des matières.
 
Pour fêter ses quinze ans d’existence et la fin d’un premier grand cycle de recherches, Figura, le centre de recherche sur le texte et l’imaginaire, a organisé les 23, 24 et 25 avril 2014 à l’Université du Québec à Montréal un colloque international sur l’Imaginaire contemporain. Cette période qu’est la nôtre a été approchée à partir de perspectives diverses, tant philosophiques qu’esthétiques, et elle a été étudiée dans ses dimensions, culturelles, artistiques et littéraires.
 
L’imaginaire contemporain pose, on le sait, d’importants enjeux tant sur le plan de la conceptualisation que de la description. Qu’est-ce que le contemporain? À quelles expériences nous convie-t-il? Quels récits ou œuvres d’art génère-t-il? Et quelles métaphores, quelles figures pouvons-nous utiliser pour saisir une partie de ce que nous expérimentons? Quel sens peut-on donner à ce mot à une époque où les changements continuels (sur le plan technologique, notamment) semblent annihiler toute forme de présent pour nous projeter sans cesse vers l’avenir?
 
L’imaginaire est conçu comme une médiation, une interface entre le sujet et le monde, une relation singulière qui se complexifie en se déployant, ouverte sur les dimensions culturelles et symboliques au cœur de toute société. Comment décrire cette interface, quel type d’interprétation ou de mise en récit mettre de l’avant afin d’en rendre explicites les lignes de failles et les tensions? Car le monde se donne à connaître par ses signes, et les productions culturelles, artistiques et littéraires sont d’importants révélateurs de ces failles et tensions aussi bien que des lignes de force qu’elles permettent d’expérimenter.
 
À l’image des recherches qui ont été au cœur des travaux de Figura depuis quinze ans, le programme de ce colloque a pour objectif d’étudier quelques-unes de ces lignes de force et de tension qui déterminent l’imaginaire contemporain, en proposant un éventail de recherches distribuées en fonction de trois vecteurs. Le premier consiste à décrire le plus grand nombre possible de manifestations de cet imaginaire contemporain et à entreprendre d’en comprendre la portée et les effets sur notre expérience du monde. Le deuxième entreprend de suivre le contemporain à la trace, en étudiant ses principales pratiques culturelles, artistiques et littéraires, et en explorant des stratégies de création, de recherche et de diffusion ancrées dans les plus récents dispositifs techniques élaborés. Le troisième entend théoriser le contemporain et en offrir un portrait différencié, fondé sur une archéologie conceptuelle et historique.
 
Parmi les enjeux qui seront soulevés tout au long de ce colloque, on peut noter d’entrée de jeu: le développement du numérique et son impact sur les pratiques culturelles, artistiques et littéraires; les transformations majeures des pratiques de recherche et de création; le développement de nouvelles disciplines; la place occupée par le médium livre dans notre culture; les formes complexes de notre expérience du monde, abordée tant du point de vue de l’architecture que de la géographie; les stratégies actuelles de représentation du corps et de la subjectivité, dans un monde marqué tout autant par la technique que par la perte de sens; les liens entre le texte et l’image, la photographie et le réel, le cinéma et les modes de représentation; les formes du politique; les pratiques littéraires et culturelles; l’extrême contemporain.
 
Par l’éventail des problématiques abordées et le regard croisé auquel elles engagent, ce colloque a offert un portrait contrasté de l’imaginaire contemporain, un portrait qui, à défaut d’être exhaustif, a su suscité de nouvelles recherches sur une situation, la nôtre, encore en pleine mutation.
 
 
 
*  *  *
 

Table des matières

 

Conférences 

 

Ateliers thématiques

 
*  *  *

 

Programme détaillé

 
 
Mercredi 23 avril 2014
 
Conférence-plénière
 
 
Ateliers thématiques
 
Responsables d'atelier: Nicolas Xanthos et René Audet
 
C’est sans doute à bon droit qu’on parle moins, aujourd’hui, du personnage littéraire comme d’un «être de papier»: cette conception renvoie à un imaginaire où était prononcé le divorce entre les mots et les choses, où la pratique romanesque se voulait intransitive. Sans naïveté mais aussi sans défaitisme, la fiction d’aujourd’hui a reconquis, à nouveaux frais, quelque chose de sa capacité à interroger, dire ou figurer le monde et les êtres – ou encore à s’inquiéter de leurs avatars actuels. Ce sont quelques-unes de ces formes humaines de la fiction contemporaine que le présent atelier vise à explorer, pour saisir autant la poétique que commandent ces personnages que les conceptions anthropologiques qu’ils fondent. L’éventail est large: du personnage coupé du monde à celui qui s’y inscrit par un agir (ré)affirmé, du personnage solitaire et évanescent à celui qui s’ancre dans la complexité d’une histoire individuelle ou collective, du personnage campé dans le seul présent à celui que travaille une (post)mémoire, du personnage impassible à celui que définit le sensible, du personnage à qui le sens échappe à celui qui invente de nouvelles lignes de lisibilité dans le réel, etc. Ainsi, c’est au savoir anthropologique de la fiction contemporaine, saisi dans les déplacements poétiques que sa constitution réclame, qu’on entend prêter l’oreille ici. (Archives)
 
Communications de l'atelier:
 
 
 
Responsable d'atelier: Andrea Oberhuber
 
Dans la perspective des études actuelles qui prolifèrent sur les rapports texte/image, notamment dans le domaine de l’histoire du livre et de la photolittérature, il y aura lieu de s’intéresser aux nouvelles formes livresques qui se déploient dans ce face-à-face entre deux moyens d’expression hétérogènes, soit dans les interstices qui s’ouvrent entre les mots et les images photographiques. Dans bon nombre de ces projets issus d’une démarche collaborative qui se veut «avant-gardiste», la photographie joue un rôle de premier ordre, détrônant à l’occasion la peinture, le dessin, la gravure et la lithographie. Le médium photographique se voit littéralement revalorisé en tant que moyen artistique délaissant dès lors sa fonction d’épreuve du réel, à valeur documentaire ou illustrative (dans le sens d’une paraphrase visuelle). De la tradition du livre illustré largement répandu au XIXe siècle (et au delà) au roman-photo contemporain en passant par le livre dit surréaliste et le livre d’artiste, la réflexion portera sur l’objet livre comme espace d’expérimentation qui, à travers les enjeux du littéral et du pictural, propose des configurations multiples d’échange et de partage mais aussi de divergence quant aux enjeux médiatiques. (Archives)
 
Communications de l'atelier:
 
 
 
Responsables d'atelier: Maryla Sobek et Joanne Lalonde
 
L’objet de cette rencontre sera de favoriser les échanges et de partager les expériences en recherche et création autour de pratiques qui sollicitent le corps, qu’il soit imaginaire, imaginé, modifié, dansé, détourné ou encore avatar. Le corps est le sujet et l’objet qui a toujours occupé une place prépondérante dans la littérature, les arts visuels, les arts de la scène et les recherches scientifiques tant sur les plans esthétique et historique que médical. Décrit, imaginé, peint, sculpté, mis en scène ou capté par l’œil de la caméra, le corps représente un vecteur privilégié de l’esthétique et de l’imaginaire de chaque époque. Ainsi les présentations exploreront dans une perspective interdisciplinaire les différents aspects du travail du corps et par le corps suivant des approches esthétique, artistique, sociale, médiatique ou technologique. Métamorphoses et marqueurs corporels, relations corps-espace, esthétiques du geste et du mouvement, identités, désirs et normativité, sont autant d’aspects qui seront discutés et/ou mis à l’épreuve de la création. Cette rencontre a été organisée par Maryla Sobek, Manon Levac et Joanne Lalonde. (Archives)
 
Par la diffusion de ces présentations nous souhaitons rendre hommage au travail et à la mémoire de notre collègue Maryla Sobek, décédée le 22 mai 2014.
 
Séances de l'atelier:
 
 
 
Responsable: Véronique Cnockaert
 
Le roman n'est jamais le décalque de la réalité, il génère ses propres cartographies, ses propres espaces-temps: il obéit à l'économie narrative du récit. Cette économie est cependant toujours tributaire d'un imaginaire graphique puissant à l'intérieur duquel la ligne, le mot et l'idée s'assemblent, s'unissent, se rejoignent. Qu'il s'agisse de la ligne ascendante ou descendante d'une destinée, de la ligne morale ou idéologique, de la ligne de vie, des lignes qui structurent l'espace ou de celle qui métaphorise le temps, la ligne (d'écriture) ne cesse d'ordonner l'imaginaire. Aussi le réel est-il graphiquement et culturellement constitué. Cet atelier voudrait prendre en compte et analyser à partir d'une étude des «lignes littéraires», les événements et phénomènes (géographique, psychologique, politique, esthétique, etc.) qui sont inféodés à la ligne. C'est un fait que celle-ci crée au sein du roman des cadrages esthétiques, imaginaires et symboliques précis. Autrement dit ce colloque voudrait considérer la littérature comme un exercice graphique au sens fort du terme dans lequel la ligne droite joue sur tous les tableaux de la vie parce qu'elle valorise de facto un cadrage particulier de la réalité et recompose de la sorte le monde. (Archives)
 
Communications de l'atelier:
  • Marie-Claude Bouthillier. «Tracés périlleux» [Communication non disponible]
 
 
 
Responsable de l'atelier: Marc-André Brouillette
 
La recherche création constitue un champ multidisciplinaire à l’intérieur duquel dialoguent pratiques artistiques, réflexions et enseignements. Compte tenu de sa présence encore récente dans nos institutions universitaires et collégiales – malgré ses quelques décennies d’existence, on considère encore que ce domaine est jeune –, il apparaît important de se pencher sur sa nature sans cesse évolutive et sur la diversité des objets qu’elle rassemble. (Archives) [Atelier non disponible]
 
 
 
 
Jeudi 24 avril 2014
 
Conférence-plénière
 
 
Ateliers thématiques
 
Responsable d'atelier: Bertrand Gervais
 
L’imaginaire contemporain pose, en tant qu’objet d’étude, d’importants enjeux tant sur le plan de la conceptualisation que sur celui de la description. Qu’est-ce que le contemporain? À quelles expériences nous convie-t-il? Quels récits ou œuvres d’art génèrent-ils? Et quelles métaphores, quelles figures pouvons-nous utiliser pour saisir une partie de ce que nous expérimentons? Quel sens peut-on donner au mot «contemporain» à une époque où les changements continuels semblent annihiler toute forme de présent (et a fortiori du passé) pour nous projeter vers l’avenir? Le présent, notre présent, n’est pas un temps homogène; il est fait de temporalités différentes, de tensions multiples et de vecteurs pluriels, qu’il convient d’identifier et de comprendre. On le désigne maintenant comme contemporain. Ce terme est, selon Lionel Ruffel, une non-catégorie, une notion de faible intensité qui a pourtant réussi à s’imposer et, comme il le dit, «qui se porte bien et surtout qui ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui» (2010, p. 10). Cette non-catégorie renvoie souvent à une logique de l’émiettement et de la fragmentation, du ponctuel, voire de l’équivoque. Quelles en sont les manifestations littéraires, en France notamment où le terme d’extrême contemporain s’est imposé pour rendre compte de la production littéraire des dix dernières années, mais en Amérique du nord aussi, où la production semble marquée par un retour à des formes déjà bien établies. (Archives)
 
Communications de l'atelier:
 
 
 
Responsables d'atelier: Vincent Lavoie et Alexis Lussier
 
À travers l’indice se pose le rapport à l’enquête, à la preuve, au récit, à une symptomatologie de la vérité que plusieurs chercheurs critiquent ou revisitent, à la suite par exemple de Ginzburg, en interrogeant la valeur de probité que le droit reconnaît ou non à la photographie depuis les années 1880. Pourquoi les avocats, les experts appelés à la barre font-ils appel aux images pour faire valoir leurs opinions? Pourquoi les mots ne suffisent-ils pas pour emporter la conviction des jurés lors de procès d’assises? Il y a quelque chose d’archaïque et de fondamentalement contemporain dans le geste de brandir des photographies, de projeter des documents visuels, de lancer une animation infographique à des fins de persuasion. Archaïque parce que ces gestes de démonstration renvoient au fondement même de la rhétorique. Contemporain parce que les images, ces «témoins silencieux», tiennent la dragée haute à ces preuves invisibles que la criminalistique recueille (fibres, fluides, molécules) et présente comme irréfutables. Si l’admissibilité en preuve des images n’est pas chose récente, leur reconnaissance au titre d’«arguments visuels» l’est davantage. On doit donner à voir pour convaincre. Ce principe est en apparence simple. Toutefois, celui-ci prend aujourd’hui une dimension inédite avec la montée en puissance de l’image au tribunal, la multiplication de sociétés spécialisées dans la modélisation d’accidents divers, une culture de la croyance dopée aux documents visuels (Rodney King, O.J. Simpson, Caylee Anthony). La photographie est dans ce contexte plus que révélatrice d’indices; elle est pourvoyeuse de preuves. De l’indice à la preuve, de la supposition à la conviction, voilà peut-être le saut qualitatif – fondé ou fantasmé – que cette rencontre pourrait proposer d’étudier à partir de l’image photographique. Cette rencontre pourrait faire en sorte que se croisent des lectures et des usages judiciaires, littéraires et artistiques de l’indice visuel. Alors que l’indice est lui-même, en quelque sorte, halluciné soit en raison de la mise en valeur photographique du détail ou de la pièce à conviction, qui a toujours pour effet de rendre le visible plus frappant, on aura également l’occasion de s’interroger sur l’efficacité visuelle de l’indice. L’indice, en effet, n’est-il pas un moment visuel singulier? Une mise en valeur du détail qui aurait pour effet d’exorbiter le regard? (Archives)
 
Communications de l'atelier:
 
 
 
Responsable d'atelier: Jean-François Chassay
 
La question du monstre et de la monstruosité est vaste: de la métaphore révélant le monstre moral (individuel ou collectif) jusqu’à la représentation de l’être monstrueux comme hapax, signalant une singularité absolue à cause d’anomalies particulières, sans oublier l’association de cette figure avec le surnaturel. Les monstres ont toujours existé, ont toujours fait parler (ont toujours apeuré) et l’imaginaire du monstrueux remonte à l’Antiquité – et peut-être, déjà, aux peintures de Lascaux. Bien sûr, la norme évolue et la figure du monstre se voit tributaire de modifications culturelles. Cet atelier voudrait s’intéresser au monstrueux du point de vue de l’imaginaire de la science, c’est-à-dire en portant l’attention en priorité sur le monstre «créé». Du clone au posthumain, du cyborg au greffé en passant par le «mutant génétique», il existe un imaginaire du monstre qui provoque la peur comme l’admiration par le constat que la science peut modifier la nature humaine. La fiction traduit depuis longtemps craintes et fantasmes par rapport à l’être artificiel. C’est ce que cet atelier voudrait interroger. (Archives)
 
Communications de l'atelier:
 
 
 
Responsables d'atelier: Myriam Marcil-Bergeron et Benoit Bordeleau
 
Cet atelier fut l’occasion d’aborder quelques enjeux liés aux recherches et pratiques en cours au sein de La Traversée. Il a procédé par retours et avancées, par rétrospection critique et prospection spéculative. Trois visées lui ont donné corps et l’ont animé: 1) sonder les voies empruntées; 2) indiquer ou repositionner certaines balises théoriques/méthodologiques; et 3) ouvrir de nouvelles perspectives pour l’approche géopoétique. Sous forme d’échanges et de discussions, la présentation s'est fait en deux temps. (Archives) [Atelier non disponible]
 
 
 

«Imaginaire cinématographique. L'effet cinéma à l'époque des images en mouvement»

Responsable d'atelier: Sylvano Santini

Nous voulons, dans ce colloque, faire apparaître l’imaginaire contemporain du cinéma dans les autres formes d’art et dans les champs disciplinaires autres que les études cinématographiques. Nous pensons à son apparition et à son influence dans des domaines disciplinaires tels que l’histoire de l’art, la littérature, la sémiologie, les sciences de la communication, l’Histoire, etc. Il s’agira donc de dresser les contours de cet imaginaire en interrogeant ces différentes manifestations, remédiations, utilisations, cooptations, etc. ailleurs que dans la production de films ou leur réception. Nous aimerions également que les communications ne se limitent pas à révéler les «tropismes cinématographiques», c’est-à-dire à recenser ce qui fait penser simplement au cinéma dans une œuvre d’art, un roman, une théorie (comme l’évocation d’un nom d’acteur, d’une scène, le nom d’un film, une image). Nous aimerions que le colloque reflète l’idée que nous ne sommes plus dans une «culture de l’image» mais plutôt dans une culture contemporaine des images en mouvement. Cette culture, qui s’est accélérée depuis l’avènement du magnétoscope, a permis à tout le monde, de l’artiste high-tech au spectateur ordinaire, de s’approcher des images cinématographiques, de les toucher. Nous ne regardons plus seulement de manière passive les images en mouvement; nous pouvons les ralentir, les accélérer, les arrêter à notre guise dans nos salons et, plus encore, les démonter, les remonter et les agencer avec d’autres images sur nos ordinateurs. L’imaginaire contemporain a épousé naturellement cette capacité à manipuler les images en mouvement. Nous aimerions en avoir des exemples, en interroger les causes, en analyser les effets et les conséquences dans une œuvre, une pratique artistique, un ouvrage scientifique, un essai théorique. L’effet cinéma finalement augmente-t-il les pouvoirs d’agir d’un autre art ou de la pensée d’une discipline qui n’a rien à voir d’emblée avec le cinéma? Ou, à l’inverse, les freine-t-il pour plaire à notre imaginaire cinématographique? (Archives)

 
Communications de l'atelier:
 
 
 
Vendredi 25 avril 2014
 
Conférence-plénière
 
 
Ateliers thématiques
 
Responsables d'atelier: Antonio Dominguez Leiva et Alexandra Ivanovitch
 
En marge de recettes éprouvées et d’une tendance à la transparence sémantique, et des productions pour très grands publics, la culture populaire a développé, dès les années 60, sa propre veine expérimentaliste qui s’est tantôt abreuvée ou distancée des avant-gardes et des pratiques autoréférentielles en culture savante, avant de développer sa propre constellation néobaroque (Calabrese, 1992). De plus en plus consciente d’elle-même, elle n’a désormais de cesse d’exposer ses propres mécanismes et ses propres codes, avec ou sans arrière-plan critique. On tâchera de recueillir les efforts théoriques effectués à la suite de cette mouvance afin de la replacer dans des cadres conceptuels et historiques plus vastes.
 
On tentera ainsi de mesurer les effets pragmatiques et sociaux de la métapop (Dunne, 2010) qui agit souvent comme un révélateur du degré d’implication des spectateurs dans l’interprétation des textes et de leur volonté d’affronter et d’analyser le caractère potentiellement aliénant de la fiction de masse. Il s’agira aussi de comprendre la spécificité des fictions réflexives populaires, qui ne procèdent pas de simples transferts ou d’adaptations des régies empruntés à leurs précurseurs savants. Enfin, on se tournera vers l’avènement d’une métafiction de grande consommation en tant que mise en crise du caractère subversif de la réflexivité, non seulement dans la fiction populaire, mais aussi dans la littérature et le cinéma de production restreinte. (Archives)
 
Communications de l'atelier:
  • Antonio Dominguez Leiva. «De l'avant-pop à l'afterpop» (Archives) [Communication non disponible]
  • Sébastien Sainte-Croix Dubé. «La culture du divertissement: archétype.inc, méta-narration et l'âge de l'hyper-information» (Archives) [Communication non disponible]
  • Sarah Grenier-Millette. «It's not the end my friend, it's only the intermission: réflexivité dans le cinéma populaire indien contemporain. Le cas de Om Shanti Om (Farah Khan, 2007)» (Archives) [Communication non disponible]
  • Mélissa Goulet. «Le jeu avec le lecteur dans la métafiction policière» (Archives) [Communication non disponible]
  • Alexandra Ivanovitch. «Pop-en-stock, l'application. Enjeux d'une diffusion pop de la recherche sur le métapop» (Archives) [Communication non disponible]
 
 
 
Responsables d'atelier: Sophie Marcotte et Sylvain David
 
Le foisonnement actuel de réseaux et de communautés virtuels a pour effet de permettre la manipulation et l'analyse d'une masse de discours, données et représentations. Dans ce contexte, on s'interroge sur ce que cela signifie que de créer ou d'être lié à de tels réseaux ou communautés et ainsi de développer de nouvelles manières d'organiser, voire de penser, les connaissances. En effet, les humanités numériques, de par la posture interdisciplinaire sur laquelle elles reposent, permettent notamment la mise au jour de stratégies inédites d'analyse, d'archivage et de diffusion «communautaires» qui jettent un nouvel éclairage sur la collaboration entre les disciplines et, de manière plus générale, sur la circulation et l'évolution des connaissances. 
 
On développera ici le sujet autant dans la perspective plus spécifique de la diffusion et de la réception qui émergent du contexte des humanités numériques (bases de données, édition électronique, archivage et indexation) que dans celle de questionnements qui mettent en cause l'expérience singulière du monde comme totalité vécue dans le contexte des environnements virtuels. (Archives)
 
Communications de l'atelier:
 

 

Responsable d'atelier: Julien Lefort Favreau

Cet atelier vise à interroger la portée émancipatrice de la lecture et de l'interprétation des textes littéraires. Cette politique de la littérature engage un rapport spécifique au passé et permet d'envisager les œuvres du passé comme autant de modèles de compréhension du présent et du futur. Cette perspective permet de renouveler l'histoire littéraire, en déjouant la linéarité de la téléologie afin de mettre au jour l'actualité des textes du passé. L'observation des politiques de la lecture et de l'interprétation permet en outre de saisir la pertinence de la théorie littéraire dans l'espace social, en lui redonnant un pouvoir d'invention politique. (Archives)

Communications de l'atelier:

 
 
 
Responsable d'atelier: Pier-Pascale Boulanger
 
La traduction a ceci de particulier qu’elle est une écriture sous contrainte. C’est d’ailleurs ce qui fait sa force. Contraint par la poétique de l’oeuvre originale, les limites formelles de la langue d’arrivée, la culture du lectorat cible, les impératifs de l’éditeur, le traducteur littéraire fait son possible. Arrive la littérature numérique tramée de codes qui complexifient davantage la tâche du traducteur. La traduction de l’hyperfiction se trouve-t-elle reléguée à des routines d’ordre machinique? Ou réalise-t-elle plutôt, sous l’ajout d’une autre contrainte, numérique cette fois, un potentiel de créativité décuplé?
 
Communications de l'atelier:
 
 
 
Responsable d'atelier: Bertrand Gervais
 
L’écran est maintenant le dispositif par excellence du numérique. C’est par le biais d’un écran et de son interface visuel que nous avons accès aux ordinateurs et à leurs possibilités. Ce lien est une des composantes de l’époque contemporaine. D’ailleurs, on a assisté à une pénétration graduelle des écrans dans toutes les sphères de la vie, pénétration qui a suivi quatre mouvements: un approchement graduel des écrans; généralisation graduelle de leur présence dans toutes les activités; une interactivité grandissante, via les interfaces graphiques et une dématérialisation graduelle. L’écran est une surface d’inscription et de création, un espace de navigation et de connaissance, une interface de plus en plus dynamique qui permet à des pratiques esthétiques d’un nouveau genre de se développer. Afin de mieux comprendre les possibilités de l’écran, cet atelier offrira des réflexions variées sur la façon dont cette surface participe à des expériences et à des esthétiques numériques.
 
Communications de l'atelier:
  • Raphaël Sigal. «L'écran, l'oeil et la main» (Archives) [Communication non disponible]
  • Christophe Collard. «Médiation en mouvement: scénographier la présence permanente» (Archives) [Communication non disponible]
  • Marie Fraser. «Vers une mutation des écrans» (Archives) [Communication non disponible]
  • Gregory Fabre et Robin Varenas. «Évolution et appréhension de l'espace écranique» (Archives) [Communication non disponible]
  • Claire Swyzen. «Faire voyager le langage des nouveaux médias vers le théâtre, ou la possibilité d'une rencontre entre la culture informatique et le théâtre documentaire» (Archives) [Communication non disponible]
  • Ariana Savoie. «L'écran comme espace figural de la représentation - Whiteonwhite: algorithmicnoir» (Archives) [Communication non disponible]
 
Pour citer ce document:
Figura, le Centre de recherche sur le texte et l'imaginaire, (org.). 2015. L'imaginaire contemporain. Figures, mythes et images. Colloque organisé par Figura, le Centre de recherche sur le texte et l'imaginaire. Montréal, Université du Québec à Montréal, 23-25 avril 2014. Documents audio et vidéo. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. <https://oic.uqam.ca/fr/evenements/limaginaire-contemporain-figures-mythes-et-images>. Consulté le 29 novembre 2022.

Traduire plusieurs codes à plusieurs mains, traduire Mark Marino

Nous raconterons notre expérience de traduction collaborative de la nouvelle Living Will de Mark Marino. L’équipe à huit mains (Ugo Ellefsen, Alex Gauthier, Myriam Gervais-O'Neill et Émilie Robertson) a dû relever des difficultés de tous ordres afin de produire Testament de vie. Aussi, les solutions intéresseront ceux qui envisagent de traduire es textes d’hyperfiction.

Entre le code et le poétique

La traduction de l’œuvre numérique est un travail collaboratif. À travers les œuvres qui ont été traduites pour la revue bleuOrange, revue de littérature hypermédiatique, nous verrons comment le travail entre l’artiste Web et le traducteur doit se faire en proximité. Manipuler les mots, les images, les sons et les vidéos d’une œuvre hypermédiatique vers le français demande non seulement d’adapter la langue, mais aussi d’adapter les pratiques d’intermédialité et de remédiation. Traduire entre le code et le poétique, c’est manipuler la langue numérique.

Contraintes du support: les monstres sacrés de la mythologie de l'interface

On connaît bien la portée des révolutions textuelles précédentes, ainsi que de leurs répercussions sur la sphère littéraire, mais qu’en est-il de la révolution numérique? Ces «nouveaux» outils possèdent-ils le même pouvoir transformateur que le codex, le manuscrit ou le livre imprimé? Qu’il soit ainsi question d’œuvre numérique, numérisée, hypermédiatique ou électronique, l’arrivée des nouvelles technologies change le rapport au texte, à plus forte raison lorsqu’il s’agit de le traduire.

La cabriole digressive du hobby horse

La ligne droite (horizontale et calibrée) peut être considérée comme l’infrastructure chronotopique de l’écrit. Les écrivains (se) jouent parfois de cette raison linéaire - contrainte productive à la fois technique et symbolique. Nous observerons quelques pas de côté de la prose de L. Sterne (Tristram Shandy, 1759-1767) en suivant les trajets textuels erratiques du hobby horse, cet animal du folklore oral et festif matriciel de/dans la narration shandienne.

M. Caravan ou l'homme-pendule: l'oppression de la ligne et de la lettre dans «En famille» de Maupassant

Sous les couverts de l'histoire comique, Maupassant illustre dans En famille toute l'aliénation d'un homme qui, incapable d'atteindre l'échelon supérieur, reste coincé dans l'horizontalité. Étude de l'ordre, des corps et du mouvement autour de M. Caravan, «l'homme-pendule».

Quelques lignes «intra muros et extra». Lecture de l'incipit du «Père Goriot»

L'incipit du Père Goriot est tributaire d'un imaginaire graphique puissant, et plus spécifiquement d'une logique graphique qui met en relation architecture, Histoire, esthétisme, présupposés idéologiques et éthos social. Cet univers fortement posé comme un cadastre s'avère également constitutif du personnage, la ligne de l'un s'apparentant à la ligne de l'autre comme dans un phénomène de coalescence. C'est ce discours muet du dispositif topographique et idéologique que cette communication voudrait mettre à jour et analyser. 

La preuve corporelle

Les meurtres, crimes, tueries, assassinats de masse et en masse nous ont livré et continuent de livrer des millions de corps au regard comme preuve des faits commis. Pour donner un corps à regarder, il faut l’avoir: «que tu aies le corps» — ce qui est le sens de l'Habeas Corpus Act. À l’opposé, les négationnistes comprennent l’absence concrète des corps comme la preuve que tel fait n’a pas eu lieu, que le crime ou le génocide n’a pas été accompli.

Dieu a planté son compas dans la Seine: le «Paris» de Vigny vu sous tous ses angles

Lorsqu’Alfred de Vigny dans ses Poèmes antiques et modernes emmène deux bonshommes contempler la vue du haut des tours de Notre-Dame, c’est un spectacle jamais vu qui s’offre à eux. L’élévation ainsi gagnée leur vaut d’embrasser le paysage du point de vue de Dieu, et cette objectivation du réel mis à distance, ce recul promeut «Paris» au rang de symbole universel.

Le souci d'évidence et le plus de regard: photographie et instance de vérité en psychanalyse

Il y a sans doute, de ma part, un désir d’aborder l’envers de la problématique, mais ce sera, je l’espère, pour mieux la mettre en valeur.  De tout temps, la psychanalyse ne peut prétendre à l’évidence. Elle ne peut ni en appeler à une quelconque instance de vérité (science, objectivité, expérience reproductible en laboratoire), ni prétendre convaincre quiconque demanderait… à voir. C’est aussi pourquoi la psychanalyse, qui s’intéresse au scénario criminel, ne peut servir à appuyer aucune des décisions commises lors d’un tribunal.

Édouard Levé. Pratiques contemporaines et hybridation de l'expérience littéraire

Non sans humour, Édouard Levé (1965-2007) constatait dans son Autoportrait datant de 2005: «Bien que j’aie publié chez lui deux livres, mon éditeur continue à me présenter comme un artiste, si j’étais comptable, en plus d’être écrivain, je me demande s’il me présenterait comme un comptable».

Une oeuvre, deux signatures: «Le Coeur de Pic»

Depuis les recherches d’Henri Béhar (1982), de François Chapon (1987), de Renée Riese Hubert (1988) et de Lothar Lang (1993), de Johanna Drucker (1995) et d’Yves Peyré (2001), entre autres, menées dans le domaine des études sur l’objet livre, on sait la place privilégiée qu’occupe la collaboration entre écrivains et artistes visuels dans l’élaboration d’une esthétique «transfrontalière».

La figure de la velocewoman, du papier au cliché

C’est à l’aube du XXe siècle, alors que la société est encore ivre de l’effervescence moderne, que les velocewomen (revêtues de leurs bloomers), commencent véritablement à circuler dans les rues des grandes métropoles américaines et européennes. Les artistes de l’époque, fascinés par cette figure de «femme en mouvement» qui envahit l’espace public, l’ont d’ailleurs fréquemment mise en scène au sein de leurs œuvres, agrémentées à l’occasion d’illustrations ou de photographies. Maria E.

Conversion du regard et conjonction générique. Portrait du Brésil en tombeau littéraire par Blaise Cendrars et Jean Manzon

En 1952, Blaise Cendrars et Jean Manzon signent conjointement le volume consacré au Brésil dans la collection «Escales du monde» (Les Cahiers d'Art - Monaco). La rencontre entre l'écrivain et le photographe n'est pas seulement celle de deux amoureux du pays.

Photographie, censure et publicité. Larry Clark au péril de la loi française

Du 8 octobre 2010 au 2 janvier 2011, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris a présenté – et interdit aux moins de 18 ans – Kiss the Past Hello, la première rétrospective en France des œuvres du photographe et cinéaste américain Larry Clark. En signe de solidarité et de soutien à l’artiste ainsi exposé et censuré, Libération a illustré la Une du 7 octobre d’une photo explicite de Clark sur laquelle deux adolescents nus, allongés sur la banquette arrière d’une voiture, s’embrassent et se caressent érotiquement.

Introduction

L’objet de cette rencontre sera de favoriser les échanges et de partager les expériences en recherche et création autour de pratiques qui sollicitent le corps, qu’il soit imaginaire, imaginé, modifié, dansé, détourné ou encore avatar. Le corps est le sujet et l’objet qui a toujours occupé une place prépondérante dans la littérature, les arts visuels, les arts de la scène et les recherches scientifiques tant sur les plans esthétique et historique que médical.

Les Humanités: entre sciences et numérique

C'est un lieu commun d'identifier les premiers débuts de ce qu'on a convenu de désigner Humanités numériques (ou digitales...) avec les travaux de Roberto Busa. Celui-ci a permis l'écriture d'une histoire intellectuelle et institutionnelle traversant les frontières et les évolutions de l'informatique (Humanities computing) et leurs réceptions au sein des Sciences humaines et sociales. Mais est-ce vraiment le cas? Ou bien faudrait-il re-visiter les textes fondateurs de l'informatique (A. Turing. J. von Neumann et N.

«Jeannot-la-Corneille» en XML: d'une génétique traditionnelle à sa version numérique

La diffusion des brouillons d’une œuvre – manuscrits, notes de régie, tapuscrits, dactylogrammes, etc. – en livre papier se trouve limitée par la quantité de pages, et l’accès au dossier génétique, plus souvent qu’autrement différé. Si le développement de technologies et d’outils destinés à la critique génétique transforme ces pratiques depuis qu’Internet et l’ordinateur effacent presque entièrement les limites de diffusion des avants-textes, le caractère immatériel et illimité des nouveaux supports ouvre cependant un potentiel vertigineux et chronophage.

Le NT2-Concordia: enjeux et défis du Web 3.0

On le sait, les nouvelles technologies de l'information et de la communication changent radicalement la façon dont on envisage tous les aspects de la vie contemporaine, notamment la manière dont on interagit avec les autres, les modes d'expression dont on fait usage et les processus liés à la circulation et à la conservation de l'information. Le domaine des humanités numériques n'échappe pas à ces modulations.

Théorie et pratique dans un centre de recherche interuniversitaire en humanités numériques

De la question des identités numériques, au profilage, jusqu’à la question des droits d’auteur et des modèles économiques, en passant par celle du choix et de la sélection de l’information sur le web, il devient de plus en plus urgent de fournir à la communauté scientifique et à la société les outils conceptuels et des exemples concrets de la nouvelle génération d’éditions scientifiques pour orienter les pratiques quotidiennes.

L'énergie contagieuse du cinéma

Nouvelle-Vague, celles de Kiarostami, celles de Kaurimaski, sans doute ont nourri mon imaginaire. Surtout, l’émotion esthétique que j’éprouve devant un cadrage, ou un jeu de lumière, me communique une sorte d’énergie que je réinvestis au matin dans mon travail d’écriture. Comme s’il y avait une force contagieuse du cinéma.

Le membre fantôme du cinéma ou la prothèse virtuelle. Cinéfiction et affect.

La «cinéfiction» est un concept que j’ai créé pour indiquer le rapport performatif de la littérature au cinéma. Ce rapport s’opère, dans les énoncés linguistiques, sous la forme d’images diagrammatiques de plans, de mouvements de caméra ou de procédés de montage. Or, le succès d’un tel rapport performatif repose sur une condition minimale: le lecteur doit avoir dans l’esprit une trace mémorielle du cinéma prête à s’actualiser au moment de la lecture.

La projection d'image dans l'oeuvre d'Alain Fleischer: un cas de figures

Si l’on veut identifier les effets du passage d’une culture de l’image à celle d’image-mouvement, et par le fait même comprendre l’impact que l’imaginaire cinématographique peut avoir sur les autres formes d’art, il faut d’emblée des outils permettant de définir cet imaginaire. Le concept de «cinéfiction» (Santini) est un grand pas dans cette direction.

Le vitalisme face au réalisme spéculatif: les mérites et les défis de Quentin Meillassoux dans un monde d'images en mouvement

De concert avec les autres représentants du réalisme spéculatif, Quentin Meillassoux déplore la perte de l’en soi dans l’ère moderne et propose un moyen de s’y ménager un accès. Son entreprise est stimulante et féconde, inventive et subtile; mais il y a lieu de s’interroger sur sa critique du vitalisme. Tandis que Nietzsche, Bergson et Deleuze voient dans le temps une force qui nous déporte sans cesse vers une situation autre, une circonstance nouvelle et inédite, Meillassoux est d’avis que rien n’interdit que le temps puisse aller de pair avec la constance, la fixité, le statisme.

D'un fantastique qui se contente de faire tomber la nuit dans le jour: rêve et histoire dans le projet «Primitive» d'Apitchapong Weerasethakul

Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures est un film célébré par la critique (Palme d’or à Cannes en 2010) du réalisateur thaïlandais Apitchatpong Weerasethakul. Il fait partie d’un projet de plus grande envergure intitulé «Primitif» qui inclut également une installation éponyme (2009), deux courts-métrages – Lettre à Oncle Boonmee (2009) et Fantômes de Nabua (2009) – et un livre d’artiste.

L'hermaphrodite et Big Brother: les romans de Karoline Georges, entre l'empire intérieur et l'empire extérieur

De La mue de l’hermaphrodite à Sous béton en passant par Ataraxie, les romans de Karoline Georges situent au cœur de leur narration les transformations – pour le moins inorthodoxes - du corps. Sublimation, transcendance ou dégénérescence (parfois tout cela étant lié), le corps se trouve à subir les effets de son environnement et des règles de celui-ci. Corps malléable, instrumentalisé peut-être, il apparaît comme un véritable laboratoire pour penser les mutations. Aujourd’hui, on peut modeler son corps de toutes sortes de manières.

La monstruosité normalisée de l'homme prothésique: «Limbo» de Bernard Wolfe

Dans Limbo de Bernard Wolfe (1954), les corps amputés s'exhibent. Les corps des Pro-pros, qui portent des vêtements courts pour que tous admirent leurs membres cybernétiques et qui organisent des Jeux paralympiques pour démontrer leur parfaite maîtrise de ces machines sophistiquées; les corps des Anti-pros, eux aussi volontairement quadri-amputés, mais refusant les prothèses, passant leur journée dans des vitrines pour faire la promotion de leur philosophie pacifiste: l'Immob(ilité).

«Des corps post-humains?» «Glasshouse», (2006) Charles Stross

Des corps masculins, des corps féminins, des corps post-genrés, des corps accessoires, des corps améliorés ou modifiés, des corps délibérément monstrueux, des corps détournés à des fins militaires, des corps hybrides, mi-machines, mi-hommes... autant de corps post-humains qui prolifèrent dans Glasshouse. Ce roman, écrit par Charles Stross en 2006, propose un futur assez lointain où les progrès technologiques sont considérables par rapport à notre société et où les personnages peuvent changer de corps, et de sexe, s’ils le souhaitent.

Résurgence des figures mythiques et mutations du corps humain dans l'imaginaire contemporain, l'exemple de quelques séries: Fringe, Dark Angel, Dollhouse, Continuum, Orphan Black

Nous nous proposons de prendre comme corpus d’étude certaines séries TV contemporaines où se manifeste la présence du détective et du savant fou, pour montrer que ces figures sont symptomatiques d'un questionnement sur l'humain, en particulier les évolutions, expérimentations, mutations possibles de son corps auxquelles les biotechnologies et le numérique peuvent mener.

De Pline à Paul Bert: Pour une théorie littéraire de la greffe

Les récits de greffe, depuis l’Histoire naturelle jusqu’à la thèse de médecine de Paul Bert, ont en commun de reposer sur une double tension: celle de l’opposition possible entre la pratique et la théorie et celle de l’articulation entre l’observation et l’imagination. L’étude proposée ici partira d’une petite histoire des récits de greffe composés jusqu’à la fin du XIXe siècle et de la manière dont leurs auteurs en définissent la nature et la visée.

Penser l'enquête de terrain en études littéraires

L’étude des littératures des sous-/contrecultures se présente souvent comme une archéologie de mouvements défunts et se conjugue ordinairement au passé. Mais qu’en est-il des sous-/contrecultures en train de se faire? Je propose, à partir de mon expérience auprès des beatsters américains, d’explorer une anthropologie du littéraire inspirée des méthodes des sciences sociales. Comment peut-on utiliser l’observation de terrain pour construire de nouveaux corpus? Quel intérêt y a-t-il à quitter le confort de l’université pour jouer au détective dans les cafés, les squats et les bars?

Trauma et texte dans l'extrême contemporain au féminin

Parmi les nombreux textes qui peuplent le paysage littéraire français des deux dernières décennies, on constate une quantité non négligeable de récits, souvent d’ordre autobiographique et rédigés par des femmes, qui se consacrent justement à l’écriture de l’extrême, c’est-à-dire à la représentation des expériences traumatiques ou catastrophiques où priment l’abject, la souffrance, l’insupportable.

«À la différence de l'esprit». Compression du présent et istoricisation du roman contemporain

Cette communication avance l’idée que la «compression du présent» (Hermann Lübbe) propre à l’élément du contemporain se traduit, entre autres, dans la fiction européenne actuelle par des phénomènes que l’on appellera d’istoricisation – correspondant à une forme de contestation du paradigme indiciaire dans l’écriture de l’histoire et au déploiement de stratégies narratives ayant en commun une volonté (ou une illusion) de reprise d’autorité.

Porosité des corps: la poésie de l'extrême contemporain au Québec et en France

Demander si la poésie a un avenir aujourd’hui, c’est au moins lui accorder un présent, affirme Antoine Émaz dans son carnet d’écriture Cambouis (2008). L’activité poétique est tout entière placée sous le signe de cette précarité dans l’extrême contemporain et le corps y prend une grande place, constituant une façon d’ancrer l’écriture dans une certitude qui déborde le poème.

«Là où est le pouvoir, les mots passent invisibles»: la communauté interprétative de Jean Paulhan

Les réflexions de Jean Paulhan sur la rhétorique et les lieux communs, présentes dans l’ensemble de son œuvre mais plus particulièrement dans Les Fleurs de Tarbes ou la terreur dans les Lettres, ouvrent sur une pensée de la lecture tout autant que de l’écriture, bien que cette dernière perspective d’analyse ait le plus souvent été préférée par la critique.

Parasiter le réel: rôle et (im)pertinence du personnage de Gabriel Rivages dans la trilogie «1984» d'Éric Plamondon

Romans fragmentaires autant que romans duels, les trois tomes de la trilogie «1984» d'Éric Plamondon associent chacun à une figure américaine (Weissmuller, Brautigan, Jobs) le personnage de Gabriel Rivages dont le destin est placé en écho à ces mythes. Singulier dans son histoire, Rivages reste toutefois un personnage faible, jouant un rôle de relais et de faire-valoir.

Lecture, écriture et réécriture dans «Le jardin des plantes» de Claude Simon

Notre communication portera sur le rapport à la lecture mis en jeu dans Le Jardin des Plantes de Claude Simon. Nous tenterons de montrer de quelle manière, chez Claude Simon, le déplacement d’une politique de l’écriture vers une politique de la lecture va de pair avec la mise en place d’une politique de la réécriture.

L'héritier dans la fiction contemporaine du fils de famille

L'héritier est une figure importante de la littérature contemporaine, comme le montre en particulier le numéro d'Etudes françaises consacré au sujet. Quelques auteurs contemporains (Benoît Duteurtre, Frédéric Beigbeder...) sont des héritiers par définition, parce qu'ils sont des «fils de famille», rejetons de lignée comportant des célébrités, des personnages politiques publics par exemple, et qu'ils héritent d'un patrimoine moral et matériel. 

Percevoir et penser le monde: la cognition en question chez les personnages-narrateurs de Christian Oster

Les personnages-narrateurs de Christian Oster, malgré leur apparente drôlerie, perturbent les repères du lecteur. D’une part, dépourvus de vision globale et incapables de synthétiser ou d’organiser ce qu’ils perçoivent, ils fragmentent et déhiérarchisent les éléments du récit. D’autre part, ils interprètent de façon excessive les détails les plus anodins et élaborent des hypothèses aux fondements incertains, ralentissant ainsi le déroulement de l’action et entraînant une non fiabilité de la narration. 

De l'usine à l'atelier d'écriture: les communautés littéraires de Leslie Kaplan

Il s'agira dans cette communication d'examiner la communauté de lecteurs que l'œuvre de Leslie Kaplan dévoile. Le moment fondateur de sa pratique d'écriture est son établissement en usine en 1968, expérience dont elle rend compte dans L'excès-l'usine en 1982, récit poétique qui fut en son temps reçu par Maurice Blanchot et Marguerite Duras. Dans divers essais, réunis dans Les outils, elle témoigne de son engagement dans les ateliers d'écriture en prison ou dans les bibliothèques de banlieue.

Lire le malheur des corps et la fragilité de la bonté: une rencontre forcée entre Martha C. Nussbaum et Jacques Rancière

Il y a en théorie littéraire un intérêt certain pour la question du souci d'autrui, dont on affirme l'importance de la parole et de l'expérience. Jacques Rancière propose que l'écriture, en permettant cette attention particulière à la complexité d'existences qui autrement nous échappent, est un acte politique susceptible d'entretenir la souplesse, mais aussi la justesse de nos perceptions. De son côté, la philosophe américaine Martha C. Nussbaum réfléchit aussi à l'expérience intersubjective permise par la littérature, en nourrissant toutefois ses réflexions de l'éthique d'Aristote.

Les mots pour me dire. Le personnage comme «devenir-sujet» chez Chloé Delaume et Annie Ernaux

Le personnage est une structure textuelle qui a été mise à mal dans les cinquante dernières années. Simple outil d’une représentation bourgeoise pour certains, être fictif trop typé et invraisemblable pour d’autres, le personnage a surtout été attaqué en ce qu’il ne parlait pas vrai, marionnette agie par un narrateur et une idéologie mauvais ventriloques. 

Émanciper la lecture: remarques sur la politique des gestes critiques

Depuis le XIXe siècle, les politiques de la littérature se donnent pour mission d’émanciper le lecteur en lui révélant les mécanismes de la domination. Du fouriérisme de Gabriel-Désidé Laverdant à l’existentialisme des Temps modernes, on attribue aux écrivains la tâche d’éveiller la conscience de leurs lecteurs afin de les inviter à transformer leurs conditions d’existence.