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Sur les utopies québécoises, des Lumières aux Révolutions continentales

Bernard Andrès
couverture
Article paru dans Utopies en Canada (1545-1845), sous la responsabilité de Bernard Andrès et Nancy Desjardins (2001)

Le champ sémantique de l’utopie a tellement varié entre la Renaissance et le XXe siècle qu’ il peut paraître présomptueux -ou utopique- d’en cerner l’évolution en quelques pages. Force est pourtant d’ébaucher le cadre théorique dans lequel je me situe pour parler d’utopie au Canada, entre les Dialogues de La Hontan et Le Canadien. Ceux-ci datent de 1703, celui-ci commence à paraître en 1806 et accompagnera, bon an, mal an, la montée du mouvement patriote. Entre ces deux repères éditoriaux, un siècle s’est écoulé. Ce XVIIIe siècle, dit aussi «des Lumières», est précisément celui où la notion d’utopie se déplace significativement. On passe de la construction fantaisiste d’univers sans lendemain à des projets raisonnés de sociétés qui ne manqueront pas (pense-t-on) de se réaliser bientôt. Les fantaisies deviennent conséquentes et leur gravité aboutit aux révolutions. Par la suite, au XIXe siècle, l’utopie deviendra même synonyme de système. Dans les Amériques, des collectivités nouvelles s’emparent de certaines de ces utopies et s’essaient à les réaliser. Ainsi de l’utopie républicaine. Je rappellerai donc brièvement l’histoire de ces déplacements conceptuels, pour ensuite aborder la question du Canada et de ses rapports aux utopies du siècle. Comment et dans quels sens, de la Nouvelle-France au Québec, puis au Bas-Canada, a pu circuler le courant utopique? Comment et dans quel sens il a galvanisé les gens d’ici.

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