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Le laboratoire du roman: fictions et représentations de la science dans «Les particules élémentaires» de Michel Houellebecq

Kim Doré
couverture
Article paru dans La science par ceux qui ne la font pas, sous la responsabilité de Jean-François Chassay et Kim Doré (2001)

Les principes fondateurs de la physique quantique ont profondément bouleversé, dans la seconde moitié du XXe siècle, notre rapport au monde et à la connaissance. Au-delà de la vague déconstructiviste et de ses adeptes, toutefois, ce n’est pas tant l’existence de la réalité que notre rapport à elle que les découvertes de Bohr et Heisenberg, pour ne nommer que ces deux-là, ont remis en question. Pour l’homme de science comme pour le philosophe, il est désormais impossible de poser l’indétermination du monde en dehors de la subjectivité humaine. Le néophyte en déduira qu’il existe peut-être, bien au-delà du microscope, un niveau d’organisation fondamental, élémentaire, auquel nous ne pouvons cependant avoir pleinement accès puisque nous y prenons part. Einstein ne pouvait l’admettre: il fut parmi les derniers à considérer la science comme un appareil objectif et soutiendra, jusqu’à sa mort, que «Dieu ne joue pas aux dés». «Dieu peut-être», renchérit Laborit maintenant que les théories quantiques sont admises, «mais l’homme peut-il faire autre chose que de jouer aux dés?». Ici repose l’un des principaux enjeux de la pensée contemporaine. Entre l’objet, le sujet et le monde, il n’est dorénavant plus de distinctions fermes; à l’image de la littérature moderne et d’une certaine philosophie, la science concentre aujourd’hui ses activités dans la sphère de l’intuition et se voit forcée de revoir les concepts de vérité et de réalité. «La nature n’est pas faite pour nous, et elle n’est pas livrée à notre volonté. […] Qu’il s’agisse de musique, de peinture, de littérature ou de moeurs, nul modèle ne peut plus prétendre à la légitimité, aucun n’est plus exclusif». Est-ce à dire que la science et la littérature participent aujourd’hui d’un questionnement similaire? Le champ de la connaissance serait-il le lieu d’une nouvelle alliance entre l’observation scientifique des phénomènes et la production du sens? De plus en plus de théoriciens semblent prêts à l’admettre et ce, de part et d’autre de la frontière qui dissocie encore, dans la plupart de nos infrastructures, les sciences dite «pures» des sciences humaines.

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