Cahiers de l'IREF

Chiennes de faïence de mère en fille: les mères gigognes dans «La dévoration des fées» de Catherine Lalonde

Volume:
9
Year:
2022

je me mets dans l’ring
mon amour je ne guérirai jamais
si tu me fourres dans ma blessure1
Josée Yvon


Avec La dévoration des fées, Catherine Lalonde réécrit et reprise. Elle emprunte à Josée Yvon, dont les mots, en exergue ici, annoncent la cinquième et dernière partie de son récit; elle investit les genres du conte et de la légende pour les réinventer. En reprenant en filigrane les écritures de quelques autrices2 qui la précèdent et qu’elle salue à la toute dernière page de son livre, elle s’inscrit elle-même dans une filiation littéraire, parmi d’autres femmes créatrices. Elle élabore, ce faisant, un langage féminin, qui, dans le texte, prend origine de la mère (Saint-Martin,1999: 302). Porté par une voix de femme («(je parle comme une grand-mère)» (DF, 10), lit-on à la toute première page), le récit s’établit à partir d’une généalogie toute féminine.

La dévoration des fées raconte par fragments la vie de la p’tite3, prématurée, cueillie sanglante et mottée (DF, 12); poussée croche, épivardée une fois grandie puis revenue longue et déliée à Sainte-Amère-de-Laurentie, la seule revenue car la seule revenable. C’est à partir de l’absence blanche de sa mère et de la toute-puissance de sa grand-mère, énorme et primordiale, que se construit la p’tite. C’est à partir d’elles deux qu’elle devient – coriace et indocile. L’histoire se lit comme celle de trois femmes: deux mères et une fille; comme celle, aussi, d’une indifférenciation qui rassemble trois âges d’une femme en une seule figure enfermante (Troubetzkoy, 1991: 42). Ce sont les récits emmêlés des vies de la p’tite et de Grand-maman, traversées par le fantôme de la maman pour toujours morte. Au fil du texte, les trois femmes en viennent à se confondre. La p’tite absorbe l’absence de sa mère, la fait sienne, puis elle engloutit sa grand-mère, elle l’incorpore. Elle apparaît alors inséparable d’elles, sauve et entière, et pourtant souveraine.

 

Je parle comme une grand-mère4

Elle le dit au début, quand fut au commencement le verbe, quand furent les tout premiers mots, les premiers qu’elle ouït de sa vie. Cruelle parole d’or, d’évangile, inscrite à la migraine, don inaugural de marraine Carabosse infusée magiquement par doigts de fée doigts de dame; […] cinq mots, cinq, comme poison à l’oreille, comme oiselle de malheur […] (DF, 12 et 16).

La p’tite naît au milieu d’un cercle de femmes. Alors que Blanche meurt, «de trop de sang et de se perdre; et de couler, devenue liquide douleur» (DF, 12), les mots de l’aïeule se font attendre neuf pages durant. Ils apparaissent enfin, lourds et presque oraculaires: «Fuck. C’est une fille» (DF, 18-19). Ainsi le récit s’ouvre-t-il sur un accouchement douloureux et mortifère, décrit comme la cueillette sanglante d’une motte, comme un carnage qui a lieu dans une chambre poissée. Il s’ouvre en même temps sur la parole cruciale de la mère de la mère morte, désormais toujours vieille de bouche et d’alentour. La venue au monde de la p’tite l’inscrit comme une nouvelle branchiole dans une généalogie bien particulière, celle, infinie, «des gigognes qui se sucent la face, comme des serpents, en se mangeant la queue» (DF, 19). De même, sa naissance est marquée par l’absence de la mère et par l’importance du langage. Les cinq mots prononcés par la grand-mère sont introduits comme un évangile et comme un enchantement – une malédiction. La p’tite s’ajoute à la trâlée de bouches à nourrir que laisse derrière elle l’accouchée. Grand-maman, contrariée, pleure sa Blanche exsangue et son propre sort. Elle incarnera la figure de la mère patriarcale, rigide et autoritaire, dresseuse de garçons qui deviendront des hommes et de filles à marier. Si la mère s’impose comme «celle qui, la première et durant le plus longtemps, articule la réalité à l’oreille de la fille» (Couchard, 1991: 84), la parole inaugurale de Grand-maman, déçue et tranchée, est un mauvais présage, une fatalité. À peine la p’tite naît-elle que, déjà, l’emprise de cette seconde mère sur elle se manifeste. 

 

Dis à tes filles de ne pas faire comme moi

«Si elle toffe on la rentrera dans le rang» (DF, 27), «[s]i j’avais besoin d’ça» (DF, 27): Grand-Maman, mains aux hanches, surveille la p’tite de loin, la regarde être trimballée des bras de l’une à ceux de l’autre, ne la touche qu’obligée (DF, 34). Alors qu’elle toffe, qu’elle grandit et qu’elle prend de la force, qu’elle ne se contentera bientôt plus du lait mais passera plutôt au solide («et que le solide coûte cher» [DF, 28]), Grand-maman s’exaspère: 

Et elle? Pareille. Chie pareil. Tète pareil, pisse pareil, saigne pareille. La couche au cul on dirait rien. Mais on le sait, dit Grand-maman. On le sait (DF, 28).  

La p’tite, en enfant de plus, est un fardeau ménager et financier. Pire encore, c’est une fille. Malgré que le récit soit habité presque exclusivement de personnages féminins et que le Père en soit tout à fait absent, l’univers narratif est résolument patriarcal: la hiérarchie masculin/féminin, dans le texte, s’avère naturelle et figée – les hommes meurent comme des mouches (DF, 55); les femmes enfantent –, les statuts des personnages féminins sont hétéronomes5, c’est-à-dire qu’ils sont présentés en fonction des relations qu’ils ont avec autrui (les voisines, la grand-mère, la mère). Les contraintes et les difficultés inhérentes à la vie de femme sont souvent répétées; chaque fois elles semblent inévitables, impossibles à surmonter. La p’tite représente une charge plus lourde encore du fait de son sexe, elle est une donnée négative, une dépense et une perte. 

Elle passe les vingt et un premiers jours de sa vie fragile dans le tiroir du poêle. Elle double de volume, elle s’accroche. Depuis sa chambre de fonte et d’écho, elle entend de loin la vie qui grouille tout près d’elle. Comme encore collée à elle, lovée dans une chaleur qui lui rappelle son ventre, la voix éteinte de sa mère passe des limbes au limbique, elle revient à la p’tite et empreint sa mémoire. Parce qu’elle survit à sa naissance pénible, elle est amenée à la VieilleVieille, figure maternelle et religieuse, «mère de serpente [qui] tourne en rond depuis des lunes» (DF, 29): 

Elle le dit, la VieilleVieille, au cœur des pierres de chasteté, des casées de recluses et des noirs voiles elle le dit, de sa bouche usée, cinq mots, lâchés, légers comme l’éther, cinq qui s’envolèrent, comme l’auraient fait un à un autant de baisers soufflés. Elle le dit, cinq mots: Oh, la grande tite reine!, de sa bouche pas de dents, et ça ne tomba pas dans l’oreille d’une sourde (DF, 30).

Fée marraine et fée malfaisante, la VieilleVieille et Grand-maman marquent chacune la p’tite de cinq mots prophétiques, la promettant tour à tour à un avenir grandiose et à un sort misérable. Elles lui font le don d’un langage particulier et l’intègrent, de fait, à la lignée dont elles font partie. Après avoir mouillé son pouce avec sa langue et tracé un signe de croix sur le front de l’enfante, la VieilleVieille lui chante des berceuses, des «chansons en 6/8 qui disent amour, ma belle bébée, ma tite reine, ma tite tite fille, ma tite tite vieille» (DF, 31). Elle lui transmet un héritage, lui fait une place dans la légende. 

Le pouvoir des fées en est un de parole: «les contes sont pleins de fées, car la substance du merveilleux est la parole, les fées, plus encore que des opérateurs de merveilleux, [elles] en sont les exposants» (Troubetzkoy, 1991: 34). Ainsi la VieilleVieille et Grand-maman, en plus d’assurer la transmission toute féminine des pouvoirs de séduction et de reproduction (idem), donnent à la p’tite celui d’une parole précieuse et féconde. 

 

C’est la laideur qui appelle la beauté

Elle rampe de plus en plus, la p’tite, et de plus en plus vite. Elle prend de la force, ses mains poussent et repoussent le plancher, et sa tête alors s’élève – de moins en moins lombric, de plus en plus serpente. […] Elle explore, danseuse de Saint-Guy, elle grouille, et de plus en plus vertébrée elle glisse ses doigts brindilles entre les lattes de pin du plancher, y gratte suie, chiures, billes de rosaire cassé, mille merveilles et acariens, les porte, réflexe pur, à sa bouche, mange morte maman poussières mange

                                  l’absence blanche, mange, trois fois repoussera sa main, et garde l’autre on ne sait jamais pour demain (DF, 35).


La p’tite, plus serpente que lombric (plus femme, donc, dans l’imaginaire du texte), fait exister en même temps qu’elle l’absence de sa mère. En effet, inscrite dans la mise en page du roman, l’absence est non seulement littérale mais graphique. Le vide que la mère laisse en mourant en couche apparaît à la personne qui lit de la même façon qu’aux personnages de la p’tite et de Grand-maman: en travers et autour de l’histoire qui s’écrit, par les blancs qui limitent le texte et qui le justifient, qui sont essentiels à sa composition, à sa mise en forme.

La Blanche brille d’absence. C’est un mal même qui ronge la p’tite toffe et la Grand-maman, l’effacement de cette mère presque encore fille, femme si vite effacée, sa dissolution farine lait mélilot; cette volatilisation brûlante en tout ce qui est blanc, à même l’ici, une

                                                                                                Absence (DF, 44).

Bien qu’elles soient réunies par le mal même de l’absence et par celui, aussi, de l’être-femme, la p’tite et l’aïeule évoluent à distance. Les jours de débarbouillage, les cinq frères se font «frotter raide et bouffer de baisers, […] miam-miams et mamours» (DF, 42) tandis que le tour de la p’tite «ne vient qu’en eau froide lancée de loin au visage» (DF, 42): c’est pour mieux t’endurcir, mon enfant. Si elle est ailleurs fée, reine et sorcière, Grand-maman devient ici le grand méchant loup du Petit Chaperon rouge; dévoratrice et cruelle – intouchable (Chaudove et al., 2011: 186). Elle incarne à la fois une figure toute paternelle (idem) et celle, encore, de la mère patriarcale. Alors que son emprise sur les garçons de sa trâlée marque sa fierté, elle prend une forme tout autre sur la p’tite. Grand-maman, avec elle, se montre plus froide, moins patiente; plus tranchée, plus sévère. Obligée par la force des choses, par sa condition de mère et de femme6, d’énoncer les exigences et d’appliquer les sentences, elle fait comprendre à sa petite-fille que la vie sera dure avec elle, qu’il lui faudra être tenace et docile, qu’elle devra bientôt rentrer dans le rang

La p’tite est bruyante et malhabile, éparpillée et malcommode. Elle allonge et entend tout, «[l]e bol fêlé de sa tête est une nouvelle chambre d’écho» (DF, 46). Elle écoute et retient – elle en vient à parler. Quand elle les dit, les tout premiers mots de sa vie, il semble d’abord qu’elle répétera celui, premier et écrasant, qui a accompagné sa naissance: elle prononce un «F primal aux branches arborisées de mère en fille, une sourde et génétique fricative, […] trace F U une brève seconde en stridence primale» (DF, 46), puis elle dit: non.

La p’tite entre dans le langage par la négative. Son premier mot se lit et s'entend comme une première révolte, comme un premier retournement. Sa parole se fait attendre, gonflée et languissante; elle est introduite par le texte comme les mots des mères de sa lignée, comme les paroles sibyllines de Grand-maman et de la VieilleVieille: 

C’est là qu’elle vit, dira Grand-maman, dans cette petite chose fendue, ardûment sur deux pattes, le luisant mal nœud du chemin bécédaire. L’oracle, assourdissant, pire que prédit. Là qu’elle vit le manque: même les pierres ont une mère, et les mères mortes leurs mémoires. Une petite traînée, définitif vagin en bout de queue, trâlée généalogique de grand-mamans mère filles martyres, femmes à suer la race, comme elle […] (DF, 48). 

En parlant pour la première fois, la p’tite s’ancre pour de bon dans cette généalogie de femmes-serpentes. Elle arrive dans «un univers préformé du féminin, sorte de territoire balisé des valeurs maternelles et d’un discours interprétatif préexistant» (Couchard, 1991: 84). Aussi Grand-maman s’impatiente-t-elle, elle attend nerveusement «[qu’elle] arrive, enfin, dans sa vie de femme faite; sa vie de femme faite de sang et d’eau de vaisselle» (DF, 53). Elle a hâte que la p’tite grandisse, qu’elle «pousse en lourdeurs, levain de seins et levures de hanches, que les menstrues l’ancrent, coton au cul pieds nus dans la cuisine, mains à la pâte licou au sol […]» (DF, 52). Elle prévoit modeler sa petite-fille selon le modèle patriarcal: elle attend d’elle qu’elle se calme et qu’elle se rende utile, qu’elle la décharge d’une partie du fardeau ménager qui lui incombe, alors que ses frères joueront encore (et qu’ils mangeront de plus en plus). 

Plus encore, elle attend que le corps de la p’tite le fasse lui-même et que la puberté la transforme en ménagère, en nourricière; qu’elle devienne enfin une femme. Or, la vision du maternel, qui transite par la féminité et qui traverse le discours de Grand-maman, est indubitablement négative. Si certains textes littéraires, bien que campés dans des univers narratifs traditionnels, idéalisent et presque glorifient la maternité, qu’ils valorisent la féminité en faisant l’éloge de la puissance reproductrice des femmes (même si elle ne leur appartient pas en tout, voire pas du tout), le rapport au féminin et au maternel, ici, est tout autre. Grand-maman pense à sa marmaille comme à «un monstre joueur à six têtes et à cinq queues» (DF, 50) qui l’empêche de mordre, de parler et de manger – qui l’empêche de vivre, la condamne. Elle rêve de pouvoirs magiques qui la libéreraient du poids des mille tâches à faire:

[n]’importe quelle force contre le ressac pulsant et obstiné du désordre, soit-elle mal lunée. Job de fille, se dit-elle, maudite job de fille, muselant une fois de plus l’envie de lancer des assiettes, imaginant des enfants-vaches à l’auge, à l’eau, au miel, aux Honeycomb à même la boîte, des porcelets sans soue nourris de soupe aux cailloux et de rôti de boue (DF, 52). 

Grand-maman a son quotidien en horreur. Elle est lasse et excédée, fatiguée et en colère. Ses jours sont décrits par l’accumulation des choses qui les rythment et qui les encombrent: «[s]oulier unique, tasses, clous, sabres de bois et d’enfer, toutous de chaussettes et bas dépareillés, bouchées de savon du pays, fourchettes, sables miettes cailloux magiques et scarabées» (DF, 54), autant d’insignifiances qui rendent sa vie misérable. Elle désespère de voir la p’tite courir avec les garçons, se salir et s’exciter, «[virer] habile au slingshot et au canif plus qu’aux travaux d’aiguille» (DF, 59): 

Elle la voit, Grand-maman. Pendant qu’elle poursuit son infinitésimal suicide, des bulles Palmolive dans les veines, à se gercer les mains dans l’eau de vaisselle – […] une balbutienne, croche des mots et des genoux, en dérapage constant, et qu’on entend s’enfarger jusqu’ici (DF, 57). 

Alors qu’elle dérape, qu’elle se prend pour un garçon, elle négocie tacitement cette semi-liberté dont elle s’amuse: «[c]’est sa manière, à la p’tite, d’échapper aux corvées, à la hargne de Grand-maman: braconner» (DF, 64). Elle répond à l’hostilité de sa grand-mère en lui donnant des preuves de ses capacités, convaincue qu’elle accorde plus de prix à ses fils (Couchard, 1991: 81). À dix doigts d’âge, «le diable aux jambes et les monstres à queue aux trousses» (DF, 72), la p’tite continue à se rouler dans l’herbe et dans la boue, à courir le trouble. Elle refuse de plus en plus clairement le modèle auquel Grand-maman s’acharne à la soumettre. Alors qu’elle a désormais une chambre à part de ses frères, qu’elle est de moins en moins garçonne et de plus en plus femme, son appétit sexuel et ses désirs de grandeur croissent, mais ils demeurent continuellement réprimés:

On verra bien, dit Grand-maman, la bouche serrée. Le temps la rentrera dans le rang. Elle vieillira, l’arrogante. Séchera, comme on le fait de grand-mère en fille depuis les grottes. Verra, vivra, se taira, mourra. Tue. Comme moi, fuck comme toutes (DF, 81). 

À Sainte-Amère-de-Laurentie, les hommes meurent de mourir, et les femmes sèchent et vieillissent: elles meurent de vivre. Si elles osent partir, elles reviennent «effacée[s] sinon morte[s] de honte, de viol, d’anémie, de famine, du poumon, de Pythie, de famille, de retenue, de gêne, de haine, de silence, de torchage» (DF, 80). Elles meurent la bague au doigt – le pied dans le piège

Le récit est porté par une voix féminine indéfinie, mais que l’on devine tantôt être celle de la VieilleVieille, tantôt celle de Grand-maman; que l’on comprend comme la voix, plurielle et chorale, des femmes de Sainte-Amère-de-Laurentie, liées par le sang, par la misère et, par-dessus tout, par le féminin. Dans l’univers du texte, le féminin se vit (se lègue, se reçoit) comme une fatalité, comme un défaut et comme une faute. Aussi la maternité s’y rattache-t-elle inéluctablement: les femmes naissent, enfantent, torchent et cuisinent et rangent et se taisent, puis elles meurent, épuisées. 

Forte de porter en elle les mots inspirés de la VieilleVieille, la p’tite choisit de se soustraire au destin funeste auquel sa grand-mère la prépare: «[ses] phalanges cherchent d’autres gestes que de gercer dans l’eau de vaisselle, le Marie-pleine-de-grâce, le piano muet ou le javelissage» (DF, 78). Son premier mot résonne encore: non

 

Elle avait dit à la p’tite de se tenir prête

Elle coupe un large carré de catalognes mitée et tachée de pisse pour faire baluchon. Y jette une mèche du mongol, un strabisme, de l’estragon, une poignée de cendres et d’écho, la poupée qui pue : son journal d’enfuir. […] Enfuyée vive, après l’instant, l’instant et 


                                                                                                                                                     l’absence (DF, 83). 

La quatrième partie du récit signe le départ de la p’tite vers la ville. Devenue adolescente, elle quitte le village qui l’a vue naître. Elle refuse de s’inscrire dans le réseau symbolique de sa descendance comme une fille de plus, comme une mère parmi les siennes. Elle incarne à son tour l’absence, le vide. S’opposant à la force stagnante et enfermée de son aïeule, elle lui impose son désir offensif de vivre (Troubetzkoy, 1991: 35). Se confondant en tout avec l’image idéalisée de sa mère-fantôme, elle investit d’elle le vide qu’elle représente. Trois mille six cents jours durant, elle s’absente.

En laissant derrière Saint-Amère-de-Laurentie et en s’éloignant de Grand-maman, la p’tite se rapproche de sa mère transparente – omniprésente, pourtant. Sans le savoir, elle marche sur ses traces. À peine pose-t-elle un pied sur le béton que déjà «son front, sa joue, sa tignasse détressée sont sucés par ce lait aérien» (DF, 89). Son visage est décrit de la même façon que celui de sa mère agonisante, au tout début du récit, retourné «comme un gant jusqu’à n’être plus que lèvres» (DF, 89). Elle reconnaît dans la cacophonie des cloches et des klaxons le bruit blanc qu’elle entendait, fœtus, vacarme d’échos et de syncopes: elle renaît. 

Elle est chasseresse dans une cache intime, camouflée à même ses traits, à même son visage. Les bruits de la ville – on dirait des braises! – deviennent ceux de ses pensées, leurs branchailles et bronchioles pètent et se consument comme son crâne de bouleau brûlé. Les bruits de la ville lui sont berceuses de grande, chansons de courage qui lui disent amour, ma tite tite fille, va, vis (DF, 89). 

Elle fabrique des poupées à partir de brins d’herbe et de pissenlits et les revend pour trois cennes chacune; deux familles l’engagent comme nourrice, comme bouffonne d’enfants. Elle joue à la mère, donne à téter ses dix doigts de cuir puis, les soirs et les jours libres, elle retourne s’asseoir aux marches de l’église où des garçons lui tournent autour: «la p’tite jouit, fait jouir et repart dans le désordre, comme un ressac» (DF, 97). Elle fait de la ville son terrain de jeu et, dans sa promenade, lui revient la berceuse que lui a chantée la VieilleVieille, jadis, et qu’elle a répétée cent fois à sa poupée qui pue, «un chant de gorge intime narrant six mort-nés mâles, deux filles tard venues, une Blanche morte, des hommes mouches et des sages-femmes de mère en fille» (DF, 94):

[C’est une] symphonie n° 3 pour moustiques et soleil, ces pouets généalogiques infusés magiquement par doigts de fée doigts de cité: cinq notes, cinq, comme parfum d’humus, comme piaillements d’oiselle, plombés, prophétiques, cinq notes à la fois ries et pleurées qui s’épivardent en échos dans les tries lumineuses, qui pulsent amplifiées par la pompe aux larsens (DF, 96). 

La p’tite trouve dans l’ailleurs la voix sienne. Bien qu’elle se soit détournée d’elles, la narration la rapproche de ses aïeules, découpe sa parole chantée en cinq notes, comme les leurs en cinq mots. Pour se trouver, elle transite obligatoirement par ses mères (Saint-Martin, 1999: 269), par les phrases lourdes de Grand-maman et par les comptines de la VieilleVieille qui lui racontent sa mère disparue. Sous les regards curieux, la p’tite chante de plus en plus fort, de plus en plus clair, les mort-nés et sa mère absente. Quelques enfants lui emboîtent le pas, mus eux aussi par l’appel du vide. Bientôt ils sont des dizaines à la suivre, comme légion à sa traîne – un monstre à mille têtes (DF, 100). Elle apparaît alors comme le double de sa mère absente et comme celui de Grand-maman, grandiose et capitale, en tête de file. Loin de chez elle, elle se réconcilie avec sa mère. Elle l’assimile, la transforme et la fait sienne, la porte désormais en elle. Or, désirante et désirée, libérée et faite reine, délivrée de l’angoisse blanche de la perte de sa mère après s’être elle-même perdue, la p’tite est appelée par le silence de la maison.

 

J’avais rêvé d’être une fille

Elle revient à Sainte-Amère-des-Laurentie. Son nom perdure, malgré ses longueurs nouvelles, ses bras souples et ses jambes élancées. Elle retrouve la maison de son enfance, qui lui semble plus petite maintenant qu’elle a grandi. Dans le trou noir de la porte, l’aïeule apparaît: 

[t]oujours svelte de tristesse, musclée du travail de se nourrir, la tête blanchie, les jambes fortes. Forte d’être devenue aïeule, aïeule à trente-sept ans, naguère jadis il n’y a pas si longtemps, quand au commencement était le verbe, et de n’avoir, depuis que les garçons sont devenus hommes à mourir, plus de bouches à nourrir, plus de doigts à frapper de sa main dure, plus de litanie, de trâlée à rameuter avant que refroidisse la potée (DF, 110).

Elle revient au village et à Grand-maman. De fait, elle retourne à cette féminité vécue comme une tare, comme une affliction. Ses frères sont morts ou bien ils sont partis, devenus adultes. Grand-maman, elle, a vieilli d’être dorénavant inutile. On ne la cherche plus pour prêter main-forte aux accouchements, elle ne s’évertue plus à maintenir en vie les six enfants de sa Blanche perdue. De moins en moins mère, avec le temps, avec l’âge et avec les morts qui se multiplient et les naissances qui la voient remplacée, elle perd de sa valeur et de son importance. En mère patriarcale, au sein de l’univers du récit et pour son articulation, la mère tient le rôle d’une fonction: «quelqu’une qui fait des gestes commandés, stéréotypés, […] et qui n’a pas d’identité» (Irigaray, 1981: 86). Elle existe dans l’insignifiance des ennuis quotidiens, par les planchers à laver, la vaisselle à frotter et les repas à cuisiner. Elle sert avant tout de reproductrice, de ménagère et de nourricière – toute mère et presque accessoirement femme: 

[La p’tite] remonte à la source, à la pulsante maison, au mouvement. Elle revient se fonder. Un saumon dans la chute. Elle sait, si jeune elle sait déjà qu’elle tombera sorcière, pas d’autre destin annoncé par la hargne ou le temps coulé que celui des framboises piquées par les vers, et qui vivra verrue. Retour à la malmaison du malamour, retour à elle, à Grand-maman mangeresse: seule façon de détourner les tracés d’avance (DF, 114).

En même temps qu’elle retourne au village, la p’tite remonte «à la fois vers la mère, la grand-mère, les femmes du passé, et vers les obscures origines maternelles du désir et du langage» (DF, 114). Il s’agit là d’une révolution. Chiennes de faïence de mère en fille, Grand-maman et la p’tite se toisent et se surveillent. Elles s’affairent chacune de leur côté, se croisent mais ne se frôlent pas. Elles n’accueillent l’autre que par un silence entendu. Toutes deux contournent les absences qui résonnent fort entre les murs de la maison d’elles: celle de Blanche, presque immémoriale, et celles des fils perdus, bruyantes de dater d’hier à peine. 

La p’tite marque à nouveau son territoire, se reconnaît chez elle plus qu’ailleurs. Les jours passent et les deux femmes en viennent à s’habituer l’une à l’autre: elles sont femme et femme, désormais, «dépareillées et mêmes» (DF, 114) – égales. La p’tite prépare chaque soir pour sa grand-mère une décoction de queues de cerises puis elle ramasse la tasse vide. Elles se retrouvent dans le cumul quotidien des gestes vivaces insignifiants (DF, 114) mais ne s’approchent pas; prennent soin des «risques de craquelures pour celle qui se tient depuis trop longtemps dans le dur-dire, corps bandé et sans douceur» (DF, 114). Enfermée dans le rôle de celle qui satisfait les besoins mais qui n’a pas accès au désir (Irigaray, 1981: 88), Grand-maman est comme paralysée. Son corps devient une plainte et une plaie:

La p’tite vient s’asseoir aux pieds de l’aïeule, pose une main à son genou […]. La p’tite rebise le genou. Et encore. Dans le blanc. Dans cette lenteur intouchée par le temps. Elle remonte de baisers la mie de la cuisse. Ses poings fermés pétrissent, veulent fondre et fendre, massant les fibres des muscles, dénouant le noir, tirant par grosses mordées de phalanges, s’accordant de grandes lampées d’intérieur blanc de jambes. Elle remonte à sa source, la p’tite, nul coton nul barrage pour l’arrêter; et l’ogresse aïeule de pierre ponce, de lave et de ronces se desquame à force d’être lapée là, elle se rétrécit (DF, 122).

Lorsqu’elle trouve sa grand-mère en larmes, «sa face filant entre les lattes du plancher, glissant parmi la suie et les chiures» (DF, 121), la p’tite, enfin, la touche: c’est la dévoration. D’adolescente, de fille de sa mère et de petite-fille de sa grand-mère, «elle [devient] femme en acquérant les pouvoirs génésiques que détient encore la génération aînée de femmes» (Troubetzkoy, 1991: 47). Cette transmission symbolique se fait par l’incorporation par elle des deux mères qui la précèdent. 

La p’tite dénoue le noir puis elle mange le blanc, mange Blanche, sa mère morte, à même la chair de celle qui l’a engendrée. La dévoration est cannibale et caméléon (DF, 122): les deux mères et la fille se confondent l’une avec l’autre. Le texte appuie l’exacte homologie (Troubetzkoy, 1991: 44) d’elles trois par la redite de la description du visage de la mère mourante, répétée déjà, alors que la p’tite arrivait en ville:

[…] deux femmes imbriquées l’une dans l’autre, muettes volontaires, leurs visages troussés, retournés en pures muqueuses; et pulsée, pompée d’en bas jusqu’en la fixe fontanelle, une sublime joie, musique splendeurs de laits et de morts retardées, qui érode leurs faces et les fait neuves (DF, 124).

Leur équivalence identitaire radicale apparaît clairement: «Sorcière et sorcière[, m]angeuses de cru, échappées vives, déesses merveilles et monstresses» (DF, 124). Égales et mêmes, elles restent hors mots, «car du langage viennent les prophéties, oui, et les interdits» (DF, 124). Les jours qui suivent passent en pétrissage de pain, en braconnage et en corvées de ménage. Les corps se tiennent à distance mais se rassemblent à la nuit tombée. La dévoration, ce grand grand secret, a lieu à nouveau: les trois mille six cents autres années qu’elles passeront à se réunir encore «feront de la p’tite tempête, forêt, femme, fée; de Grand-maman ciel, et souffle, et fée» (DF, 128). Première et première

La dévoration de la grand-mère par la p’tite n’est pas uniquement marquée par l’homologie qui signe l’indifférenciation des trois personnages féminins importants du roman, elle pose également la subjectivation de la p’tite par l’omophagie. En mangeant sa grand-mère, sa semblable (et en incorporant, du coup, le vide symbolique de sa mère), la p’tite advient en tant que sujet. Elle s’impose à son tour comme une figure entière, forte et primordiale. Elle s’auto-engendre en remplaçant Grand-maman. Conformément à la trajectoire narrative des filles de mères patriarcales, elle se défait de l’emprise de sa mère en la supplantant. Si elle est la p’tite du début jusqu’à la fin du texte, aussi déliée, longue et inencadrable (DF, 108) qu’elle soit devenue en vieillissant, la parole prophétique et dernière de sa grand-mère la nomme enfin:

Adèle, 
amour, 
va hurler Dieu 
va et deviens tempête
vacarme seule musique farine
et lait avant de nous faire morte va 
rendre œil pour œil de nos têtes aux cieux
va devenir cri avant soupir avant viande 
va (DF, 136).

Ainsi, l’inceste se lit comme la métaphore d’un corps-à-corps entre mère(s) et fille, comme «[une] relation pleinement incarnée dans laquelle mère et fille puisent toutes deux forces et résistance» (Saint-Martin,1999: 300). De mère patriarcale, sévère et dure, enfermée et enfermante, Grand-maman devient mère légendaire. Elle invite à un passé matriarcal à redécouvrir (Saint-Martin, 1991: 244). Par l’ultime dévoration, elle émerge à la fois comme corps et comme parole. Elle est vue et entendue comme pour la première fois, nouvellement insoumise. De fait, la p’tite, en la dévorant, la délivre. Elle la sauve et se sauve elle-même (Saint-Martin,1999: 289): elle devient reine, «belle reine sale, comme rivière, mont, pierres […], Carabosse arrachée à la racine» (DF, 130).

De gâcheuse de lignée parfaite, la p’tite devient porte-parole des générations passées, chargée par sa grand-mère de transmettre non plus la honte et l’impuissance (Saint-Martin, 1991: 246), la fertilité mortifère et l’insignifiance obligée, mais la force et la combativité (ibid. : 250), la résistance et l’amour:

monstresses et aigles 
lettres de fer, sois dernière 
fille d’assise, soyons ensemble d’armes
et de bouches de lance-pierres et nacrecoeur
soyons dégorgées pure détresse, sorcières, langues 
et crocs et souveraines ensemble, dans la joie ensemble (DF, 136).

La prémonition de la VieilleVieille se réalise: la p’tit devenue reine s’incarne dans ce nous, féminin et pluriel, que lui lègue sa grand-mère en mourant. Ce dernier n’apparaît d’ailleurs que dans le poème final, dans les dernières paroles de Grand-maman, qui murmure: 

nous
aurons
survécu à Dieu
à tout ce qu’ils ont dit de nous
notre langue est souvenir et ce que fut notre cœur
quand il était couronne (DF, 137).

Si la pérennité de l’ordre patriarcal est assurée par la rupture du lien entre mère et fille, par la suppression de la généalogie féminine, au bénéfice de l’idéalisation des patriarches (Irigaray, citée dans Saint-Martin, 1991: 246), le matriarcat auquel appelle Grand-maman (dont les principes portent le récit en entier en même temps qu’ils le traversent) passe par la réciprocité mère-fille. Sans pour autant qu’il y ait matricide (Saint-Martin,1999: 300) et bien qu’elle meurt effectivement à la toute fin, la mère patriarcale de La dévoration des fées, englobante et suffocante, s’efface doucement. Avec elle s’évanouit l’idée même de la toute-puissance maternelle (Irigaray, 1981: 86) – comprise, en termes lacaniens, comme qualité de «l’être réel dont dépend sans recours le don ou le non don» (Lauret, 2011: 33). Dans sa dernière litanie, Grand-maman annonce un nouveau cycle de l’histoire, qui s’ouvre avec la reconnaissance d’une généalogie de femmes, d’une filiation maternelle, et avec l’adéquation symbolique de maternité, solidarité, mémoire et retour aux origines (Saint-Martin, 1999: 301).  

En survivante obstinée du temps des mères tues, la p’tite se voit investie d’«une parole qui vient briser les chaînes [du] rapport au pouvoir» (Irigaray, 1981: 80), qui se construit au plus proche du désir; «un langage qui ne se substitue pas au corps-à-corps, ainsi que le fait la langue paternelle mais qui l’accompagne» (ibid.: 29). Elle devient la première de sa lignée à être la gardienne non plus du mutisme mais d’une langue toute féminine, celle-là même qui caractérise l’écriture de Catherine Lalonde. Faite d’expressions renouvelées (oiselle de malheur, chiennes de faïence), de mots féminisés (bébée, serpente, chevale, enfante), d’énumérations grandiloquentes, d’inventions lexicales et de réinventions de locutions figées et de proverbes (balbutienne, nervée en chienne, qui vivra verrue), la langue de La dévoration des fées se conjugue au féminin. Elle prend origine de la mère et la fait apparaître. 

À travers les cinq chapitres qui racontent la naissance dramatique de la p’tite, son enfance brouillonne, son adolescence malcommode, son exil rebelle et, finalement, son retour à elle et à ses origines, c’est une histoire de femmes et une histoire qui se passe entre trois femmes (Troubetzkoy, 1991: 42) qui est donnée à lire. Grand-maman, la mère Blanche et la p’tite, en ordre d’apparition, comprennent trois âges du maternel en une seule figure – celles de la fille, de la mère et de la grand-mère. Réunies par la féminité et par la maternité, bien que toutes n’aient pas été (qu’elles n’aient pas vécu comme) mères, elles prolongent chacune l’existence de la leur, à qui elles sont profondément liées (Saint-Martin, 1999: 269). Gigognes, elles s’emboîtent, s’incorporent jusqu’à n’être plus qu’un seul corps, qu’une seule voix, originelle et indispensable.

 

Bibliographie

Corpus primaire

LALONDE, Catherine (2017), La dévoration des fées, Montréal, Quartanier, «Série QR».

Corpus secondaire

BOISCLAIR, Isabelle (2000), «Laurence Clouet, femme de personne», dans Lucie Joubert et Annette Hayward (dir.), La vieille fille: lecture d’un personnage, Montréal, Triptyque, p. 83-98.

CHAUDOYE, Guillemine, Dominique CUPA et Maud MARCOVICI (2011),  «Cruauté et transmission de vie: les contes de fées de Charles Perrault et des frères Grimm», L’esprit du temps, no 116, p. 179-190. 

COUCHARD, Françoise (1991), Emprise et violence maternelles : étude d’anthropologie psychanalytique, Paris, Dunod.

IRIGARAY, Luce (1984), Éthique de la différence sexuelle, Paris, Minuit.

IRIGARAY, Luce (1981), Le corps-à-corps avec la mère, Montréal, Pleine Lune.

IRIGARAY, Luce (1977), Ce sexe qui n’en est pas un, Paris, Minuit.

LAURET, Monique (2011), «Le sujet et la toute-puissance maternelle», Figures de la psychanalyse, vol. 22, n° 2, p. 29-38. 

SAINT-MARTIN, Lori (1999), Le nom de la mère: mères, filles et écriture dans la littérature québécoise au féminin, Montréal, Nota bene.

SAINT-MARTIN, Lori (1991), «De la mère patriarcale à la mère légendaire: Triptyque lesbien de Jovette Marchessault», Voix et images, vol. 16 n° 2, p. 244-252. 

TROUBETZKOY, Wladimir (1991), «De l’art d’accommoder les grands-mères : la Belle et le Chaperon», Littératures, vol. 24, p. 29-52. 

To cite this document:
Élément-Jomphe, Laurence. 2022. “Chiennes de faïence de mère en fille: les mères gigognes dans "La dévoration des fées" de Catherine Lalonde”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. <https://oic.uqam.ca/en/articles/chiennes-de-faience-de-mere-en-fille-les-meres-gigognes-dans-la-devoration-des-fees-de>. Accessed on March 20, 2023. Source: (2022. Montréal: Institut de recherches et d'études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l'IREF).
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