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Appel de communications: Imaginaire contemporain: la banlieue

Marie Parent
Alice van der Klei
Bertrand Gervais
Jean-François Chassay
couverture
Article paru dans Suburbia: L’Amérique des banlieues, sous la responsabilité de Marie Parent (2011)

Université du Québec à Montréal, 29-30 avril 2013

La banlieue désigne d’abord et avant tout un phénomène d’urbanisation qui a pris de multiples formes en Occident après la Deuxième Guerre mondiale. En Amérique du Nord, alors qu’elle avale progressivement des kilomètres de territoire, la banlieue est devenue une figure majeure de l’imaginaire social contemporain.

Auteur inconnu. Année Inconnue. «La banlieue» [Photographie]

Auteur inconnu. Année Inconnue. «La banlieue» [Photographie]
(Credit : Marie Parent)

Depuis Mr. Blandings Builds His Dream House (1948), le cinéma a fait de la banlieue plus qu’un décor, mais un véritable filtre à travers lequel filmer la société nord-américaine, ses défaillances, ses déceptions, ses faux-semblants. Edward Scissorhands (1990) et The Truman Show (1998) se sont inscrits dans cette veine. En littérature, de Revolutionary Road (1961) à The Virgin Suicides (1993), en passant par The Fire-Dwellers (1969) et The Stepford Wives (1972), que ce soit sur un ton tragique ou satirique, les écrivains ont fait éclaté les baies vitrées des bungalows pour révéler la part sombre d’existences supposément sans histoires. À la télévision, Mad Men (2007- ), Desperate Housewives (2004-2012) et Weeds (2005-2012), entre autres, ont remis ces préoccupations au goût du jour. Au Québec, de Dée (2002) à Le ciel de Bay City (2008), l’écriture de la banlieue s’inscrit dans un mouvement de retour sur le passé récent pour mieux exposer les racines du mal nord-américain. Même si elle est parfois empreinte de nostalgie, la représentation du mode de vie banlieusard est le plus souvent marquée par la violence, une violence retenue et insidieuse. Malgré tout ce qu’on peut en dire, l’imaginaire de la banlieue reste difficile à circonscrire, «too wide to ford, to shallow to summarize, too fluid to study», écrivait Gary Michael Dault en 2001.

C’est pourtant à cette entreprise risquée que souhaite se consacrer ce colloque, en se penchant sur les représentations (littéraires, visuelles, discursives) de la banlieue nord-américaine depuis 1945. Évidemment, dans une perspective sociologique ou urbanistique, la banlieue est plutôt constituée de plusieurs banlieues. Pourtant, tant dans le discours social que dans la fiction, il existe une Banlieue au singulier, qui réfère à un mode de vie, une culture, orientée par des valeurs telles que la famille, la sécurité, la propreté, la vie privée, le conformisme, l’individualisme, le matérialisme, la mobilité sociale et physique.

En même temps, et peut-être en réaction à cette axiologie fortement marquée, la banlieue est devenue le reflet des phobies et de l’insécurité nord-américaine, affirme Robert Beuka dans SuburbiaNation. L’imaginaire de la banlieue semble en effet cristalliser une inquiétude contemporaine: elle témoigne de nos préoccupations envers notre façon d’occuper le territoire et de penser notre rapport au monde, mais aussi envers ce que devient le sujet, dans un espace où la différence, la diversité, l’étrangeté sont aussi fortement réprimées, voire refoulées. L’espace suburbain devient, dans la fiction, le lieu du secret, du mensonge, du crime, de la trahison et de la fraude, comme s’il pressait d’exhiber tout ce que la norme n’arrive pas à contenir.

Le rêve américain qu’incarne la banlieue n’est pas que matériel, il offre une contrepartie d’ordre métaphysique: accéder au lieu parfait, débarrasser de tout «autre». Ce projet utopique n’est pas sans rappeler l’expérience de l’installation en Amérique: fuir la ville et toutes les menaces qu’elle représente, trouver un endroit paisible où élever sa famille, repartir à neuf, faire table-rase. Si la littérature, le cinéma, la télévision en Amérique du Nord se passionnent tant pour la banlieue, c’est peut-être qu’elle incarne à la fois les aspirations et les craintes qu’inspire l’American way of life.

Différentes questions orienteront notre réflexion:
-Qu’est-ce que l’imaginaire de la banlieue nous révèle du monde contemporain?
-Au-delà de la critique sociale et de la satire, quels enjeux esthétiques, sociaux et politiques l’imaginaire de la banlieue implique-t-il?
-La banlieue représenterait-elle la quintessence de l’expérience nord-américaine?
-Peut-on définir un imaginaire de la banlieue proprement québécois? Quelles en seraient les œuvres marquantes? Les problématiques spécifiques?
-Comment l’imaginaire de la banlieue qui se déploie dans l’autre moitié du monde anglo-saxon (le Royaume-Uni et l’Australie, en particulier) entre-t-il en dialogue avec la suburbia nord-américaine?

Comité scientifique:

Jean-François Chassay, Bertrand Gervais, Alice van der Klei, Marie Parent, (Université du Québec à Montréal).

Figura, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire, UQAM http://figura.uqam.ca/
ERIC LINT, équipe de recherche sur l’imaginaire contemporain http://ericlint.uqam.ca/
Observatoire de l’imaginaire contemporain http://oic.uqam.ca/

Nous acceptons les propositions en français et en anglais.

Date de remise des propositions (300 mots): 15 janvier 2013

Envoyer les propositions à:

icimarieparent[à]gmail[point]com

alice[à]labo-nt2[point]org

Les textes du Bungalow show sont maintenant en ligne sur Pop-en-Stock

De quoi vous inspirer pour l’appel de communications du colloque sur la banlieue nord-américaine.

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