Colloque, 10 décembre 2015

«Nous baignons dans la langue et quelqu’un a chié dedans»: «L’Art français de la guerre» d’Alexis Jenni

Djemaa Maazouzi
couverture
Repenser le réalisme. IIe Symposium international de sociocritique, événement organisé par Jean-François Chassay, Elaine Després, Djemaa Maazouzi, Olivier Parenteau, Geneviève Sicotte et Bernabé Wesley

«Parfois, dire, ce n’est pas faire. Même avec la meilleure volonté ou la meilleure des velléités. Même en épuisant les ressorts de l’anaphore, de l’analogie, de la répétition, des métaphores ou de l’hypotypose. Même en essayant la polyphonie, en voulant brouiller la voix narrative par la voix du personnage principal et réciproquement. Même en tentant de donner une circularité au récit. Même en essayant tantôt avec des euphémismes, tantôt avec des images et tantôt avec un coup de gueule.

Même en choisissant de porter un discours de jeune, postcolonial, à entendre ici d’un point de vue seulement chronologique. N’ayant pas connu la dernière des guerres coloniales françaises, ayant tout lu à son sujet et le revendiquant, désabusé, pessimiste, impuissant, lâche, parfois indifférent, parfois révolté, parfois solidaire, mais intérieurement au sujet de son époque, de ses aînés, de sa société. Même en dotant son écrit d’un dispositif paratextuel censé alterner les genres.

Parfois, le dire est plus difficile à faire qu’à dire. Surtout lorsqu’on escompte des effets de hantise. Dire qu’une réalité hante c’est déjà difficile à montrer de manière crédible. Mettre en scène la hantise, surtout si on veut que cela soit effectif, que cela ait des résultats sur le lecteur, bref, utiliser l’argument que du réel se manifeste dans le présent parce que c’est du passé qui n’est pas passé, que des fantômes nous hantent par ce que la réalité n’a pas été assumée, c’est une chose. Se contenter de le dire ou de le répéter n’est pas la même chose.»

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