Université Toulouse Jean Jaurès

«Tuer le mandarin», «bouton du mandarin», et autres historiettes et expressions apparentées. Réflexions sur des récits et des formules véhicules d’idées variées (XIXe-XXIe siècles)

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«Adaptation théâtrale du roman "O Mandarim"(1880)»
Credit:
Troupe de théâtre d’Amalda

«Adaptation théâtrale du roman "O Mandarim"(1880)» de Eça de Queiroz, par la troupe de théâtre d’Amalda, en 2019. 
Disponible en ligne: https://ctalmada.pt/o-mandarim-5/

Mandarin, s. m. Personnage imaginaire qui sert de tête de Turc à tous les criminels timides, —dans l’argot des gens de lettres.

Il a été inventé par Jean-Jacques Rousseau ou par Diderot comme cas de conscience. Vous êtes assis tranquillement dans votre fauteuil, au coin de votre feu, à Paris, cherchant, sans les trouver, les moyens de devenir aussi riche que M. de Rothschild et aussi heureux qu’un roi, parce que vous supposez avec raison que l’argent fait le bonheur, attendu que vous avez une maîtresse très-belle, qui a chaque jour de nouveaux caprices ruineux, et que vous seriez très heureux de la voir heureuse en satisfaisant tous ses caprices à coups de billets de banque. Eh bien, il y a, à deux mille lieues de vous, un mandarin, un homme que vous ne connaissez pas, qui est plus riche que M. de Rothschild: sans bouger, sans même faire un geste, rien qu’avec la Volonté, vous pouvez tuer cet homme et devenir son héritier, —sans qu’on sache jamais que vous êtes son meurtrier. (Delvau, 1866a: 235-236).

Cette notice appartient au Dictionnaire de la langue verte de Delvau, publié en 1866. Curieusement, cet inventaire des «argots parisiens» affirme qu’un mot de la rue a été «inventé» par de prestigieux écrivains: Rousseau ou Diderot. Il aurait donc migré des écrits des Lumières vers les parlers populaires au sein d’un récit qui propose une expérience de pensée dans laquelle chacun peut se projeter. Cette entrée signale en creux que ce «cas de conscience» a déjà subi des mutations puisqu’il s’incarne maintenant dans une histoire cynique qui fait intervenir «M. de Rothschild», référence non encore fameuse dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

Delvau signale que «mandarin» «a passé dans la littérature et la conversation, puisqu’on dit Tuer le mandarin» (236, l’auteur souligne). Dans la presse d’alors, l’expression, appliquée à des situations variées, est effectivement fréquente1. Elle est expansive. En témoigne la révision, quelques mois plus tard, par ce lexicographe à l’affut des «mots contemporains», de son Dictionnaire qui ajoute à «Espérances»: «Avoir des espérances. Avoir des grands parents riches que l’on compte voir mourir bientôt, —façon bourgeoise de "tuer le mandarin!"» (1866b: 166, l’auteur souligne). Pour le passage dans la littérature, Delvau parle d’expérience: en effet, il a signé «L’Héritier du Mandarin». Dans cette nouvelle, un jeune homme reçoit miraculeusement «une somme incalculable» (Delvau, 1867: 284, l’auteur souligne). Aucun meurtre dans ce récit, le titre semble néanmoins indiquer une clef, que le lecteur, coutumier de l’expression, pourra saisir. Cet «héritier du mandarin» n’est peut-être pas innocent; il en sait plus long qu’il n’en dit sur une funeste pensée qui lui a donné la richesse, mais qu’il paye d’une vie bien lasse.

Les dictionnaires généraux ne tardent pas à relever l’expression. Dès 1873, le Larousse lui consacre une rubrique de son entrée «Mandarin» et la désigne comme le «c]élèbre paradoxe de J.-J. Rousseau» (1053). En 1877, le lexicographe, en l’attribuant toujours au philosophe, en donne cette définition: 

[S]’enrichir par des moyens illicites, ou simplement devenir riche tout d’un coup. Ainsi, que quelqu’un passe subitement et sans cause apparente de la misère à l’opulence, on dira plaisamment: il a tué le mandarin. (Larousse: 298)

Émile Littré, qui ne l’avait pas incorporée dans la première édition de son dictionnaire en 1873-1874, se corrige en 1877: «Tuer le mandarin, commettre une mauvaise action, dans l’espérance qu’elle ne sera jamais connue.» (221) 

Face à la popularité de cette formule, certains s’enquièrent de ses origines. C’est le cas d’un lecteur de L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux. Le 10 mai 1866, il demande: «à quel endroit des œuvres de J.-J. Rousseau se trouve cette locution, passée en proverbe: "Tuer le mandarin."» (P. L., 1866). À la place d’une œuvre du philosophe, des rédacteurs proposent: Gozlan, Balzac (A. Nalis, 1866), Voltaire (F.L. 1866). Une réponse renvoie au Père Goriot (O.D., 1866). C’est effectivement de ce roman que dérive la formule. Rastignac, tourmenté par un sinistre mais alléchant projet du truand Vautrin s’en ouvre à Bianchon. Il lui remémore «ce passage où [Rousseau] demande à son lecteur ce qu’il ferait au cas où il pourrait s’enrichir en tuant à la Chine par sa seule volonté un vieux mandarin, sans bouger de Paris.» (Balzac, 1976: 164-165). Les deux amis débattent, et finalement s’accordent sur la supériorité de ne pas attenter à «la vie du Chinois». Un peu après, le personnage lointain revient quand Bianchon demande à son jeune compagnon: «Nous avons donc tué le mandarin?» (181).

De cette matrice découlent diverses expressions, anodines ou puissantes, qui en 1860-1870 fourmillent dans la presse, le langage courant, le théâtre, les romans, etc. Rapidement, «tuer le mandarin» et consorts atteignent les écrits d’autres pays francophones et d’autres langues2. Cette postérité témoigne de l’impact du Père Goriot et de Balzac sur la littérature mondiale. Elle montre que «[c]omme l’activité souterraine des eaux, de pertes en résurgences, la vie littéraire n’en a jamais fini avec un motif et une inspiration» (Delon, 2014: 201). Elle renvoie aussi à la force d’une image qui parle au lecteur et l’interroge, et que Carlo Ginzburg a replacée dans la longue lignée des réflexions à propos des effets de la distance sur la sensibilité et le sens moral (2001). Cependant, un tel devenir n’était possible qu’avec une impulsion initiale puissante et des particularités favorables à sa diffusion. En conséquence, cet article se concentrera sur trois questions: la forge de l’expression par Balzac, les quelques relais qui élargirent sa diffusion, et enfin son déclin – sans que l’on puisse parler d’une disparition, depuis les années 1950-1960.

 

Inspirateurs reconnus de Balzac

L’expérience de pensée que proposent les personnages de Balzac revêt trois caractéristiques. Elle se présente sous l’autorité de Rousseau, met en scène un lieu –la Chine–, et fait intervenir une victime fortunée –un mandarin. 

D’où Balzac a-t-il tiré un tel scénario? Dès 1879, Le Globe précise: «Balzac, qui a attribué à Rousseau le paradoxe du mandarin, citait souvent à faux.» (4). Un mois après, R.M, dans l’Intermédiaire reproduit ces lignes et les approuve. Léon Fox complète ce commentaire en citant une page du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755) sur la quasi-universalité du phénomène qui pousse chacun à imaginer des désastres ou préjudices frappant autrui afin de s’assurer la prospérité. Il stipule cependant: 

Je n’ai pas trouvé, dans les Œuvres du philosophe genevois, d’autre passage se rapportant plus exactement que celui-ci à la mort du mandarin, inventée par Honoré de Balzac pour les besoins de sa prose. (R.M et Léon Fox: 646-648) 

Dans leurs débats sur l’auteur à l’origine de «tuer un mandarin», les journaux des années 1870 avancent de multiples noms: Voltaire, Dumas, Annie Edwards, Cicéron, etc. (Vachon, 1996). Rapidement, les avis sérieux se rangent derrière un lien signalé dès 1877: «ce fameux "cas de conscience" a bien été réellement formulé par Chateaubriand, comme l’avait fait pressentir N.G.» (Ed. F., 1877: 360). 

 Voici ce passage du Génie du christianisme:

Ô conscience! ne serais-tu qu’un fantôme de l’imagination, ou la peur des châtiments des hommes? je m’interroge; je me fais cette question: “Si tu pouvais par un seul désir, tuer un homme à la Chine, et hériter de sa fortune en Europe, avec la conviction surnaturelle qu’on n’en saurait jamais rien, consentirais-tu à former ce désir?” J’ai beau m’exagérer mon indigence; j’ai beau vouloir atténuer cet homicide, en supposant que, par mon souhait, le Chinois meurt tout à coup sans douleur, qu’il n’a point d’héritier, que même à sa mort ses biens seront perdus pour l’État; j’ai beau me figurer cet étranger comme accablé de maladies et de chagrins; j’ai beau me dire que la mort est un bien pour lui, qu’il l’appelle lui-même, qu’il n’a plus qu’un instant à vivre: malgré mes vains subterfuges, j’entends au fond de mon cœur une voix qui crie si fortement contre la seule pensée d’une telle supposition, que je ne puis douter un instant de la réalité de la conscience3. (Chateaubriand: 606)

Chateaubriand avait voyagé en Amérique du Nord. Un Amérindien convenait à la distance exigée de sa parabole. Mais, pour donner du piquant à l’exemple, il fallait une victime fortunée. L’imaginaire du Moyen-Orient et des Indes offrait de riches trépassés potentiels. Toutefois, l’intention de son texte poussait vers la Chine. Le Génie défend le christianisme contre les Lumières, en particulier contre Diderot. L’exemple du meurtre du Chinois participe à une démonstration de l’existence de l’immortalité de l’âme par la mise en avant de la puissance des remords et de la conscience. Diderot a abordé les effets de la distance sur les exigences morales plusieurs fois. Par exemple, en 1749, dans la Lettre sur les aveugles (1972 [1749]: 87), et dans le dialogue entre Jacques le Fataliste et son maître (2012 [1796]: 55-56). Il a aussi illustré ce thème dans Entretien d’un père avec ses enfants. Diderot y met en scène son père, des membres de sa famille, des voisins et lui-même, discutant du respect des lois et des intérêts individuels et collectifs. À un auditoire restreint, un chapelier raconte que pendant dix-huit ans, il a dépensé en vain tout son argent pour soigner sa femme. N’ayant pas d’enfants, il a caché la dot de son épouse aux héritiers légaux. Depuis cet acte malhonnête, il ne dort plus. Plusieurs auditeurs lui disent que cet argent lui revient. Diderot père s’oppose à cet avis: pour retrouver bonne conscience, le chapelier doit le rendre. L’artisan conteste, il partira à Genève. Diderot père reste ferme: «Va où tu voudras, tu y trouveras ta conscience.» Le chapelier parti, la petite assemblée discute, et constate:

la distance des lieux et du temps affaibli[t] plus ou moins tous les sentiments, toutes les sortes de consciences, même celle du crime. L’assassin, transporté sur le rivage de la Chine, est trop loin pour apercevoir le cadavre qu’il a laissé sanglant sur les bords de la Seine. Le remords naît peut-être moins de l’horreur de soi que de la crainte des autres; moins de la honte de l’action que du blâme et du châtiment qui la suivraient s’il arrivait qu’on la découvrît. (Diderot, 2004 [1771]: 481)

Loin, réfugié en Chine, le criminel ne sera pas découvert. Le père ne se résout pas à cette solution: «"Mes enfants, les jours du méchant sont remplis d’alarmes. Le repos n’est fait que pour l’homme de bien. C’est lui seul qui vit et meurt tranquille."» (481) 

Dans ce conte, pas de victime chinoise. L’assassin a tué en France ; transporté en Chine, il peut échapper aux conséquences de son crime. Contrer Diderot, et son relativisme moral, portait Chateaubriand à placer son historiette en Chine. De plus, l’ambiance des salons qu’il fréquentait, et dans lesquels il exposait sa pensée, l’orientait vers cette contrée. En effet, l’atmosphère y était fort imprégnée du vaste Orient, et donc d’éléments chinois. Un spécialiste de ce goût oriental avance: 

C’est probablement dans une de ces discussions, où chacun cherche à enfermer sa pensée en une formule nette et spirituelle, que fut inventé le fameux argument du mandarin, désespoir des chercheurs et des curieux, qui jamais n’en ont pu retrouver l’origine. Chateaubriand, qui le reproduit, a soin de lui laisser presque la forme de la conversation (Martini: 349).

Dans cette historiette, la Chine est là, la victime est riche, mais elle n’est pas un mandarin.

À propos des œuvres de Diderot mettant en scène des discussions sur les effets de la distance sur la conscience, Michel Delon constate: «Balzac connaît ces textes.4» (2013: 3). Cependant, s’il y a rencontré l’éloignement par la Chine, il n’y a pas croisé un riche Chinois assassiné, comme chez Chateaubriand. Le rapport du romancier à l’œuvre de son aîné est ambigu, et inversement (Michel: 249). Plusieurs personnages balzaciens évoquent le Génie du christianisme ou son auteur. Balzac reconnaît donc «l’importance de Chateaubriand» en «lui donn[ant] droit de cité dans La comédie humaine» (Delattre, 205). Mais il ne le fait jamais «dans un contexte dénué d’ironie». En conséquence, s’il traite Chateaubriand «en tant que phénomène social», il n’a pas laissé de jugements directs sur lui (206). Cependant, il l’avait lu attentivement, et même davantage. En 1951, dans sa présentation de Falthurne, jusque-là inédit, Pierre-Georges Castex dévoile un pastiche du jeune auteur: «Il suffira de reproduire le texte de Chateaubriand pour faire apparaître l’évidence de l’imitation. Nous donnons celui du Génie, car Balzac a lu plus probablement le Génie que l’Essai» (dans Balzac, 1950: LXXII). Ce balzacien renouvelle son commentaire à propos d’une citation que Rastignac attribue à Chateaubriand: «Balzac a même pastiché les pages éloquentes du Génie dans son premier essai romanesque, Falthurne» (dans Balzac, 1981: 140). Marqué par sa lecture de Chateaubriand, le romancier y a rencontré la Chine, une expérience de pensée impliquant le meurtre d’un riche Chinois, mais pas un mandarin. 

 

Inclination balzacienne envers la Chine

Assurément, Balzac n’avait pas eu besoin de lire Chateaubriand pour s’intéresser à la Chine. En effet, l’écrivain a cultivé un intérêt constant envers cette contrée, et même une «sorte de sinophilie» (Bui: 94). La Chine, pour lui, représente d’abord le très loin, ensuite le «raffinement» et le «luxe». Aussi, l’expression «tuer à la Chine» offre-t-elle «la distance radicalement éloignée» (Bui: 96-97) qui permet au criminel d’assassiner, puis de récupérer sans risque une fortune. Seulement, il n’était pas obligatoire qu’il y place son anecdote. Ainsi, dix ans avant Le Père Goriot, Balzac avait déjà mis en scène l’idée que la distance joue sur les barrières morales dans Annette et le criminel. Un prêtre y dénonce les arrangements avec la conscience: 

Toi, là-bas, si par un regard tu pouvais tuer à la Nouvelle-Hollande [Nouvelle-Zélande], un homme sur le point de périr, et cela sans que la terre le sût, et que ce demi-crime, dis-tu dans ton cœur, te fît obtenir une fortune brillante […]. Tu n’hésiterais pas à répéter: Un homme d’honneur comme moi! (Balzac, 1999: 539-540).

Associer la distance et ses effets négatifs sur la sensibilité morale avec les Lumières était dans l’air du temps. En témoignent ces quelques lignes: 

cet esprit de famille, si bizarrement calomnié par certains philosophes, qui, vous dispensant d’aimer votre père ou votre enfant, prétendaient vous inspirer un vif intérêt pour l’habitant de la Chine, ou le sauvage de la nouvelle Hollande. (Itard: 70-71)

Elles proviennent d’un texte du docteur Itard publié en 1801 dans le Mercure de France en même temps que son rapport sur Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron. Balzac, curieux des débats psychiatriques de l’époque, avait très probablement lu le rapport sur ce patient «qu’il avait sûrement pu voir au jardin du Luxembourg» (Jullien: 26). Aussi, il avait certainement lu la remarque d’Itard sur les philosophes. Mais, à la différence du médecin, il a utilisé séparément les deux contrées, et chez lui, la Chine l’a emporté.

En 1844, dans Modeste Mignon, la Chine revient quand le poète Canalis désarçonne Dumay:

[C]ette jeune fille est tout pour vous… Mais dans la société, qu’est-ce? … Rien. En ce moment, le mandarin le plus utile à la Chine tourne l’œil en dedans, et met l’empire en deuil!… cela vous fait-il beaucoup de chagrin? Les Anglais tuent dans l’Inde des milliers de gens qui nous valent, et l’on y brûle, à la minute où je vous parle, la femme la plus ravissante; mais vous n’en avez pas moins déjeuné d’une tasse de café?… En ce moment même, il se trouve dans Paris des mères de famille qui sont sur la paille et qui mettent un enfant au monde sans linge pour le recevoir!… voici du thé délicieux dans une tasse de cinq louis et j’écris des vers pour faire dire aux Parisiennes "Charmant! charmant! divin! délicieux! cela va à l’âme". (Balzac, 1976: 593)

Le mandarin est là. L’Inde et Paris aussi, illustrant les effets de la distance, géographique ou sociale. Changement de perspective cependant: cette fois, le mandarin «tourne l’œil en dedans», peut-être de maladie ou de vieillesse, rien n’indique que sa mort soit un meurtre. Mais, du sort du mandarin, la postérité a retenu la version violente. 

 

Formulations proches, destins différents

En 1877, quand «Ed. F.» affirme que le «fameux "cas de conscience"» a été formulé par Chateaubriand, il précise: «Il n’y manque rien que le mot mandarin, substitué par Balzac, dans son Père Goriot, à "l’homme de la Chine"». En écrivant «de», il modernise la citation. Dans le long extrait du Génie qu’il reproduit ensuite, il reprend le «à la Chine» initial. Puis il conclut: «Voilà bien, […], l’origine du "cas du mandarin", dont un seul mot changé par Balzac avait fait perdre la trace.» (Ed. F. L’Intermédiaire, 1877: 360-361)

La différence est mineure: «homme à la Chine» chez Chateaubriand, «mandarin» chez Balzac. La formule du romancier a connu une remarquable postérité. Qu’en est-il de celle de son aîné? La presse ne la reprend qu’à partir de 1877-1879, et exclusivement à propos de l’origine de «tuer le mandarin». Avant, la locution est surtout utilisée pour ses vertus morales. En 1825, Pierre Fontanier cite un large extrait du Génie pour expliciter un passage relatif à «la conscience» dans La religion de Louis Racine, poète du XVIIIe siècle que Chateaubriand entendait poursuivre (Racine: 29, 55-56). La formule intègre ensuite des livres éducatifs afin de former la conscience à «la Probité», pour de grands élèves, comme dans l’éphéméride Une lecture par jour (1838-1866), ou des adolescents, comme le Premier livre de l’adolescence, ou Exercices de lecture et leçons de morale à l’usage des écoles primaires (1843), qui expose la parabole et la commente, mais sans donner le nom de son auteur à ses jeunes lecteurs (Delapalme: 109). En 1894, une revue éducative reprend ce passage du manuel du juriste Delapalme dans des exercices sur la «Probité» pour les «Classes enfantines et cours élémentaires» (Anonyme, L’École et la famille: 149-150). L’école républicaine recourt aussi à l’extrait de Chateaubriand en le citant explicitement dans les Lectures morales du recteur Thamin (Thamin et al.: 306-307). Bref, la formule «tuer un Chinois à la Chine», en dépit de l’impact du Génie5, n’a été que peu reprise, et jamais elle n’est devenue une locution proverbiale courante. Le mot «mandarin» a donc dû compter considérablement dans le succès de l’expression.

 

Comment «mandarin» est-il arrivé chez Balzac?

Balzac, en incluant le thème des effets de la distance sur la sensibilité et les comportements dans ses romans, reprenait un sujet largement abordé avant lui. Comme certains auteurs qu’il connaissait bien –Chateaubriand, Diderot–, et d’autres, tel Adam Smith6, il a fait intervenir la Chine dans des historiettes sur ce thème. Cependant, par le personnage du riche mandarin assassiné, il a innové. Comment «mandarin» est-il venu sous sa plume ? 

Un de ses contemporains nous offre une piste: l’écrivain et journaliste Jules Janin. Les deux hommes se sont connus très tôt, dès que Balzac fut «placé comme petit clerc» chez un avoué des Halles où Janin servait comme «saute-ruisseau» (Gengembre: 29-30), c’est-à-dire comme jeune chargé des courses. Très intimes un temps, ils se sont brouillés. Le futur «roi de la critique» cultive lui aussi un intérêt pour la Chine, en témoigne son livre Han-Wen, le lettré (Janin, 1834 a). Fin 1834-début 1835, Jules Janin prononce des leçons à l’Athénée Royal. Dans ses conférences, dont la Revue de Paris publie le discours d’introduction dans le numéro comportant la première partie du Père Goriot, Janin traite de l’«Histoire du Journal en France» (Janin, 1834 b: 169-192). Au début de l’année 1835, on rapporte que sa deuxième leçon, qui a évoqué le journal «rimant de mauvais vers sous le cardinal de Mazarin» (Mercure de France, 1835: 6), a réjoui: «[O]n a beaucoup ri à la lecture d’une pièce intitulée les Cent soixante Manières de tuer le Mazarin» (7). Pas de trace de cette pièce dans les catalogues. Et malheureusement, la Revue de Paris ne put incorporer les leçons dans ses colonnes à la suite du refus de l’Athénée-Royal (Revue de Paris, 1835: 64). Il est cependant certain que «tuer le Mazarin» circulait au temps de la Fronde et, alors qu’aujourd’hui l’habitude est de dire «Mazarin», au XIXe siècle dire «le Mazarin» restait commun. Une quarantaine d’années après Janin, sans se référer à lui, et malheureusement toujours sans référence précise, dans un des nombreux articles sur la formule «Tuer le mandarin», un journal explique: 

Les Mémoires du temps rapportent que les Frondeurs poursuivaient Mazarin de leurs chansons et de leurs quolibets. Dans l’un des Pamphlets satiriques publiés en 1618, on lança contre lui des menaces de mort; mais, pour conserver à ces attaques le côté comique, on modifia le nom de Mazarin, et certaine chanson finissait ainsi (sic):

Pour avoir du pain et du vin, 
Il faut Tuer le mandarin. (Anonyme, Le Journal de la jeunesse)

Il manque certainement «une» devant «certaine», et il faut lire «1648», et non « 1618 ». La consultation de travaux sur le «déluge de libelles diffamatoires» contre Mazarin n’a pas permis d’identifier l’origine de la citation (Carrier, 1989: 55), la piste reste cependant intéressante.

Il se peut que Janin, dont Balzac, malgré leur brouille, suivait toujours les propos et écrits, ait parlé avant son cours d’une mazarinade jouant sur «Mazarin» et «mandarin». Dans ses leçons, et certainement ailleurs, il a évoqué une phrase courante du milieu du XVIIe siècle: «tuer le Mazarin», restée dans les mémoires, et qui a pu contribuer à ce que Balzac écrive «tué le Mandarin». Le souvenir d’un pamphlet associant «Mazarin» et «mandarin» pousse à creuser l’idée qu’ils relèvent de la même famille de sons. 

Des dictionnaires spécialisés, antérieurs au passage de Balzac, réunissent ces deux vocables comme potentielles rimes riches (Hamoche: 285; Thomas: 107). Des vers y ont recouru: 

Il ne lui faut qu’un chétif mandarin
Pour faire encor crier: Au Mazarin! (Rousseau, 1723: 366)

Leur auteur était Rousseau. Pas Jean-Jacques, mais Jean-Baptiste, qu’on peut, comme Louis Racine, considérer comme l’un des prédécesseurs de l’esprit du Génie. Balzac l’a-t-il lu? En 1820, une édition complète de ses œuvres paraît, doublée l’année suivante d’une anthologie contenant les vers associant «Mazarin» et «mandarin» (Rousseau, 1821: 242). Le 25 décembre 1826, dans ses déboires d’imprimeur, Balzac avait réclamé à un débiteur insolvable, le libraire Frémeau, parmi les livres de son fonds, trois jeux de «J.-B. Rousseau complet» (Balzac, 2006: 194). Le romancier l’a mentionné à plusieurs reprises. Physiologie du mariage, en 1829, le fait intervenir deux fois (Balzac, 1901: 279 et 281), et de façon très exacte (Milchina: 313). En 1837, dans Illusions perdues, il semble ironiser sur son style quand le Proviseur d’Angoulême s’enthousiasme pour le poète de la ville: «En l’entendant, le Proviseur du collège, homme flegmatique, battit des mains en disant que Jean-Baptiste Rousseau n’avait pas mieux fait» (Balzac, 1985: 80). Dans sa préface à Une ténébreuse affaire, l’écrivain s’indigne d’avoir «été l’objet des plus grossiers mensonges», et avance que «sous l’ancienne monarchie, l’honneur des citoyens était un peu plus fortement protégé quand, pour des chansons non publiées, qui portaient atteinte à la considération de quelques écrivains, J.-B. Rousseau, condamné aux galères, a été forcé de s’expatrier le reste de sa vie» (Balzac, 1991: 281). Balzac connaissait donc les écrits de l’auteur des vers réunissant mandarin et Mazarin. 

Andrew Oliver, spécialiste de la génétique balzacienne, constate: «le texte du Père Goriot subit d’énormes changements entre sa rédaction initiale et la publication des éditions conformes au "Furne corrigé7"» (2011: 63). Au sein de cette écriture constamment en mouvement, les phases impliquant un mandarin et Rousseau existent dès le manuscrit recopié par Balzac8. Quand il les rédige, il «travaille vingt heures par jour» (24) et parfois davantage, dans un état d’épuisement inhumain9. Il ne faut donc pas chercher dans l’anecdote et dans son attribution un geste maîtrisé, mais plutôt une cristallisation d’éléments diffus dans une frénésie de création.

L’inclination envers la Chine à la suite de lectures précoces —où les meurtres de mandarins sont fréquents—, les récits paternels10 et de quelques contemporains, de même que le recours à cette contrée pour énoncer les effets de la distance sur les jugements moraux chez des auteurs qu’il avait lus, ont pesé sur Balzac. Que Janin ait parlé de «tuer le Mazarin», voire d’une mazarinade arborant «tuer le mandarin», a pu jouer. Les vers de Rousseau aussi. Difficile d’éclairer davantage la façon dont «mandarin» et le philosophe sont venus se glisser sous la plume de Balzac. Le plus important est qu’ils comptent largement dans le devenir de cette formule.

Pour l’attribution à Jean-Jacques Rousseau, parler d’erreur est abusif. C’est un roman. Ce sont Rastignac et Bianchon qui discutent. Aussi l’écrivain se trompe-t-il peut-être, mais il peut aussi avoir laissé ses personnages lâcher le nom d’un philosophe qui l’avait marqué (Chollet et al: 251 & Trousson: 26). Les premières reprises de la formule du mandarin, au moins jusqu’aux années 1860, quand elles l’associent à un nom, car il y en a de nombreuses anonymes11, mentionnent surtout Rousseau, et très rarement Balzac12. Ainsi, en 1835, dans un roman populaire aux intentions morales, un personnage, qui a mis enceinte une femme mariée et a imaginé un temps que la mort du mari mettrait fin à ses tourments, quand il apprend que la dame, prostrée, ne s’alimente quasiment plus:

«se souv[ient] de J.-J. Rousseau, se demandant ce qu’il ferait, si pour s’enrichir il pouvait, par sa seule volonté, tuer un mandarin de Pékin, sans bouger de Paris, et il se f[a]it horreur. Il avait donc commis deux meurtres, celui du mari par la pensée, et de fait celui de madame Gérard.» (Ricard et al.: 199-200)

En 1845, Monte-Cristo décrit des poisons ne laissant pas de traces à Mme de Villefort qui désire se débarrasser de membres de sa belle-famille. Quand elle oppose que «le crime est toujours le crime», il lui répond: 

[C]eci est un scrupule qui doit naturellement naître dans une âme honnête comme la vôtre, mais qui en serait bientôt déraciné par le raisonnement. Le mauvais côté de la pensée humaine sera toujours résumé par ce paradoxe de Jean Jacques Rousseau, vous savez: "Le mandarin qu’on tue à cinq mille lieues en levant le bout du doigt." (Dumas, 1845: 2)

Un peu après, l’expression est dans les Mémoires d’un suicidé de Du Camp: «Rousseau n’a tué qu’un mandarin, j’en ai tué plus de mille» (1855: 272).

Certainement, des airs de famille entre le dialogue Rastignac-Bianchon et des phrases de Rousseau existent (Rousseau, 1913: 106 ; Rousseau, 1971: 172-173). Et ils ont contribué à ce que beaucoup parlent de cette anecdote comme inventée par le philosophe de Genève. Dans tous les cas, ce nom, puisqu’il continuait d’attiser les débats, a fortement joué dans le retentissement de la formule.

Peut-être la rime efficace Mazarin/mandarin a disposé Balzac à écrire «mandarin». Mais cette résonnance avec la mémoire hostile envers un des personnages historiques les plus détestés a surtout préparé les journalistes, les écrivains et le public, à faire de «tuer le mandarin» une formule. En effet, la rime relevée par des traités de poétique vers 1800 a persisté chez plusieurs écrivains. En 1846, un journal satirique rapporte la visite par le ministre Cunin-Gridaine d’une exposition au Musée chinois de la rue Neuve-Saint-Laurent: 

Tout le monde a visité l’exposition des produits chinois: les artistes et les bourgeois, les sots et les gens d’esprit, les vaudevillistes et les cordonniers. 
Nous laissons à définir à quelle catégorie de ces curieux appartient certain député ministériel qui disait en sortant: 

«J’ai vu beaucoup de portraits de Mazarins. 
— Ces Mazarins, répliqua un peintre, ne seraient-ils point parents des mandarins?» (Le Charivari: 2)

À la suite de l’évincement d’Ernest Constans de sa fonction de ministre de l’Intérieur le 26 février 1892, Séverine, redoutable journaliste, s’inspire de Maupassant. Elle écrit que Constans, tel Boule-de-Suif, a servi à de basses besognes pour se débarrasser du boulangisme et que, maintenant, beaucoup de ceux qui ont profité de ses manipulations le vilipendent, ou se voient absous de malversations dont ils sont au moins autant responsables que lui. Dans une série d’anaphores, à propos de ce sénateur de la Haute-Garonne, elle assène:

Boule-de-Suif, ce Mazarin de Toulouse, ce Mandarin de Paris… énigmatique figure, gouailleuse et têtue; sphinx qui dévora la Boulange pour le compte du maître, et que le maître ingrat renvoie à sa niche d’un coup de pied! (1)
    

Séverine se qualifiait de «frondeuse». Dans la lignée des mazarinades, en jouant sur Mazarin-Mandarin, elle retrouvait peut-être une association qui avait déjà servi à dénoncer. Surtout, elle démontrait que cette réunion fonctionnait encore pour désigner un politique intriguant, associé à des affaires financières douteuses, et qui, cette fois, tel le mandarin de la fable, devenait une victime. 

L’attrait de cette rime a duré. Le Petit dictionnaire des rimes françaises, publié en 1850 et réédité – avec de nombreux tirages – au moins quatre fois jusqu’en 1908, la répertorie (Sommer, 1894: 238). Et, à la fin du XXe siècle, certains en useront encore13

 

Relais multiplicateurs

Le 20 novembre 1855 se joue la première d’As-tu tué le mandarin? Cette pièce offre une variante de l’historiette qui va fournir une formule promise à une longue postérité et à des applications multiples: «bouton de/du mandarin». Procope, jeune homme ruiné, n’ayant plus le goût à rien, est prêt à tuer le mandarin. À son ami Maxime, il définit l’expression: «être disposé à tout pour arriver à la fortune, en sauvant seulement les apparences». Son ami s’offusque, Procope argumente:

Tu n’as donc jamais lu Jean-Jacques? (Il tire un livre de sa poche.) Tiens, écoute ce que dit cet ami de l’humanité: «S’il suffisait pour devenir le riche héritier d’un homme qu’on n’aurait jamais vu, dont on n’aurait jamais entendu parler, et qui habiterait le fin fond de la Chine, de pousser un bouton pour le faire mourir…, qui de nous ne pousserait pas ce bouton?…»

Maxime: Dame, c’est vrai! Et cependant, ce n’en serait pas moins un assassinat…
Procope: Oh! Oh!... un vilain magot… un habitant de Nankin, de Pékin! 
Maxime: De près ou de loi, c’est toujours un crime!...
Procope: Oui, mais pousser le bouton, et palper les monacos du chinois…c’est bien tentant… (Monnier et al: 6)

Par la suite, Procope monologue: 

[J]e veux m’étaler à mon aise dans cette idée saugrenue… Un Chinois, ce n’est pas un homme, c’est un atroce singe… Un mandarin passe dans une rue de Pékin ou de Kanton…je touche le bouton de cette porte… il tombe… est-ce que suis coupable?... Je n’ai pas d’épées, pas de pistolets, pas de poignards, rien dans les mains, rien dans les poches… (7)

«vilain magot», «atroce singe», les mots sont durs. Il s’agit avant tout d’un calembour de mauvais goût autour de «magot» dont le Trésor de la Langue Française informatisé détaille la polysémie: un gros singe (l’animal désigné ainsi apparaît régulièrement dans les descriptions d’alors de la Chine); un homme très laid et/ou très sot; un «bibelot figurant un personnage plus ou moins grotesque, sculpté ou modelé, provenant ou imité de l’Extrême-Orient», lesquels étaient populaires dans beaucoup d’intérieurs aisés à partir du milieu du XVIIIe siècle et dont deux exemplaires servaient d’enseigne à un magasin réputé d’articles de soie qui deviendra en 1885 le célèbre café des Deux Magots; et bien sûr une grosse somme d’argent (ATILF). Finalement, en tremblant, Procope touche le bouton de porte, le tire, le bouton résiste, il l’arrache, et tombe. Il récupère alors un portefeuille, copieusement garni, veut le rendre, mais des déconvenues rocambolesques adviennent à cet homme qui n’a rien fait de mal… sauf en pensée:

Sans m’en douter, aurais-je du sang chinois à ma chemise?... […] Oh! je sais le nom du mandarin que j’ai boutonné…il s’appelle la conscience…(14)

La nouveauté de ce petit vaudeville: un bouton de porte qui entraîne du suspense autour de ce que fera le personnage. Le meurtre du mandarin se fait toujours à distance, non plus en esprit, mais par un geste concret, par le truchement d’un mécanisme. Il semble que Monnier et Martin partagent l’initiative de cette image avec un contemporain. D’ailleurs, la recension de la pièce par le Figaro reprend la citation attribuée à Rousseau sans commenter le «bouton», comme si les auteurs du compte-rendu n’étaient pas étonnés de cet usage (Villemot: 2). Cette prétendue citation constitue l’épigraphe d’une chanson de Louis Protat publiée en 1857, mais entonnée avant dans la célèbre goguette «Le Caveau»: Tuons le mandarin. Après avoir récité le texte attribué à Rousseau, le chansonnier annonce: 

Le philosophe de Genève 
Du rideau n’a tiré qu’un coin; 
Mais l’opinion qu’il soulève 
Peut s’étendre beaucoup plus loin: 
Je veux prouver, et c’est facile, 
Qu’en France, aussi bien qu’à Pékin, 
Pour le motif le plus futile, 
Chacun tuerait le Mandarin.

Il décline ensuite toutes sortes de situations inconfortables ou ridicules, dont beaucoup, pour en échapper, tueraient un mandarin: revers en bourse, oubli de son porte-monnaie, colique à bord d’un train, volonté d’attirer l’attention d’une femme, vieilles ayant perdu leur chien, auteur de pièces refusées, soldat aspirant à devenir caporal, etc.

Totalement inventée, l’épigraphe sera pourtant reprise par beaucoup comme authentique. Elle contribuera à ancrer profondément l’attribution de l’historiette du mandarin à Rousseau. Certes, comme mentionné plus haut, dès 1879 des lecteurs avisés ont assuré que le philosophe n’avait rien écrit de tel. Du Camp a certainement tenu compte de cette remise en cause, puisqu’il a supprimé «Rousseau n’a tué qu’un mandarin» de ses Mémoires d’un suicidé, à moins qu’il n’ait considéré ces mots comme devenus trop banals (1890: 275). Mais cette vérité, en dépit de mises au point très claires, ne s’est pas imposée14. Au contraire, la fausse attribution s’est perpétuée, et on l’entend encore aujourd’hui. Parmi les grandes voix qui ont contribué à ce prolongement: Freud. 

En 1932, le psychanalyste développe l’idée selon laquelle les hommes 

se permettent […] régulièrement de commettre le mal qui leur promet des agréments, pour peu qu’ils soient sûrs que l’autorité n’en apprendra rien ou ne pourra rien leur faire, et ils n’ont d’angoisse que celle d’être découverts. (1998 [1932]: 68)

Il ajoute en note: «Que l’on pense au célèbre mandarin de Rousseau» (68). Sur un exemplaire en allemand, une main a barré «Rousseau», et inscrit «Voltaire» (Freud, 1931: 102). En 1915, dans «Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort», Freud avait fait appel au moment où «Balzac cite un passage de Rousseau». Par cette référence, il avançait que d’autres avant lui avaient souligné la propension humaine «à supprimer mentalement tout ce qui se trouve sur notre chemin». Et il avait précisé que «[t]uer le mandarin est devenu alors une expression proverbiale de cette disposition secrète, inhérente même aux hommes de nos jours» (Freud, 1968: 259-260). Arrêtons-nous sur un détail, qui souligne le poids de cette formule. Freud, qui la reprend en français, avait écrit: «Tuer son mandarin» (1924: 31). En 1927, le traducteur Samuel Jankélévitch, porté par l’habitude de l’expression, l’a toutefois réécrite dans sa forme commune. Des traducteurs ultérieurs ont rétabli, en signalant l’écart, la transcription de Freud (Bourguigon et al., dans Freud, 1981: 38; Blondel et al., dans Freud, 2017: 83).

Le vaudeville de Monnier associe «mandarin» et «bouton». Cette réunion tient à des expressions qui couraient depuis longtemps. Au XIXe siècle, et bien avant, divers textes qualifient de «boutons de/du mandarin» les billes de couleurs ornant les chapeaux, et marquant leur hiérarchie, des lettrés, administrateurs et officiers militaires chinois. Rapidement, ces mots désignent tant le signe distinctif que la fonction ou le privilège. Et, «bouton de mandarin», comme déjà le faisait «mandarin», s’applique progressivement à des fonctions et à des grades français et occidentaux. Puisque les charges de mandarin s’obtenaient à la suite d’examens, — en principe car la réalité était plus complexe (Will, 218-219 et 224-225) — «bouton de mandarin» prend aussi le sens de diplôme, surtout ceux jugés peu utiles ou artificiels. De plus, depuis le Grand Siècle, «serrer le bouton à quelqu’un», en lien avec le «bouton de bride» servant à tendre les rênes, exprime le fait de «presser vivement» un individu (Larousse, 1875: 614). Enfin, cet objet exotique et ses significations imagées rencontrent à la fin du XIXe siècle la modernisation qui, au fil des progrès technologique, étendra les domaines d’utilisation des boutons: éclairage, radio, télévision, électroménager, manette, voiture, avion, détonateur, etc. Avec ces changements technologiques, le champ d’application de «bouton de mandarin» et «mandarin» augmente considérablement, ainsi que leur charge de toute puissance et d’immédiateté. En conséquence, la locution concerne toujours des actes malveillants et des homicides15, mais elle s’utilise aussi pour des actions instantanées non meurtrières16.

Avec ses pouvoirs multipliés, «bouton de mandarin» s’adapte à l’escalade guerrière. En 1945, Georges Dumani dénonce ceux qui ont actionné le «nouveau bouton de mandarin», la guerre mondiale, gigantesque comparé à l’ancien qui provoquait la mort d’un homme et apportait la fortune, car ils ont causé des millions de morts, d’effroyables destructions et accumulé des richesses colossales (Dumani: 4). L’expression s’applique remarquablement aux «progrès» de l’arsenal militaire. En 1933, la nouvelle «Crimes instantanés. En pressant sur le bouton du Mandarin» imagine un expert criminaliste de l’an 3000 racontant cette évolution (Groc: 37-39). Mais maints commentateurs y recourent pour décrire des armes réelles: l’attaque microbienne en 1933 (Romieu: 51-52), un croiseur en 1940 (Dussart: 3), un bombardement aérien en 1944 (Simon: 168), la bombe atomique au sortir de la guerre (Guyot: 10 ; Gide: 339), les systèmes électroniques militaires en 1964 (Cagger: 41). Le bouton du mandarin s’accommode des terribles évolutions des arsenaux capables de tuer de plus en plus loin, avec de moins en moins de danger et de sentiment de responsabilité dans l’agression, et donc intervient dans un commentaire sur l’usage des drones (Miller: 120), comme dans le corrigé proposé par un général instructeur aux candidats aux concours d’admission à l’École de Guerre ayant planché sur le thème des «technologies qui éloignent le combattant du lieu de bataille»: 

On utilise de plus en plus le “bouton du mandarin”, pour reprendre une métaphore souvent attribuée à Jean-Jacques Rousseau. (Delochre, 2018) 

 

Rencontre érotique

En s’associant au «bouton», le «mandarin » a ainsi acquis une charge d’évocation considérable et extrêmement plastique. Un autre télescopage linguistique lui a ouvert un autre destin singulier. Dans Le petit citateur, recueil d’expressions érotiques et pornographiques publié en 1881, figure cette entrée: 

TUER LE MANDARIN, (…) Se suicider à force de se balancer le chinois.
Cette expression se trouve dans J.-J. Rousseau, mais, avec une signification tout-à-fait différente. (Choux, 347)

En 1864, Delvau, dans son dictionnaire consacré à l’érotisme, qui lui valut bien des problèmes et qu’il avait édité avant celui sur la Langue verte, n’avait pas incorporé cette expression17. Elle lui avait échappé, ou alors il n’avait pas osé la citer, ou plus simplement elle n’existait pas encore.

«Tuer le mandarin» avait donc rencontré le sens argotique de «Chinois» que Le petit citateur définit comme suit: «Le vit toujours chauve —par la tête— et pour qui le con n’est rien moins que le céleste empire. On dit: se polir, ou se balancer le Chinois, pour se branler.» (86). Il est certain que le sens familier de «mandrin» (227) (pénis de grande taille), a contribué à cette invention qui circule encore un siècle plus tard18.

 

Resserrement des applications

Aujourd’hui, «tuer le mandarin» et consorts n’ont pas disparu. Citons quelques exemples. En 1995, Philippe Thureau-Dangin, alors rédacteur en chef de Courrier international, y recourt dans l’un des tout premiers essais sur la déferlante du néo-libéralisme pour décrire des phénomènes qui, en plaçant la concurrence et le marché dans tous les secteurs de la vie économique et sociale, mènent au pire: 

[C]’est sur le terrain de la vie sociale générale que les Rastignac laissent faire, par faiblesse ou résignation, les Vautrin —ou qu’ils deviennent eux-mêmes des Vautrin. Étant à mille lieues des conséquences de leurs actes, ils décideront d’un trait de plume ou d’un fax rapidement rédigé [les décisions les plus délétères] et chaque lecteur pourra ajouter les mandarins qu’il a vu tuer ainsi à distance (199-200)

De son côté, le philosophe et ancien ministre Luc Ferry en use pour illustrer l’idée que, si l’opinion publique se fait souvent intransigeante avec les hauts placés, il faut «douter» de l’affirmation d’«une France d’en bas […] plus morale que celle d’en haut» car peu de citoyens résistent aux possibilités d’avantages personnels par quelques actes illégaux quand ils sont presque sûrs de ne pas se faire avoir:

Comme dit l’adage déjà en vogue au temps de Balzac et Chateaubriand, quand on peut «tuer le mandarin», il est bien rare que l’on s’en prive. (Ferry, 23).

Enfin, Umberto Eco, dissertant sur la nature de l’amour, écrit: 

L’amour privilégiera toujours mon petit-fils par rapport à un chasseur de phoques. Et même si je ne pense pas (selon la célèbre légende) que je me ficherais de la mort d’un mandarin en Chine (surtout si cela me procurait un avantage), même si je sais que l’heure sonnera aussi pour moi, je serai toujours davantage touché par la mort de ma grand-mère que par celle du mandarin. (254)

Ainsi, la formule circule toujours ; mais surtout en clin d’œil érudit à son lustre d’antan ; elle n’est plus dans le langage courant. Pourquoi? En partie parce qu’un des sens de «mandarin» a submergé les autres. Parmi les significations de mandarin, le Trésor de la Langue Française informatisé donne: «Personnage qui, souvent en raison de ses titres, de ses diplômes, de ses fonctions, fait figure de potentat dans son domaine» et l’illustre par un extrait de Napoléon le Petit d’Hugo (ATILF). À la suite des mouvements sociaux de la fin des années 1960, cette définition est devenue majoritaire chez le plus grand nombre. Dans «tuer le mandarin», le mandarin est une victime, non un «potentat», aussi la formule a perdu de sa résonnance. 

Du côté occidental, «tuer le mandarin» a connu une postérité remarquable. Y-a-t-il eu des réactions du côté chinois? Quelques traces subsistent du choc qu’elle provoqua chez des ressortissants chinois. En décembre 1857, lors d’une soirée donnée par l’écrivain maritime Guillaume de la Landelle, un incident survient: 

Les chroniqueurs (…) vous ont raconté l’histoire du Chinois dont l’enthousiasme pour la France s’est changé en une véritable horreur depuis qu’il a entendu répéter par des Français cette vieille plaisanterie de J.-J. Rousseau: «Qui de nous n’a pas tué son mandarin?» (Le Gaulois, 1857: 55).

Un mois après, le journal publie une chanson, «inspirée par [la] petite anecdote», envoyée par un de ses abonnés. Il s’agit de «Tuons le mandarin», déjà évoquée, mais son auteur, Protat, n’est pas mentionné (Le Gaulois, 1858: 69). Autre Chinois à qui l’on prête une peur panique à la suite d’un contact avec l’expression: Chung-Ataï. À l’automne 1851, ce négociant en thé de Canton propose aux Parisiens l’exhibition, fort courue, de ses deux épouses et de sa belle-sœur aux pieds bandés. Ce spectacle, donné devant la reine Victoria en aout 1851, gagne Bruxelles en 1852. Cette année-là, les frères Goncourt font dire à «La Grande Coquette» d’un vaudeville: «Vous figurez-vous, par exemple, Mme Chung-Ataï, accompagnant sur la viole deux pages de Rousseau et un verre d’anisette» (Goncourt: 15). Envisager la musicienne chinoise et le philosophe comme un rapprochement incongru était certainement une allusion à l’historiette du mandarin. En 1860, le journaliste Paul d’Ivoi raconte que Chung-Ataï, après avoir entendu «quelqu’un dire: —Qui de nous n’a pas tué son mandarin?», demanda une explication. On lui répondit que vers la fin du XVIIIe siècle, alors que les hommes se «vantaient d’être vertueux et justes, parce qu’ils ne répandaient pas le sang pour s’enrichir […][,] le génie du mal métamorphosé en philosophe, Lucifer dit Voltaire» leur expliqua qu’ils agissaient ainsi

par crainte des lois plutôt que par amour de Dieu et respect pour la justice. Soyez francs. Si, en disant un mot, vous pouviez, là-bas, à plusieurs milliers de lieues d’ici, sans que personne puisse vous soupçonner que Dieu et votre conscience, tuer un mandarin chinois et que sa mort dût vous enrichir, hésiteriez-vous?

Leur silence entraîna «un pacte infernal entre les Français et le démon. Et depuis ce temps, ces cruels ont le pouvoir de tuer d’un seul vœu un malheureux Chinois» (Ivoi: 2). Selon Ivoi, Chung-Ataï, apeuré, quitta Paris. Peut-être que les Chinois dont parlent ces articles ne sont qu’un. En effet, Paul d’Ivoi était à la soirée de l’écrivain de marine (Bataille: 2). Toutefois, la presse ne signale plus la présence de Chung-Ataï en France à partir de 1852, ce qui cependant ne veut pas dire qu’il était alors déjà retourné en Chine.

En 1932, une revue italienne spécialisée dans la radio rapporte une anecdote semblable — non mentionnée dans les quotidiens belges (Calcabrina: 25-26). L’ambassadeur de Chine en Belgique, cherchant dans les journaux locaux des informations sur la pression japonaise s’exerçant sur son pays, rencontre le titre Faut-il tuer le mandarin? Diffusé à maintes reprises en Belgique jusqu’en 1964 (Le Soir: 12), ce drame radiophonique, imaginé par Théo Fleischman, passa sur les ondes luxembourgeoises, suisses et françaises. Un «étrange visiteur» y présente un boîtier à un banquier en déroute. S’il appuie sur le bouton, il retrouvera la réussite, mais tuera un mandarin en Chine. Plusieurs fois tenté, l’homme d’affaires est sauvé de ses tourments par des aides exceptionnelles. Inquiet de ce titre, le diplomate téléphone à un ministère belge, tombe sur un fonctionnaire facétieux qui l’informe que le mandarin menacé est «Tchang», ce qui ne le renseigne guère. Le diplomate demande qui peut lui expliquer la situation et le sort du mandarin, on lui répond qu’il doit contacter MM. Fleischman et Poot.

Et dans la Chine d’aujourd’hui? Une note accompagne «mandarin» dans l’édition de référence en chinois du Père Goriot. Elle explique que les Français des XVIIIe et XIXe siècles désignaient souvent les hauts fonctionnaires chinois par ce mot, sans aller plus loin (Ba’erzhake quanji: 136). Il existe une traduction de l’article de Carlo Ginzburg, «Tuer un mandarin chinois». Le traducteur de cette enquête, qui inclut des remarques sur Diderot, Chateaubriand, Balzac, et qui a contribué à relancer un peu les références à l’expression chez des intellectuels occidentaux, n’a pas commenté la fameuse locution (Ka Luo Jin Zi Bao). Enfin, les principales banques de données chinoises en littérature et sciences humaines n’indiquent pas d’études ou commentaires d’universitaires sur cette expression19. Ce silence étonne. Sûrement, du côté occidental, le renouveau de la puissance chinoise a contribué à la perte de résonnance de «tuer le mandarin».

Le thème hante «Button, Button», nouvelle publiée en 1970 par Richard Matheson. Ce texte mêle des références à la tentation d’Ève et à la boîte de Pandore à des dérivés de l’anecdote, —le procédé du bouton, l’homme mystérieux incitateur comme dans le roman de Queiroz ou dans la pièce de Fleischman—, mais le mandarin n’est pas là. Reste sa trace dans une parole de Norma: 

— S’il s’agit d’un vieux paysan chinois à quinze mille kilomètres d’ici? D’un congolais rongé par la maladie?
— Et pourquoi pas d’un bébé de Pennsylvanie? contra Arthur. Ou d’une adorable petite fille de l’immeuble d’à côté? (Matheson: 291).

Dans l’adaptation pour un épisode de «Twilight Zone» diffusé la première fois en 1986, Norma parle d’un «chinese peasant or something» (Medak). Dans The Box, film de 2009, qui s’en inspire dans sa première partie avant d’enchaîner vers un scénario compliqué qui a perdu plus d’un spectateur, le personnage évoque un «murderer on death row in China» (Kelly). Et sur des plateformes comme Dailymotion ou Youtube, divers courts-métrages adaptent Richard Matheson, parfois très fidèlement. 

De ce parcours à travers les migrations de «tuer le mandarin» et de ses proches variantes se dégagent quelques points. Pendant un siècle, ces formules ont été les véhicules d’une idée profonde, et fort ancienne: la distance, physique ou sociale, exerce une forte influence, en particulier elle atténue la sensibilité, la compassion, la répulsion envers des actes lâches ou cupides…. Aujourd’hui, ces expressions se sont presque effacées du domaine grand public. Par contre, les interrogations et inquiétudes à propos des rapports troubles qu’entretiennent les sentiments et comportement avec la distance demeurent puissantes.

 

Bibliographie

1. Sources chinoises :

BA’ERZHAKE, 1986. Ba’erzhake quanji, Vol. 5. Beijing : Renmin wenxue chubanshe. [Œuvres complètes de Balzac, vol. 5]

KA LUO JIN ZI BAO, 2017. De Lun Shuo: Wei Shi Guan, Xi Jie, Bian Yuan. Zhengzhou : Da Xiang Chu Ban She. [Carlo Ginzburg, On Microhistory, Details, and Margins]

Sources audiovisuelles :

Button, Button, réalisateur : Peter Medak, Scénario Logan Swanson (pseudonyme de Richard Matheson), diffusé pour la première fois en 1986 sur CBS.

The Box, réalisateur : Richard Kelly, Scénario : Richard Kelly, sorti en 2009.

 

2. Références sans nom d’auteur :

«L'Athénée-Royal, auquel ces leçons sont destinées, s'oppose à l'accomplissement de nos désirs », Revue de Paris, 4 janvier 1835, p. 64.

« Le Père Goriot, a True Parisian Tale of the Year 1820 », Blackwood’s Edinburgh Magazine, CCXXXII, February 1835, Part II, vol. XXXVII, p. 348-353.
« Athénée Royal. Cours de M. Janin », Le Mercure de France, 15 février 1835, p. 5-9.

« IIe lettre d’un jeune Iroquois à son père », Le Journal du peuple, 24 juin 1838, p. 1.

« À propos de Bal », Le Gaulois, 1 décembre 1857, p. 55-56. [Sans titre], Le Gaulois, 1 janvier 1858, p. 69-71.

« Le langage français. Tuer le mandarin », Le Journal de la jeunesse, n° 258. Supplément au Journal de la jeunesse, n° 91, 10 novembre 1877, s.p.

« Échos et nouvelles », Le Globe, 1er octobre 1879, p. 4.

« La probité », L'École et la famille : journal d'éducation, d'instruction et de récréation, 1 avril 1894, p. 149-150.

Button, Button, réalisateur : Peter Medak, Scénario Logan Swanson (pseudonyme de Richard Matheson), diffusé pour la première fois en 1986 sur CBS.

« Êtes-vous conscient ou instinctif ? Ou l’art de mesurer, par psycho- test, sa capacité de sociabilité », Photo-Journal, 30 mars 1950, p. 36.
« À la radio », Le Soir, 29 mai 1964, p. 12.

Trésor de la Langue Française informatisé : « Magot », « Mandarin » En ligne. http://atilf.atilf.fr/

 

3. Articles parus dans des journaux et revues :


ALBENS, Vicomte d’. « Lettres parisiennes », Le Pays : journal des volontés de la France, 12 octobre 1862, p. 1

AUBRYOT, Xavier. « Les faux moralistes », Figaro, 4 mars 1858, p.

BATAILLE, Ch. « La semaine », Journal amusant, 19 décembre 1857, p. 2.

CALCABRINA. « 5 minuti di riposo », L'Antenna – Quindicinale dei radio-amatori italiani, n° 4, 29 febbraio 1932, p. 25-26.

CAGGER, Georges. « Technique et Commandement ou réflexions sur le rôle des officiers de la Marine face aux problèmes techniques », Marine, Oct. 1964, n° 45, p. 41-44.

DUMANI, Georges. « La plus laide trahison », in Images, n° 846, 25 novembre 1945, p. 4.

DUMAS, Alexandre. « Le comte de Monte-Cristo. Troisième partie. Toxicologie (suite) », Journal des débats politiques et littéraires, 20 juillet 1845, p. 1-2.

DUSSART, René. « Une “petite barque” de 32000 tonnes : le croiseur “Repulse” », Le Matin, 21 Février 1940, p. 3.

ED. F. « Réponses. Tuer le mandarin », L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 25 juin 1877, n° 219, Col. 360-361.

F. L., O.D., « Tuer le mandarin » L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux, n° 62, 25 juillet 1866, col. 433.

GONCOURT, Edmond et Jules. « La nuit de la Saint-Sylvestre », L’Éclair, 26 juin 1852, n° 25, p. 13-20.

ITARD, Jean. « Suite du résumé sur la dernière session du corps législatif. Hospices. Enfants abandonnés. » Mercure de France, 1 Messidor An IX (20 juin 1801), n° XXV, p. 66-71.

IVOI, Paul d’. « Courrier de Paris », Figaro, 1 janvier 1860, p. 1-2, 5. JANIN, Jules. « Histoire du Journal en France », Revue de Paris, t. XII, décembre 1834, p. 169-192.

FERRY, Luc. « Le peuple plus moral que ses élites ? », Le Figaro, 15 juillet 2010, p. 23.

MAX. « Chronique », Le Présent : revue hebdomadaire de la littérature et des beaux-arts, 1 octobre 1857, p. 237-248.

MOLINARI, Gustave de. « Histoire du tarif des céréales (1) », Le Libre-Echange. Journal du Travail Agricole, Industriel et Commercial, n° 30, 22 août 1847, p. 310-312.

NALIS, A. L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux, n° 60, 25 juin 1866, col. 371.

P.L. L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux, n° 57, 10 mai 1866, col. 259.

R.M. et Léon Fox, « Tuer le mandarin », L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, n° 276.1, 10 novembre 1879, col. 646-648.

 

4. Références avec nom d’auteur :

BALZAC, Honoré. Le Père Goriot, Manuscrit autographe de la collection Lovenjoul, Ms Lov. A 183, Bibliothèque de l’Institut.

BALZAC, Honoré. 1837. Argow le pirate. Paris: Hippolyte Souverain, 237 et 244 p.

BALZAC, Honoré. 1842. « La Chine et les Chinois par Auguste Borget ». In Honoré de Balzac, 1872. Œuvres complètes, t. XXII. Paris: Michel Lévy frères, 628 p.

BALZAC, Honoré. 1950. Falthurne : manuscrit de l’abbé Savonati. Paris: Librairie José Corti, 196 p.

BALZAC, Honoré. 1976. Le Père Goriot In Honoré de Balzac La Comédie humaine, t. III. Paris: Gallimard, 1751 p.

BALZAC, Honoré. 1976. Modeste Mignon In Honoré de Balzac La Comédie humaine, t. I. Paris: Gallimard, 1574 p.

BALZAC, Honoré. 1981. Le Père Goriot. Paris: Garnier, 477 p.

BALZAC, Honoré. 1990. Lettres à Madame Hanska : 1832-1844, t. 1. Paris: Laffont, 957 p.

BALZAC, Honoré. 1999. Premiers Romans, t. 2, 1822-1825. Paris: Laffont, 1039 p.

BALZAC, Honoré. 2006. Correspondance, t. I, 1809-1835. Paris: Gallimard, 1604 p.

BALZAC, Honoré. 2011. Le Père Goriot. Histoire parisienne. Paris: Honoré Champion, 304 p.

BONIFACE, Alexandre. 1836. Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, T. I., Hiver. Paris: V. Magen et l’auteur, 416 p.

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To cite this document:
Broche, Laurent. 2021. “"Tuer le mandarin", "bouton du mandarin", et autres historiettes et expressions apparentées. Réflexions sur des récits et des formules véhicules d’idées variées (XIXe-XXIe siècles)”. In Les migrations interdiscursives: Penser la circulation des idées. Cahier ReMix, no. 16 (12/2021). Université du Québec à Montréal, Montréal: Figura, le Centre de recherche sur le texte et l'imaginaire. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. <https://oic.uqam.ca/en/remix/tuer-le-mandarin-bouton-du-mandarin-et-autres-historiettes-et-expressions-apparentees>. Accessed on March 26, 2023.
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