Colloque
Université du Québec à Montréal
RADICAL

L'image en lumière: histoire, usages et enjeux de la projection. The Enlightened Image: History and Uses of Projection.

Jeudi 22 Mai 2014 - Vendredi 23 Mai 2014

 

Présentation du colloque

Dans la perspective d’une archéologie de l’imaginaire contemporain, le groupe de recherche RADICAL s’est notamment donné la vocation d’étudier la transition à laquelle on assiste actuellement entre une culture de l’imprimé et une culture de l’écran. Or, la projection joue un rôle majeur dans cette évolution. Elle constitue un outil susceptible de répandre largement l’image, allant parfois jusqu’à transformer en écran l’espace urbain ou l’espace muséal. Elle semble aussi avoir déterminé les usages actuels de l’image, en particulier en ce qui concerne l’élaboration et l’utilisation des écrans multifonction.

Selon une démarche suggérée par l’étymologie du mot projection, il s’agit de faire apparaître l’importance de ce dispositif dans les sources de l’imaginaire contemporain. Cela implique tout d’abord de dégager l’histoire de la projection de la perspective téléologique dans laquelle l’inscrivent trop souvent les études cinématographiques (plusieurs expositions de lanternes magiques, par exemple, ont été récemment présentées par des cinémathèques), afin d’inscrire la projection dans d’autres parcours historiques et de mettre l’accent sur des pratiques et des usages de la projection moins souvent étudiés parce que leur pérennité apparaît moins évidente aujourd’hui. Cependant, le cinéma reste très présent dans cette réflexion collective, que ce soit comme point de comparaison ou comme lieu d’expression d’un imaginaire de la projection.

Telles sont donc les considérations qui ont présidé au projet de réunir des chercheurs issus d’horizons et de disciplines variés pour interroger un dispositif, chacun à partir de corpus, de périodes et d’approches singuliers. Ce colloque offre une occasion de dresser un état de la question quant à un dispositif qui a jusqu’alors fait l’objet d’investigations éparses, mais aussi de réunir des éléments de définition de la projection et de remettre en cause des catégories ainsi que, surtout, de faire émerger de nouvelles pistes de recherche et de réflexion. Les questions qui ont été soulevées lors des différentes étapes de l’élaboration du projet pourraient être regroupées selon plusieurs axes.

Tout d’abord, les enjeux liés à la technique se sont imposés comme fondamentaux, notamment parce qu’elle peut être affectée et influencée par l’imaginaire suscité par la projection. Par exemple, on sait, que la projection a souvent été conçue, historiquement, comme un double inversé de la chambre noire, conception probablement motivée par les représentations géométriques du phénomène et dont ont découlé certaines innovations. L’attention portée à la technique a aussi permis de se dégager d’une réflexion concentrée sur l’image projetée pour aborder d’autres éléments du dispositif tels que les diapositives, les plaques de verre, les lampes, le carrousel, etc., autant d’aspects de la projection, d’étapes dans Les transports de l’image suivant l’heureuse formule de Dominic Païni (1997), au cours desquelles s’effectuent les changements d’échelle. Chacune de ces étapes soulève de nouveaux enjeux, transforme l’histoire de chaque médium, fait apparaître d’autres objets d’étude, mais souligne aussi certaines lacunes – comme l’absence totale de la figure du projectionniste, ce qui laisserait croire que le dispositif a toujours tendu à sa mécanisation. L’ultime étape de ce déplacement de l’image, l’écran, suscite une attention particulière puisqu’il impose, d’une certaine manière, une limite à la dématérialisation de l’image, mais une limite de surface puisque les cadres sont le plus souvent effacés par l’usage de l’écran. C’est donc très concrètement, à travers le processus même de projection, que se pose tout d’abord la question de ce que la projection fait ou a fait à l’image.

L’autre question qui paraît s’imposer, découle de la précédente : Qu’est-ce que la projection fait au public ? En offrant la possibilité de partager l’image, d’en faire un outil de savoir et/ou de divertissement, la projection cristallise les nombreux enjeux des rôles sociaux de l’image ainsi que le rapport entre l’image et son contexte de présentation. En plus de déplacer l’image, la projection l’inscrit dans le temps lorsqu’elle constitue un spectacle public. À travers l’élaboration de modèles de partage de l’image, la projection contribue aussi à créer des habitus que l’on peut parfois identifier aujourd’hui jusque dans les propositions commerciales d’objets électroniques. Les usages de la projection semblent alors tout autant témoigner de notre rapport à l’image que le conditionner.

Ensuite, ce colloque vise à engager une réflexion historiographique. De tels enjeux s’expriment tout d’abord à travers les options historiographiques et les références choisies par chacun pour aborder la projection, mais la projection apparaît surtout être un vecteur privilégié pour établir une réflexion critique sur la discipline de l’histoire de l’art. Pour s’en convaincre, il suffit de mentionner l’importance conférée à la double projection de Wölfflin dans l’historiographie de l’art, mais aussi dans l’histoire de son enseignement ; modèle dont on perçoit d’autant mieux la primauté aujourd’hui, alors que les nouvelles technologies permettant de projeter bien plus de deux images en même temps, et ce à différentes échelles, viennent transformer la méthode comparative. Par ailleurs, le caractère événementiel de la projection la rend extrêmement difficile à documenter et en fait un objet un peu retors pour l’histoire de l’art, un véritable défi qui invite les historiens à développer de nouvelles stratégies.

Enfin, l’importance de la projection dans l’histoire de l’art est aussi liée au fait qu’elle soit non seulement un dispositif de présentation de l’image, mais aussi de l’œuvre d’art, voire qu’elle soit parfois une œuvre d’art elle-même. Il arrive même, d’ailleurs, que la projection soit projection de lumière exclusivement et non d’une image. La projection apparaît être un objet tout aussi passionnant dans ses marges, lorsqu’elle constitue une pratique artistique, et ce, notamment en raison des hybridations que permet la dématérialisation de l’image.

Il s’agit là de quelques pistes qu’il s’agit d’approfondir et de croiser pour mieux comprendre ce que la projection fait à l’image, ce qu’elle fait au public, ce qu’elle fait, enfin, à l’art et à son Histoire. 

(Érika Wicky)

 

Programme du colloque

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Jeudi 22 mai 2014

Séance: Spectacles

Marc-Emmanuel Mélon. «Projections photographiques vs cinéma: clivage des dispositifs ou clivage social? Le cas de La Houillère (1905) de Gustave Marissiaux»

Noémi Joly. «Otto Piene, The Proliferation of the Sun (1964-1969): la projection lumineuse dans l’expanded cinema»

Dominique Hardy. «L’identité canadienne à l’heure de sa projection folklorique: autour de l’American Folklore Society à Montréal, 1893»

Jean-François Boisvenue. «La présence visuelle du texte sur la scène théâtrale»

 

Séance: Supports

Nathalie Boulouch. «Photographie illégitime, cinéma du pauvre: l’impossible destin de la diapositive»

Mary C. White. «Slide-tape: Key Works in the UK since the 1970s»

Julien Faure-Conorton. «Des diapositives pictorialistes? Les plaques de projection de Robert Demachy»

 

Séance: Superpositions

Valentin Nussbaum. «Le mur d’images au cinéma: mise en lumière d’un dispositif de projection hybride»

Danielle Raymond. «La projection d’archéfictions: dispositif de production, dispositif de diffusion»

 

Vendredi 23 mai

Séance: Historiographie

Larisa Dryansky. «Déplacer l’index. La projection dans l’œuvre de Dennis Oppenheim»

Catalina Mejia Moreno. «The performed photographs: Walter Gropius’ Monumentale Kunst und Industriebau Lecture (1911)»

Philippe Despoix. «Projection diapositive et performance orale - Warburg et le mythe de Kreuzlingen» [Communication non disponible]

Anne-Julie Lafaye et Laurence Giordano. «Les projections comme pratique pédagogique: le fonds de vues sur verre du lycée Colbert, Paris»

 

Séance: Expositions

Sonia Coman. «Digital Projection and Public Monuments: New Reproductive Technologies for the Display of Realist Sculpture»

Olivier Lugon. «L’exposition automatique: diaporama et électronique à l’Exposition nationale suisse de Lausanne en 1964» [Communication non disponible]

Mélanie Boucher. «Conférer des qualités picturales à la projection: de la transposition intermédiale de l’artiste à l’action commissariale qui en redouble l’effet»

 

Séance: Réception

Dore Bowen. «The Magic Lamp and the Gazomètre: Reading the1825 Paris Diorama»

Andrea Alvarez. «Projected Perception: A Phenomenological Analysis of Robert Barry’s Famous Paintings»

 

Organisation du colloque

Professeur au département d'histoire de l'art de l'UQAM, Vincent Lavoie est chercheur régulier à FIGURA, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire, ainsi qu'au sein du programme de recherche interdisciplinaire RADICAL (Repères pour une articulation des dimensions culturelles, artistiques et littéraires de l'imaginaire contemporain) et de l'Observatoire de l'imaginaire contemporain (OIC). Il y tient, par ailleurs, un carnet sur les recherches et curiosités photographiques: Photovigie. Ces intérêts de recherche ont donné lieu à la réalisation de plusieurs publications, parmi lesquelles Photojournalismes. Revoir les canons de l'image de presse, parue en 2010 aux éditions Hazan à Paris. Ses travaux actuels portent sur les imaginaires de la science forensique et la formation d'un paradigme esthético-légal de l'art contemporain.

Joanne Lalonde est chercheure régulière à FIGURA, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire. Elle est professeure titulaire au département d’histoire de l’art de l’UQAM et chercheure au sein du programme de recherche interdisciplinaire RADICAL (Repères pour une articulation des dimensions culturelles, artistiques et littéraires de l'imaginaire contemporain). Ses recherches portent sur les pratiques d'art médiatique et numérique. Elle s'intéresse également aux représentations de genres et aux figures du métissage sexuel dans l'art actuel, aux modalités de l'interactivité dans l'art contemporain de même qu’aux méthodologies de la recherche sur les pratiques artistiques émergentes. Elle a publié deux essais sur la culture hypermédiatique, Le performatif du Web (Chambre Blanche 2010), L’Abécédaire du Web (PUQ 2012) et conçu une exposition en ligne éponyme en collaboration avec l’équipe du Laboratoire NT2 de l’UQAM.

Érika Wicky est chargée de recherches au Département des Arts du spectacle au F.R.S.-FNRS / Université de Liège. Sous la direction du professeur Vincent Lavoie, elle a complété deux post-doctorats, le premier intitulé «La reproduction photographique de tableaux au XIXe siècle: un degré d'art en plus?» et le second, «La peinture en lumière: une histoire de la projection (1843-1912)». En 2015, Érika Wicky a publié Les paradoxes du détail. Voir, savoir, représenter à l'ère de la photographie aux Presses universitaires de Rennes.

 

Pour citer ce document:
Lalonde, Joanne, Vincent Lavoie et Érika Wicky, (org.). 2014. L'image en lumière: histoire, usages et enjeux de la projection. The Enlightened Image: History and Uses of Projection.. Colloque organisé par Figura, Centre de recherche sur le texte et l'imaginaire. Montréal, Université du Québec à Montréal, 22 et 23 mai 2014. Documents audio et vidéo. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. <https://oic.uqam.ca/fr/evenements/limage-en-lumiere-histoire-usages-et-enjeux-de-la-projection-the-enlightened-image>. Consulté le 3 février 2023.

Projections photographiques vs cinéma: clivage des dispositifs ou clivage social? Le cas de «La Houillère» de Gustave Marissiaux

«Les spectacles de projection photographique sont apparus à la fin du 19e siècle et vont se maintenir pendant un siècle. Pour que ce mode spectaculaire s'impose et rencontre un réel succès auprès d'un public important, il a fallu que convergent progressivement quatre séries culturelles, pour reprendre l'expression d'André Gaudreault, dont la généalogie historique a évolué dans des cadres sociaux différents.»

Otto Piene, «The Proliferation of the Sun» (1964-1969): la projection lumineuse dans l'expanded cinema.

«Pendant les quelques mois d'existence du Black Gate Theater de New York, salle ouverte dans le Lower Side en mars 1967, la performance multimédia "Proliferation of the Sun "d'Otto Piene fut donnée une vingtaine de fois. D'une durée variable, elle consistait en un flux d'images colorées, des diapositives peintes et projetées sur les parois d'une pièce entièrement blanche à l'aide de carrousels Kodak actionnés par Otto Piene et ses assistants.»

L'identité canadienne à l'heure de sa projection folklorique: autour de l'American Folklore Society à Montréal, 1893.

Cette communication se veut l'archéologie d'un moment, un moment de constitution de l'histoire de l'art du Canada, avant qu'il n'y ait une discipline de l'histoire de l'art au Canada. Comment s'est construit l'imaginaire des images, des traditions, des pratiques artistiques avant qu'on ne codifie celles-ci?

Photographie illégitime, cinéma du pauvre: l'impossible destin de la diapositive.

«Le lundi 22 juin 2009, le groupe Eastman Kodak annonçait l'arrêt de la production du Kodachrome motivé par le fait que les ventes de ce procédé argentique inversible était devenu marginal. Cette décision entérinait logiquement un processus engagé dès 2004 avec la fin de la fabrication des projecteurs pour diapositives. Si cet événement participe de l'histoire de la migration de la photographie vers les supports numériques, on peut aussi y voir se dessiner en creux celle d'une destinée.»

Le mur d'images au cinéma: mise en lumière d'un dispositif de projection hybride.

«En l'espace d'une vingtaine d'années, le mur d'images a trouvé une place privilégiée au sein de la fiction cinématographique et télévisuelle. Le développement récent d'un tel dispositif, le plus souvent associé à la mise en lumière d'un processus d'investigation, se vaut autant l'outil d'illustration de la complexité des enjeux propres au travail de réflexion intellectuelle que le reflet d'une narration sophistiquée, pleinement ancrée dans l'ère des réseaux dans laquelle nous nous trouvons.»

La petite histoire des archéfictions: dispositif de production, dispositif de diffusion.

«Je vous propose d'analyser un aspect particulier de l'image et de sa projection à partir de mon expérience d'artiste en art visuel et médiatique qui s'inscrit dans la domaine de l'installation vidéo. J'utilise le vidéo-projecteur comme dispositif pour produire des images et pour les présenter dans des lieux, tels que les galeries d'art, les festivals et rendez-vous du cinéma et de la vidéo au Québec et à l'étranger. Je vous présente l'état actuelle de ma recherche-création au doctorat en études et pratiques des arts.»

Digital Projection and Public Monuments: New Reproductive Technologies for the Display of Realist Sculpture.

«Anna Hyatt Huntington, an american realist sculptor recycled her designs in multiple medium set on wide ranging scales. Highly successful in her lifetime, Huntington was forgotten with the advent of abstraction and modernism. In 2014, after years and years of silence on the artist, the Wallach Art Gallery of Columbia University presented an exhibition of her sculptures featuring a digital rotational projection of her signature monument, the Joan of Arc statue in Riverside Park, New York City.»

Conférer des qualités picturales à la projection: de la transposition intermédiale de l'artiste à l'action commissariale qui en redouble l'effet.

«L'exposition Intrus/Intruders présentée au Musée des Beaux-Arts du Québec en 2008-2009 consistait à intégrer des oeuvres d'art actuel dans les sept salles consacrées à la mise en valeur des collections historiques. L'objectif principal de ce projet était d'établir un dialogue entre l'art actuel et l'art historique à la fois au niveau des sujets et des médiums.

The Magic Lamp and the Gazomètre: Reading the 1825 Paris Diorama.

«From 1822 to 1829, the Paris Diorama was located on the rue Samson, near what is today Place de la République, then known as the Boulevard du Crime, district named for the melodramas that were staged there. It was across from the Vaux Hall, an amusement park imported from London and down the street from the popular Panorama. An auditorium was build specifically for the Diorama looking much like a modern-day cinema but with sky lights intended to illuminate the painted panels and a rotating floor.»