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La fin du séjour de St. John de Crèvecoeur en Nouvelle-France

Pierre Monette
couverture
Article paru dans Archive et fabrique du texte littéraire, sous la responsabilité de Nancy Desjardins et Jacinthe Martel (2001)

Destin étonnant que celui de St. John de Crèvecoeur. Né Michel Guillaume Jean de Crèvecoeur, à Caen, en Normandie, le 31 janvier 1735, ce lieutenant de l’armée française était à Québec le 13 septembre 1759, du côté des vaincus de la bataille des Plaines d’Abraham. Pour des raisons qui, comme on le verra, demeurent encore obscures, il s’arrangera pour ne pas être rapatrié en France avec les autres officiers des troupes coloniales. Il choisit plutôt de rejoindre les futurs États-Unis, où il sera naturalisé en 1765 sous le nom de John Hector St. John. Puis, en 1769, il s’achète une ferme dans l’état de New York. Cinq ans plus tard, en 1774, commence la Révolution américaine. Trop loyaliste au goût des républicains de son voisinage, il abandonne sa ferme en 1779 pour trouver protection dans la ville de New York, alors occupée par l’armée britannique. Sauf que ses origines françaises lui vaudront d’être soupçonné d’espionnage au profit des rebelles, qui bénéficiaient alors du soutien de la France, et il passera trois mois dans les prisons des autorités britanniques. Lorsqu’il pourra enfin prendre un bateau en direction de l’Europe, ce sera pour faire naufrage sur les côtes d’Irlande à l’automne 1780, avant de renouer avec la France en août 1781. Après deux ans de séjour dans son pays natal, il retourne aux États-Unis, cette fois à titre de consul de France à New York, où il débarque le 19 novembre 1783 pour assister, six jours plus tard, au départ des derniers contingents britanniques. Il occupe son poste jusqu’en 1790, ce qui lui fait manquer la Révolution française de 1789. Mais il est de retour en France lorsque commence, en 1792, le règne de la Terreur. Il est alors démis de ses fonctions comme l’ensemble des diplomates qui, comme lui, ont été nommés sous l’Ancien Régime. Finalement, ce sera seulement après la chute de Robespierre que St. John de Crèvecoeur connaîtra, à la veille de ses soixante ans, une certaine tranquillité. Il mourra vingt ans plus tard, à Sarcelles, dans le Val d’Oise, le 12 novembre 1813.

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