Colloque, 23 mars 2018

Ce que la remédia(tisa)tion fait au mythe: de la modernité à aujourd’hui

Véronique Cnockaert
Andrea Oberhuber
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Si certains mythes –ou scénarios mythiques– ont connu une plus grande fortune à travers les temps que d’autres, c’est souvent parce que leur récit nodal, les structures narratives, les images identitaires ou les rites leur étant inhérents permettaient de les réactualiser par rapport à l’imaginaire d’une communauté à une époque donnée. La reprise d’un mythe par la réécriture ou la représentation visuelle (peinture, photographie, dessin, cinéma, Internet) s’avère un moyen efficace pour expliquer des phénomènes tant individuels que collectifs auxquels les récits mythiques apportent des éléments de réponse, ou alors sont proposés comme tels. Il suffit de penser à l’importance d’Œdipe et d’Électre depuis l’invention de la psychanalyse, à la résurgence des Amazones dans l’entre-deux-guerres comme figures symboliques de la «femme nouvelle», ou encore à l’omniprésence d’Hercule notamment dans le cinéma hollywoodien ; sans oublier celle de Diane dans le roman et la peinture.

Depuis la modernité, la fécondité de certains scénarios mythiques semble augmentée dès lors que la transmission d’un scénario mythique dépasse les limites du texte littéraire pour investir également –parfois même plus– le terrain des arts et de leurs médias respectifs: la photographie, la peinture, l’affiche, le cinéma, la radio, la télévision, Internet.

Nous nous intéresserons, dans le cadre du troisième volet du projet «Mythes et médias», à la question de la remédia(tisa)tion («remediation» selon Bolder et Grusin), aux modalités de transmission d’un scénario mythique, aux effets sur la transmutation médiatique d’un mythe, à ses fonctions au sein d’une communauté, à ses invariants d’une époque à l’autre, à sa performativité jusque dans le monde contemporain.

Communications de l’événement

Myriam Watthee-Delmotte

L’imagination est-elle libre? Le mythe de Diane, de l’écrit à l’écran chez Yannick Hænel

Cette communication entend contribuer à l’étude entreprise depuis deux ans par Véronique Cnockaert sur le mythe de Diane en y apportant le corpus d’un écrivain contemporain sur lequel Myriam Watthee-Delmotte travaille depuis quelques années, Yannick Hænel. Avec son huitième roman paru chez Gallimard l’an dernier, Tiens ferme ta couronne, Hænel a remporté le Prix Médicis et, au même moment, il a réalisé un film intitulé La Reine de Némi avec le studio des arts contemporains du Fresnoy.

Pascale Joubi

Des «Vierges fortes» aux «Cervelines»: splendeurs et misères des Amazones modernes

Cette communication se situe autour d’une date charnière dans l’histoire de l’éducation des femmes en France: l’année 1880 qui marque, avec la législation de Camille Sée, le début de l’ouverture d’un plus grand accès aux études supérieures pour les jeunes filles.

Véronique Cnockaert

Diane et les Femen

La question posée dans cette communication se déplace du côté de l’emploi du mythe de Diane/Arthémis dans un contexte de militantisme et de revendications, celui des Femen. Il s’agira de saisir comment la figure de Diane s’articule aux gestes de ces militantes. De quelle manière la fiction mythologique est-elle réactivée? Quelles sont les déviations qui ont été (ou pas) imposées au mythe? Y a-t-il d’autres niveaux référentiels mis en place?

Charles Plet

Jeanne d’Arc chez les écrivains catholiques, ou la sainte mythifiée

Les représentations de Jeanne d’Arc se sont multipliées au fil des siècles. C’est tour à tour la jeune fille guerrière, la vertueuse innocente trahie, la martyre, la sainte, la vierge, la pacifiste, la prophétesse, la fille du peuple, la restauratrice de la royauté, ou la résistante à l’oppression étrangère qui est louée ou parfois ridiculisée par les écrivains.

Judith Sribnai

Une «voix arborique» publie des «merveilles»: récit et réécriture des mythes chez Cyrano

Cette communication propose d’explorer la question du mythe et de la remédia(tisa)tion du mythe dans Les États et empires du Soleil de Cyrano, récit du voyage imaginaire et fabuleux d’un narrateur personnage dans les provinces du Soleil. Ce texte suit Les États et empires de la Lune du même Cyrano qui sont parus quelques années avant, en 1657, alors que le Soleil est paru en 1662.

Isabelle Perreault

À l’ombre de Richard Wagner: la fille-fleur, de «Parsifal» à Marcel Proust

Il relève aujourd’hui presque du lieu commun dans la critique proustienne de s’interroger sur la présence de la musique dans À la recherche du temps perdu et d’envisager sa fonction dans la trajectoire du narrateur comme de retracer les sources génétiques potentielles derrière les œuvres énigmatiques de Vinteuil. Fin lecteur de son temps, mais également grand mélomane, Marcel Proust semble avoir infusé dans son œuvre le concentré de près d’un demi-siècle de tendances musicales qui se retrouvent autant dans les préférences et dans les discours assumés par le cortège de personnages qui défile dans la Recherche que dans la composition même de son grand roman.

Guillaume Labrude

«Dark Souls» ou l’obscur cheminement vers le mythe

Depuis de nombreuses décennies, la culture occidentale influence les productions japonaises. Au sein de la sphère vidéoludique, la série Dark Souls puis depuis 2011 dans les mythes européens afin d’approfondir sa diégèse peuplée de dragons et de chevaliers aux noms germaniques hérités des Nibelungen, d’hommes issus de l’obscurité venus s’emparer de la flamme tel Prométhée.

Laurent Déom

Résurgence d’Ys: «Bran Rux» (Alain Deschamps et Claude Auclair), «Ys» (Masaya Hashimoto et Tomoyoshi Mayazaki), «Guénolé ou le Silence de l’Aulne» (Philippe Le Guillou)

Dans cette communication, Laurent Déom retrace l’histoire de la ville fictive d’Ys, cette légende, à travers trois récits: Bran Rux d’Alain Deschamps et Claude Auclair, Ys de Masaya Hashimoto et Tomoyoshi Mayazaki, et Guénolé ou le Silence de l’Aulne de Philippe Le Guillou.

Alexandra Arvisais

«N’allez pas, par mégarde vous faire la tête de Méduse!» Le mythe de Méduse dans la démarche intermédiale du couple Cahun-Moore

Cette communication d’Alexandra Arvisais retrace la reprise du mythe de Méduse dans la démarche intermédiale du couple Claude Cahun – Marcel Moore au début du XXe siècle.

Andrea Oberhuber

Narcisse, Écho, Janus: à quel mythe se vouer pour aborder le Livre surréaliste (au féminin)?

À travers le parcours de l’œuvre du couple Cahun-Moore et des œuvres contemporaines inspirées par celui-ci, Andrea Oberhuber met en lumière les mythes qui y sont remédiatisés, soit ceux de Narcisse, Écho et Janus, afin d’aborder le livre surréaliste au féminin.

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