Université du Québec à Montréal

Art et bungalow (1): Canada House (2003) de Douglas Coupland

Art et bungalow (1): Canada House (2003) de Douglas Coupland

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Tessier, Martin. 2004. «Canada House»
Crédit:
Douglas & McIntyre

Tessier, Martin. 2004. «Canada House» [Photographie]

Source: Coupland, Douglas. Souvenir of Canada 2.

En 2003, l’artiste et écrivain Douglas Coupland entreprend le projet Canada House, une installation située à Vancouver, dans un de ces bungalows typiques des années 1950, dessinés par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Inhabitée depuis deux ans, la maison est vouée à la démolition. Coupland est fasciné par ces bâtiments qui représentent selon lui la spécificité du paysage canadien: 
 
As the majority of Canadians live not that far from the U.S. border, most are familiar with that weird sense of being someplace totally different that happens the moment you cross that invisible line. It’s not just the enormous portions of food served there, nor is it the omnipresent flags and non-metric signage. There’s something else at play, and three years ago I finally figured it out – it’s their houses. Ours are different, and different for a single surprising reason: millions and millions of practically free blueprints, courtesy of CMHC (Canada Housing & Mortgage Corporation). In the decades following WWII, hundreds of house designs were made available for about fifteen dollars to Canadian homeowners and builders1.
 
Coupland a d’abord recouvert l’extérieur de la maison de toiles de plastique noires. Il en a ensuite repeint tout l’intérieur en blanc (incluant le plancher, le four, le foyer) et l’a meublée. Les «meubles» ont pourtant peu en commun avec ceux qu’on trouve dans nos propres maisons: de grandes courtepointes composées d’objets «typiquement canadiens» sont épinglées au mur, un gigantesque inukshuk fait de styromousse récupéré sous un pont de Vancouver occupe toute une chambre, une chaise en bois de cerf en occupe une autre. Bâtons de hockey, couverture recouverte de «loonies», mini-pylônes électriques et divan «deux solitudes» participent aussi à cet aménagement censé réveiller notre sentiment d’appartenance au pays. 
 
Qui a dit que le bungalow était le signe de notre américanisation? Coupland ne s’embarrasse pas de subtilités pour démontrer le contraire. «For years, I’ve been collecting images, objets, scraps and ideas with the end purpose of using them to build a uniquely Canadian environment2 .» Si l’édification d’une maison est toujours plus ou moins liée à la construction de l’identité (celle d’un individu ou d’un groupe), l’œuvre de Coupland nous place ici dans un environnement qui témoigne d’une vision presque absolutiste, où tous les signes servent à inscrire le même contenu. La force de l’identité canadienne semble être définitivement prouvée grâce à cette accumulation de résidus issus de la culture populaire. Et pourtant, le message n’est pas complètement univoque: il ne faut pas oublier que cette installation s'est tenue dans une maison au bord de l’écroulement, et qu’après quelques jours seulement, l’exposition dut être interrompue pour cause de fuites d’eau, de bris du système de chauffage et d’insalubrité. Comme quoi les maisons finissent toujours par trahir d’une manière ou d’une autre les ambitions de leur propriétaire.
 
L’installation a été réalisée en novembre 2003 et ouverte au public pour 5 jours. Elle fut aussi présentée à Toronto en 2004. Malheureusement, Coupland n’a pas publié de photo de l’extérieur de la maison.
 
 
Pour citer ce document:
Parent, Marie. 2012. « Art et bungalow (1): Canada House (2003) de Douglas Coupland ». Dans Suburbia: l'Amérique des banlieues. Carnet de recherche. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. 27 octobre 2012. <http://oic.uqam.ca/fr/carnets/suburbia-lamerique-des-banlieues/art-et-bungalow-1-canada-house-2003-de-douglas-coupland>. Consulté le 24 septembre 2018.
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