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The Colossus of New York

Chloé Tazartez
couverture
Article paru dans Essais, sous la responsabilité de Équipe LMP (2007)

Ouvrage référencé: Whitehead, Colson (2004), The Colossus of New York. A City in Thirteen Parts, Anchor Books (NY) 158p.

Disponible sur demande (Fonds Lower Manhattan Project au Labo NT2)

Présentation de l’œuvre

Résumé de l’œuvre

C’est un portrait fragmentaire de New York, à l’image d’un miroir brisé, que nous propose Colson Whitehead dans The Colossus of New York. Marquée par un mouvement constant, la narration glisse d’un personnage à un autre, de la deuxième personne à la troisième, et saute d’un endroit à un autre. Whitehead nous propose son New York, construit à partir de sa propre expérience, en insistant sur l’anthropomorphisme de la ville. Un parcours cyclique démarre au Port Authority, puis nous emmène dans Central Park, Brodway, Coney Island et Times Square, en passant par le métro à l’heure de pointe. Une mouette nous sert de guide sur le pont de Brooklyn. Nous croisons divers New-Yorkais qui ont en commun cette ville monstrueuse et un fort sentiment de solitude. Au fond, elle est leur fidèle compagnon, seul témoin de tous les instants qu’ils ont passés ici.La ville est toujours en mouvement, tout comme ses habitants. Elle change de visage mais demeure malgré tout New York. Les gens n’en possèdent pas la même vision, un magasin est remplacé par un autre et seuls les habitants du quartier conservent la mémoire de l’ancienne carte qui apparaît en palimpseste à travers leurs récits. Coslon Whitehead regrette une chose : ne pas avoir eu le temps de dire au revoir à certains des immeubles de son New York.

Précision sur la forme adoptée ou sur le genre

Entre le roman, le recueil de nouvelles et l’essai littéraire.

Précision sur les modalités énonciatives de l’œuvre

C’est un roman polyphonique qui se présente presque comme un exercice de style pour l’auteur: il commence par une adresse au lecteur, puis glisse vers une focalisation interne pour passer ensuite à une focalisation externe. Le roman travaille par touches, un peu comme un peintre.Chaque chapitre est une petite histoire à part entière, mais ne prend sa réelle valeur qu’au sein de ce roman. Tout comme le parcours géographique que nous effectuons avec le narrateur, les chapitres égrènent également le passage des saisons. Nous commençons avec l’hiver, puis les pluies printanières et ensuite le soleil estival. L’automne me semble être présent de manière plus métaphorique, dans le mouvement de départ, de clôture qui accompagne le décollage de l’avion.

Modalités de présence du 11 septembre

La présence du 11 septembre est-elle générique ou particularisée?

La présence du 11 septembre se trouve plutôt dans son absence. Nous attendrions d’un tel roman, écrit en 2003, qu’il fasse la part belle au site Ground Zero, mais ce n’est pas le cas. Il n’est nulle part fait mention des attentats ni de leurs conséquences. Nous pouvons timidement les voir dans certaines allusions liées à la disparition de certains bâtiments ou bien aux changements que la ville subit, mais avec le doute de forcer le texte.

Les événements sont-ils présentés de façon explicite?

C’est un roman polyphonique qui se présente presque comme un exercice de style pour l’auteur: il commence par une adresse au lecteur, puis glisse vers une focalisation interne pour passer ensuite à une focalisation externe. Le roman travaille par touches, un peu comme un peintre.Chaque chapitre est une petite histoire à part entière, mais ne prend sa réelle valeur qu’au sein de ce roman. Tout comme le parcours géographique que nous effectuons avec le narrateur, les chapitres égrènent également le passage des saisons. Nous commençons avec l’hiver, puis les pluies printanières et ensuite le soleil estival. L’automne me semble être présent de manière plus métaphorique, dans le mouvement de départ, de clôture qui accompagne le décollage de l’avion.La présence du 11 septembre se trouve plutôt dans son absence. Nous attendrions d’un tel roman, écrit en 2003, qu’il fasse la part belle au site Ground Zero, mais ce n’est pas le cas. Il n’est nulle part fait mention des attentats ni de leurs conséquences. Nous pouvons timidement les voir dans certaines allusions liées à la disparition de certains bâtiments ou bien aux changements que la ville subit, mais avec le doute de forcer le texte.Les éléments sont contradictoires car nous avons une mention des Twin Towers comme faisant parties du paysage de Manhattan, mais d’autres passages peuvent nous faire penser au site de Ground Zero lors de son déblayage (p.10)C’est un New York logé dans l’esprit de l’auteur que nous avons ici, et dans ce New York, les tours jumelles sont toujours à l’horizon :« All your worldly possessions were in the trunck, and in your hand you held an address on a piece of paper. Look : there’s the Empire State Building, over there are the Twin Towers. » (p.4)

Quels sont les liens entre les événements et les principaux protagonistes du récit (narrateur, personnage principal, etc.)?

Les personnages sont des New-Yorkais et c’est là leur lien avec les attentats. Comme ces derniers ne sont pas évoqués directement, aucun lien particulier n’existe entre les protagonistes et les événements.

Aspects médiatiques de l’œuvreDes sons sont-ils présents?

Pas de son.

Y a-t-il un travail iconique fait sur le texte? Des figures de texte?

Il y a une image à chaque début de chapitre qui fait face aux première ligne. Il semble parfois que le récit prenne la suite de l’image, comme dans le chapitre intitulé « Brooklyn Bridge » qui commence par un gros plan sur une mouette qui devient une sorte de guide pour traverser le pont. De plus, ce texte possède une forte dimension architecturale. La couverture d’une des éditions de l’ouvrage présente des immeubles stylisés (cf. image ci-dessous). Il me semble que chaque chapitre est un immeuble symbolique qui permet à l’auteur de reconstruire sa ville de New York.

Autres aspects à intégrer

N/A

Le paratexte

Citer le résumé ou l’argumentaire présent sur la 4e de couverture ou sur le rabat

Présentation du texte sur amazon.fr :

« Whitehead (The Intuitionist; John Henry Days) lays out a wildly creative view of New York City. To out-of-towners, Gotham is about famous places, but Whitehead’s New York is not. It’s more about a way of seeing. For example, “No matter how long you have been here, you are a New Yorker the first time you say, That used to be Munsey’s, or That used to be the Tic Toc Lounge… when what was there before is more real and solid than what is here now.” Whitehead begins with the bus ride into Port Authority, complete with impossibly heavy baggage, bathrooms braved by only the desperate and the seating strategies of experienced bus riders. He cuts to city feelings: the morning’s garbage truck noises; the problem of rain; coping with rush hour. When he does write of celebrated places-Central Park, Coney Island, the Brooklyn Bridge-it’s for the role they play in our ritual life: when we go, how we are when we’re there and how it feels to leave. Whitehead is a master of the minutiae of the mundane. He takes you to the moment of a subway train leaving without you: could you have made it if you’d left a few seconds earlier? Should you take a taxi? You check the tunnel for the next train, fusing with thoughts of time as new passengers accumulate on the platform. This 13-part lyric symphony is like E.B. White’s Here Is New York set to the beat of Ellington or Cage. »

Intentions de l’auteur (sur le 11 septembre), si elles ont été émises

« SELZER: You clearly like to leave things open-ended—just as you do in the conclusions to your novels, which is one of the attractions of your fiction. Let me ask you about your creative non-fiction book, The Colossus of New York. In the first sentence of that collection one of the multiple narrators says that because he was born in New York he was “ruined for anywhere else.” Is that pretty much the same reason why you moved back from your brief relocation to the West Coast?WHITEHEAD: If I could live anywhere else, I would. When I think of nice places to move, it’s always a big city that comes to mind. London, Los Angeles. When I leave New York, I miss the misery. I miss 24-hour bodegas. I don’t drive, so I miss cabs. This is my home. I started writing Colossus as a side project. I didn’t know the pieces were a book—I was just having fun playing with the form and enjoying having a side project. After 9-11 they became more vital to me, as I tried to figure out how to live in a place that had been so injured. As I tried to figure out my own injury.SELZER: That sounds like an ongoing process. You’ve written compellingly about what it was like to be in the city on that day. As you look back now from several year’s distance, what stands out to you the most?WHITEHEAD: That I don’t freak out every September, like I used to. It’s probably too soon to have any perspective on it. I’m glad I’m here.SELZER: Amen. . . . You mention that in writing Colossus you were having fun playing with its form. The narrative technique of that book is especially striking.WHITEHEAD: The narrative voice in Colossus comes from the “Country Fair” chapter in John Henry Days. In that chapter, I was trying to link the Talcott, West Virginia, fair with all fairs, in all towns—what are the universal experiences that define such an occasion, the mood and sound and smells, no matter where it takes place. I had a lot of fun with that voice, and started using it to make impressionistic portraits of key New York places and states of being, Times Square and rush hour, the Brooklyn Bridge and Downtown, capturing a metropolitan feeling that is true for all cities, not just New York. Hopefully, you can apply your own feelings about your home town to it. Faced with the lack of a main character or story I was following, the voice had to do the work, its rhythms. It telescopes out for a wide shot, zooms in for a close-up, details an abstract thought and then captures a small and concrete detail. And that back and forth makes a certain rhythm that pulls you along through each chapter. It is intended to be a chorus of citizens. »

Linda Selzer, « New Eclecticism An Interview with Colson Whitehead », Callaloo, Volume 31, Number 2, Spring 2008, pp. 393-401Disponible dans le bouquet de revues payant Project Muse : http://muse.jhu.edu.scdbases.uhb.fr/journals/callaloo/toc/cal.31.2.html [Cette page n’est pas accessible]

Citer la dédicace, s’il y a lieu 

To Kevin Young

Donner un aperçu de la réception critique présente sur le web

https://web.archive.org/web/20100118181815/http://www.powells.com/review/2003_12_04.html [Consultée le 07 septembre 2023]

https://web.archive.org/web/20101030095140/http://www.bookotron.com/agony/reviews/2003/whitehead-colossus_of_ny.htm [Consultée le 07 septembre 2023]

https://web.archive.org/web/20130914024706/http://www.nytimes.com/2001/11/11/magazine/the-way-we-live-now-11-11-01-lost-and-found.html [Consultée le 07 septembre 2023]

Sur Lost and Found https://web.archive.org/web/20100416143309/http://thenewyorknobodysings.blogspot.com/2010/03/lost-and-found.html [Page consultée le 9 août 2023]

Impact de l’œuvre

Impact inconnu

Pistes d’analyse

Évaluer la pertinence de l’œuvre en regard du processus de fictionnalisation et de mythification du 11 septembre

Colson Whitehead avait publié un article dans le New York Times à propos de son expérience des attentats du 11 septembre. Cet article est intitulé « Lost and Found » et est encore accessible sur le site internet de journal : https://web.archive.org/web/20130913131333/http://www.nytimes.com/2001/11/11/magazine/the-way-we-live-now-11-11-01-lost-and-found.html [Consultée le 07 septembre 2023] Nous retrouvons des fragments intacts de cet article dans The Colossus of New York, mais Whitehead a fait disparaître toute mention directe des attentats et  fait le choix de représenter ces événements par leur absence. Il faut faire résonner les blancs. Nous le constatons en comparant un passage du Colossus avec un passage de l’article du New York Times :« Our old buildings still stand because we saw them, moved in and out of their long shadows, were lucky enough to know them for a time. They are a part of the city we carry around. It is hard to imagine that something will take their place, but at this very moment the people with the right credentials are considering how to fill the craters. The cement trucks will roll up and spin their bellies, the jackhammers will rattle, and after a while the postcards of the new skyline will be available for purchase. Naturally we will cast a wary eye toward those new kids on the block, but let’s be patient and not judge too quickly. We were new here, too, once.» (p. 10)« The twin towers still stand because we saw them, moved in and out of their long shadows, were lucky enough to know them for a time. They are a part of the city we carry around. It is hard to imagine that something will take their place, but at this very moment the people with the right credentials are considering how to fill the crater. The cement trucks will roll up and spin their bellies, the jackhammers will rattle, and after a while the postcards of the new skyline will be available for purchase. Naturally we will cast a wary eye toward those new kids on the block, but let’s be patient and not judge too quickly. We were new here, too, once. »

http://www.nytimes.com/2001/11/11/magazine/the-way-we-live-now-11-11-01-…  [Cette page n’est pas accessible]

C’est exactement le même passage sauf qu’il a remplacé « twin towers » par « our old building » dans le Colossus. Les attentats se trouvent dans les sous-entendus, dans les blancs. Ils deviennent une ombre, un fantôme qui plane sur le New York de l’auteur qui gardera toujours les tours jumelles dans son paysage.

Nous pouvons voir dans cet effacement des événements une tentative d’une part de mise à distance des attentats (ils ne font pas partie de son New York), d‘autre part une sorte de rationalisation des événements en transformant le récit particulier des attentats en récit généralisant, abstrait, qui aborde le rapport d’un homme à sa ville qui pourrait ne pas être New York.Le New York de Colson Whitehead est une ville imaginée, rêvée par certains côtés. Elle constitue un refuge pour  l’auteur. En reconstruisant chapitre par chapitre sa ville, celle où il a grandi et qui fait partie de lui, l’auteur tente de se réapproprier cette ville, de retrouver la familiarité qu’elle lui inspirait avant les attentats et cela passe par l’écriture.

Donner une citation marquante, s’il y a lieu

cf. ci-dessus.

Noter tout autre information pertinente à l’œuvre

The Colossus of New York est également le nom d’un film de 1958 réalisé par Eugène Lourié. Il semblerait que ce soit un film de science fiction dans lequel un prix Nobel de la paix a un accident de voiture qui lui coûte la vie. Le père de l’homme trouve une solution pour conserver son cerveau: le relier à un androïde. Mais cet homme-machine peut se révéler dangereux. Heureusement, son attachement à son fils lui permet de révéler à celui-ci le moyen de déprogrammer le colosse  qu’il est devenu.Il est très probable que Colson Whitehead connaisse ce film. Les attentats et leur valeur de fin du monde peuvent se trouver dans le titre.

Couverture du livre 

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