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After the Fall: American Literature Since 9/11

Simon Breault
couverture
Article paru dans Essais, sous la responsabilité de Équipe LMP (2007)

Ouvrage référencé: Gray, Richard J. (2011), After the Fall: American Literature Since 9/11, Hoboken, Wiley-Blackwell, 240p.

Disponible sur demande (Fonds Lower Manhattan Projecau Labo NT2)

Problématique principale et thèses

Richard Gray identifie trois aspects propre à la crise qui survient «après la chute»: l’invasion, l’imaginaire iconique des tours et l’intervention des médias. Ces trois éléments, qui distinguent le 11 septembre 2001 des guerres impliquant les États-Unis depuis son indépendance, influent sur la production littéraire américaine, de telle manière que l’expression du langage rencontre également une crise. L’auteur utilise maintes fois le terme «trauma» pour désigner ce que la collectivité a pu expérimenter au niveau psychologique et langagier. Parce que la réaction première devant «l’événement», est d’être «sans mots», parce qu’on en vient à répéter machinalement des expressions figées, les créations littéraires font face à un paradoxe de l’écriture que l’on retrouve, selon Gray, déjà à l’ère du Romantisme -soit la mission de l’écrivain à rendre compte, par le langage, d’un silence qui s’impose. Devant l’énorme besoin d’écrire, comme en témoigne l’ampleur de la littérature autour du 11 septembre, le critique se permet de diviser les productions en différents camps: celles qui répondent adéquatement à une certaine finalité de l’écriture, et celles qui échouent malencontreusement. En effet, Gray considère que le rôle de l’écrivain est de mettre l’emphase sur les contradictions subtiles et de participer à un certain diagnostic, non de renforcer les discours politiques et médiatiques polarisés et symptomatiques. Ainsi, l’auteur analyse de nombreuses œuvres littéraires, surtout des romans -un chapitre est aussi dédié au théâtre et à la poésie- susceptibles d’exprimer la perte et la désorientation, en s’appuyant régulièrement sur des études à la fois philosophiques et politiques.
Place des événements dans l’œuvre

Cet essai évalue l’impact direct du 11 septembre 2001 sur la production littéraire américaine. Les événements sont centraux à l’oeuvre.

Donner une citation marquante, s’il y a lieu

«Everything I try to say in this book is built on a simple premise, one that I have used the terms convergence, the hybrid, interface and deterritorialization to describe.» (18)

«What this offers to American writers is the chance, maybe even the obligation, to insert themselves in the space between conflicting interests and practices and then dramatize the contradictions that conflict engenders.» (18-19)

Noter toute autre information pertinente à l’œuvre

N/A

Table des matières

  • Acknowledgments
  • 1) After the Fall
  • 2) Imagining Disaster
  • 3) Imagining Crisis
  • 4) Imagining the Transnational
  • 5) Imagining the Crisis in Drama and Poetry
  • Works Cited
  • Index

Citer le résumé ou l’argumentaire présent sur la 4e de couverture ou sur le rabat

A common refrain heard since the collapse of the World Trade Center towers on September 11, 2001 is that “everything has changed.” After the Fall presents a timely and provocative examination of the impact and implications of 9/11 and the war on terror on American culture and literature. Author Richard Gray –– widely regarded as the leading European scholar in American literature –– reveals the widespread belief among novelists, dramatists, and poets –– as well as the American public at large –– that in the post–9/11 world they are all somehow living “after the fall.” He carefully considers how many writers, faced with what they see as the end of their world, have retreated into the seductive pieties of home, hearth, and family; and how their works are informed by the equally seductive myth of American exceptionalism. As a counterbalance, Gray also discusses in depth the many writings that “get it right” –– transitional and genuinely crossbred works that resist the oppositional and simplistic “us and them”/”Christian and Muslim” language that has dominated mainstream commentary. These imaginative works, Gray believes, choose instead to respond to the heterogeneous character of the United States, as well as its necessary positioning in a transnational context. After the Fall offers illuminating insights into the relationships of such issues as nationalism, trauma, culture, and literature during a time of profound crisis.

Dédicace

To
Sheona
Jessica and Jack
Catharina and Ben

Entrevues

N/A

Impact de l’œuvre

«[Richard Gray] enhances this endeavor with an intricate theoretical background that enables him to present a deeply erudite image of American culture and identity and to postulate a contemporary and intriguing version of American exceptionalism.»
Angeliki Tseti. Richard Gray, After the Fall: American Literature Since 9/11. Malden and Oxford: Wiley – Blackwell, 2011. p.223. https://web.archive.org/web/20141201222957/http://ejas.revues.org/9844 [Consultée le 9 août 2023]

«Gray sets the parameters of his thesis and focuses his analysis accordingly. But despite the breadth of authors considered, there are a number of research problems that are hard to overlook.» -Kate North
https://web.archive.org/web/20150204063126/www.timeshighereducation.co.uk/416977.article [Consultée le 9 août 2023]

«He’s not really implying that the U.S. kind of deserves to be condemned by Arab terrorists, but it feels that way anyway as he criticizes everything from 9/11 conspiracy theories to the renewed sense of nationalism some people felt after the attacks.» -Brian Triplett
http://www.examiner.com/review/after-the-fall-american-literature-since-9-11-by-richard-gray [La page n’est plus disponible.]

«Richard Gray’s After the Fall: American Literature Since 9/11 is the first book-length study to begin bridging the gap between the fields of ‘US’ and ‘postcolonial’ – or ‘transnational’ – 9/11 literary studies.» -Daniel O’Gorman
https://web.archive.org/web/20140326211224/http://glasgowreviewofbooks.com/2013/04/25/after-the-fall/ [Consultée le 9 août 2023]

Pistes d’analyse

L’une des thèses principales de Richard Gray consiste à distinguer les productions littéraires qui rendent bien compte de l’importance de l’écrivain confronté à un discours politique qui impose des oppositions binaires rigides. Il analyse plusieurs œuvres qui, comme l’auteur l’affirme: «get it right», lorsqu’il s’agit de guérir du trauma grâce à des occasions de rencontres culturelles, nécessaires aux transformations sociales. (83) Pour Gray, que ces auteurs cherchent des «formes verbales qui dépassent la condition des mots» afin de «parler le silence» (14) dévoile à nouveau ce paradoxe hérité du Romantisme.

En s’appuyant sur le concept de déterritorialisation, Gray analyse quatre œuvres qui ont, à première vue, peu en commun. Twilight of Superheroes, The Reluctant Fundamentalist, Netherland et The Garden of the Last Days, présentent une «impulsion à approcher la crise contemporaine par le détournement», ou la construction rhizomatique,  qui permet d’y retrouver certaines «portes de sorties historiques» (55).

Dans un second temps, si certaines œuvres fictionnelles réagissent adéquatement au besoin d’ouvrir de nouvelles avenues interprétatives des événements, d’autres échouent à cet appel. Gray s’en prend aux récits tels que The Road, The Good Life, A Disorder Peculiar to the Country, Falling Man et Terrorist, qui «réactualisent à leur manière le passé immédiat» -selon les termes qu’employaient Bakhtine (30). La réactualisation du passé, combinée à une volonté de domestication, cherche donc à mettre fin au trauma par l’assimilation du non-familier à ce qui est familier. C’est à dire que le repli sur les valeurs sécurisantes familiales ou religieuses sont les portes de secours qu’offrent ces récits et Gray les considère «[as] a symptom rather than [a] diagnosis» (28)

Suite aux deux chapitres «Imagining Disater» et «Imagining Crisis», qui traitent dans l’ordre des «mauvais» et des «bons» écrits sur l’événement traumatique, «Imagining the Transnational» se préoccupe davantage des rapports culturels et de la question identitaire et ce, sur le territoire américain comme dans son expansion extraterritoriale. Faisant un retour sur la littérature qui répondait à la guerre du Vietnam, Gray constate que des effets de «miroirs» et de «métamorphoses», attribuable à la narration qui va et vient entre le passé et le présent, (97) sont mis en récit, notamment dans Monkey Bridge, avec pour objectif de mieux comprendre «the clash between cultures». (97) Suivant sa thèse initiale, alors qu’il stipulait que le premier réflexe devant le trauma est de constamment répéter les mêmes formules: «9/11», «l’événement», «la chute», etc., l’auteur accorde une place favorable à l’œuvre Prisoners car elle donne dans le renouvellement, plutôt que la répétition, lorsqu’elle met en scène des personnages vietnamiens ayant immigré aux États-Unis: problématisant ainsi le rapport transnational américain. Après l’échec de la guerre du Vietnam, que Gray qualifie également de «chute» pour mieux la rapprocher du 11 septembre 2001, le monde «tombe dans une étrange fiction, ou du moins un mythe, dans cet espace qui est la conséquence d’une autre fiction: la rhétorique de mensonges et d’écrans de fumée du gouvernement qui a plongé les personnages dans des éléments destructeurs». (143)

Dernier chapitre de After the fall, «Imagining the Crisis in Drama and Poetry», revient sur la fonction cathartique du théâtre mais également sur sa capacité à informer adéquatement un public ou, tout au contraire, à servir de propagande. Gray donne en exemple Love Unpunished de la «Pig Iron Theatre Company» qui s’articule autour de la commémoration compulsoire et des répétitions de l’inévitable. Outre cette pièce, l’auteur analyse aussi Portraits et Omnium Gatherum, qui se concentrent sur les mots plutôt que sur le spectacle. Du côté de la poésie, l’auteur perçoit dans les textes «efficaces» la même volonté de subjectivation de l’expérience. Le caractère individuel du trauma s’y trouve donc généralement déployé de sorte qu’il rend justice à la crise, «non pas en analysant les causes et les conséquences» (191), mais en offrant humblement sa propre voix, qu’elle soit «satirique, lyrique, déclamatoire, surréelle, élégiaque ou apocalyptique.» (191)

En somme, c’est un immense parcours auquel Richard Gray s’adonne. Il offre une réflexion soutenue par plus d’une centaine de références littéraires, mais également philosophiques et politiques. De nombreuses critiques ont dénoncées Gray lorqu’il parle d’une littérature qui rend compte adéquatement de l’événement (that gets it right). Par delà cette critique qui pointe un certain jugement de valeur de la part de l’auteur, c’est davantage la minutie de son étude et la méthodologie rigoureuse qui s’impose au premier plan. Cet essai demeure incontournable pour quiconque souhaite poursuivre la réflexion sur la littérature américaine au lendemain du 11 septembre 2001.
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