psychanalyse

Conférence

Université du Québec à Montréal

Jean Genet: l'érotisme délogé

Castanet, Hervé
Vers 1953, Genet est affronté à une expérience cruciale qu’il décrit à deux reprises — il en sort bouleversé: «Quelque chose, dit-il, qui me paraissait ressembler à une pourriture était entrain de gangrener toute mon ancienne vision du monde.»

La virilité vaincue ou coupable? Rite de passage et mise en procès du jeune homme dans «Les Natchez» de Chateaubriand

- Groupe privé -

Je me propose d’étudier ici la mise en procès du jeune homme dans Les Natchez de Chateaubriand. Dans le cadre d’une réflexion globale et collective sur la notion de virilité, nous avons étudié les différentes représentations de la figure du jeune homme dans la littérature et le cinéma, en posant la question: comment a été représenté le passage du statut de jeune homme à celui d’homme accompli? Quels sont les traits significatifs qui caractérisent un homme viril et surtout: ces caractéristiques sont-elles forgées par la littérature, redites par la littérature ou déconstruites par la littérature? La fiction littéraire met en scène, questionne, voire renverse les archétypes de la virilité. De très nombreux récits de fiction sont centrés sur un personnage principal, un jeune homme qui va devoir, par ses exploits, assumer un destin et ainsi accéder au statut d’homme.

L’éthique du corps: une mystique laïque dans «La mort propagande»

En 1977, un texte d’Hervé Guibert marque les esprits par l’obscénité qu’il met en scène. Les douze autoportraits qui composent La mort propagande se présentent, indépendants les uns des autres, comme les explorations des domaines du corps, de ses déjections, du sexe, de la violence et de la mort. Ils sont néanmoins ordonnés de façon à former le périple d’un «je» à travers ces épisodes, aboutissant à la mort physique. Entreprise de déconstruction du Moi? Volonté subversive, esprit de révolte ou de provocation puérile? Le lecteur peut y lire des attitudes et des objectifs divers. Un personnage se dessine pourtant à travers les segments et les expérimentations. Il s’agit d’un jeune homme d’une vingtaine d’années, H.G., dont les pratiques d’hygiène corporelle et de sexualité semblent ignorer les normes sociales, les tabous et les contraintes. Publié à l’époque où les sexualités «se libèrent», le texte se déploie sans allusion aucune à un ensemble de discours militants. Contrairement aux groupes qui n’hésitent pas à faire de la sexualité un fondement identitaire et qui réclament une plus grande place au sein de la société, le jeune homme H.G. occupe un espace marginal et y exerce ses pratiques dans un ordre de discours différent de celui privilégié par d’autres acteurs. À coup sûr, H.G. met son corps de l’avant. La façon dont le personnage se déploie pour parvenir à énoncer une vérité –à tout le moins la vérité de sa condition individuelle– retiendra notre attention. Notre propos général consiste en un rapprochement du texte de Guibert avec l’hagiographie classique telle que théorisée par Michel de Certeau. Nous cheminerons à travers différentes perspectives pour arriver à montrer que La mort propagande adopte une rhétorique et une poétique mystiques.

La Littératie dévirilisante (Approche ethnocritique des "Hypocrites" de Berthelot Brunet)

(En cours de correction)

 

Le seul roman de Berthelot Brunet, Les Hypocrites, publié en 1945, raconte la vie d'un personnage fictif, Philippe, de son enfance jusqu'à son mariage. Le récit raconte un double passage : le retour de Philippe à la foi catholique de ses pères, et son mariage avec une ancienne maîtresse. Nous partons de l'hypothèse de l'ethnocritique d'une homologie entre rite de passage et récit, pour montrer que le texte sape systématiquement le processus du rite par la mise en scène de la longue déchéance du personnage principal, se détruisant par l'alcool, la drogue, ... et la littérature.

 

Philippe est un jeune garçon timide, qui a été initié à la vie essentiellement par la littérature. La littérature, qui l'aide à surmonter sa timidité et à construire une façade de personnalité, sert rapidement d'écran, d'unique médiateur entre lui et le monde. Le texte fait de la littératie un actant dans le récit de la vie du personnage. La littératie le fait régresser sans cesse vers l'enfance : la littératie préside au processus de dévirilisation qui le maintient dans une phase liminaire et dans la marginalité sociale. 

 

C'est de cette logique narrative caractérisée par une tension entre passage et déchéance, entre rédemption et chute, que s'énonce une critique sociale et morale à la fois féroce et lucide. Cette littérature critique est essentiellement une critique de la littératie.

 

Faire l'école buissonnière : du rite à sa subversion (Approche ethnocritique de "En sortant de l'école", de Jacques Prévert)

(Travail en phase de correction) 

Faire l'école buissonière semble un acte de désobéissance spontané, voire un acte de révolte contre l'ordre étabi. Nous posons l'hypothèse qu'il s'agit d'un jeu préparant un rite de passage à l'âge adulte. Le texte de Jacques Prévert, "En sortant de l'école", à la fois chanson enfantine, poème lyrique et récit initiatique, raconte un voyage imaginaire, cosmique, le tour du monde d'un groupe d'enfants dirigé par un "chemin de fer", à la fois canal et actant du récit. 

Partant de l'hypothèse de l'ethnocritique d'une homologie entre rite et récit, nous montrerons comment le récit poétique de Prévert fonctionne comme un rite de passage. L'auteur de "La chasse à l'Enfant" se fait-il le chantre du retour à l'ordre moral et à l'ordre social ? L'auteur du "Cancre" deviendrait-il le tabellion de l'entrée dans l'âge de raison, qui est d'abord l'âge de la raison graphique ? Le récit subvertit en douceur le rite dont il garde le sens (la direction, le but et la signification), en retardant au maximum son étape finale, celle du retour

"Tirer un coup" : De l'expression idiomatique à la logogenèse (Approche ethnocritique du film Full Metal Jacket)

(Première version achevée, en attente de corrections et d'ajouts) 

L'expression "tirer un coup" est chocante, moins par ce qu'elle désigne que par la façon qu'elle a de le nommer. Si le mot est plus troublant que la chose, c'est que le signifiant présente à la conscience un refoulé qu'elle ne veut pas entendre. En analysant cette expression interdite dans toute société civilisée, nous l'identifions comme révélatrice d'un état de marge propre au jeune homme. Cette expression qui structure inconsciemment notre rapport au monde est révélatrice des névroses que suscite l'idéal de virilité produit par notre civilisation. Le non-civilisé absolu est donc le produit de la civilisation. 

En reprenant la notion de "logogénèse" forgée par Jean-Marie Privat, nous montrerons que l'expression "tirer un coup" offre des motifs sémantiques et un univers symbolique culturellement réglé, qui serviront de base et de toile de fond au film de Stanley Kubrick Full Metal Jacket (1987). Ce film, qui met en scène les tentatives de passage de jeunes hommes à l'état d'homme, est composé de deux parties, de deux décors : le camp de formation, puis le Viêt-Nam ; la toile de fond commune, c'est moins la guerre que la langue. Nous ne posons pas la question Que dit le film sur la guerre ?, mais Que montre la guerre sur le "dire" ? 

Kubrick, loin d'illustrer ou de mettre en scènes l'expression "tirer un coup", interroge la matière même du langage, son tissu propre qui sert de matière première à la bobine de son film. Full Metal Jacket est, littéralement, une mise en pièces de la pulsion mortifère que dévoile l'expression, révélant au spectateur que le malaise dans la civilisation n'est pas un mal étranger à elle, mais tissé dans les mailles du langage qui la constitue. Ainsi pourrons-nous percevoir ce qui fait la spécificité de l'art, en quoi il se distingue des logiques d'adhésion pulsionnelle qui fondent le discours publicitaire ou les produits du show-buisness ; de là, nous pourrons penser le rôle que peut jouer l'art dans la civilisation. 

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