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Entre défaite et triomphe: Le vicomte de Brassard comme avatar littéraire de la virilité

- Groupe privé -

Prenons cette citation de Georges Pélissier, auteur de l’ouvrage Le mouvement littéraire au XIXe siècle, qui témoigne du passage de l’engouement des écrivains pour la poésie romantique, qui occupait la première moitié du XIXsiècle, à une admiration de la prose réaliste et naturaliste, qui s’épanouit dans la seconde:

Notre temps est hostile à la poésie. […] Elle est la langue de l’imagination et du sentiment, et notre temps est celui de la science et de la critique. Le poète nous semble un enfant: il joue avec des rimes, exercice inoffensif, aimable et gracieux divertissement, mais indigne d’un homme. Maints écrivains de cet âge avaient commencé par les vers, qui, la première jeunesse une fois passée, n’ont plus vu dans la poésie que des billevesées dont rougissait presque leur virilité. (1898: 207, nous soulignons)

Ce qui étonne dans cette conception de l’évolution des courants littéraires au XIXe siècle, c’est moins la discréditation d’une forme poétique jugée comme «dépassée» que l’apparition d’une valorisation esthétique qui passe par une notion tout autre que littéraire, soit par la virilité. Louis Veuillot, dans sa définition de la virilité tirée du Grand dictionnaire universel du XIXème siècle, fait part des mêmes étranges rapprochements: «Le poète n’arrive pas à la VIRILITÉ intellectuelle; il est vain, capricieux, poltron, comme l’enfant ou comme la femme.» (1866-1877: 1106) Pourquoi les poètes et les écrivains du XIXe siècle sont-ils ici évalués selon la «virilité» de leur approche, et non pas selon des critères esthétiques ou formels? Que signifient ces étranges rapprochements dans les esprits? 

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