IIAC - Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain / CNRS - EHESS

Le paradis debout

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@ Caterina Pasqualino

En périphérie de Grenade, au-delà des derniers buildings de Caseria de Montijo, au-delà de l’asphalte de la route, le jardin apparaît enfoui au fond d’un ravin.

D’en haut on aperçoit des taches vertes, dans des nuances claires ou foncées, faites d’alignements d’aubergines, de piments, de salades et de plants de tomates, autant des lignes de fuite convergeant vers un grand arbre au centre.

D’en haut, on ne peut soupçonner la paix d’en bas.

Depuis quelques années, avec d’autres chômeurs, Antonio, Santiago et Oscar ont défriché ce terrain avec acharnement. Ils ont coupé du bois de chauffage, cultivé des laitues et construit un poulailler. De loin on les aperçoit donner à manger à leurs poules, les appeler avec véhémence ou rigoler en les voyant picorer. Ils désherbent les sillons pour y semer des graines de tournesols. Les trois amis s’appliquent à retrouver les gestes ancestraux des agriculteurs et puisent dans la terre une énergie qui les rassure. Faisant face à la crise qui n’a cessé de frapper l’Espagne depuis 2007, ce potager est devenu pour eux une bouffée d’air, une échappée belle, un autre «chez eux». Ils ont transformé ce qui était une immense décharge illégale à ciel ouvert en un potager collectif verdoyant.

Cet enclos les protège d’un monde contemporain qui les a rejetés. Leur «paradis terrestre» réactualise une image archétypale qui a hanté le monde occidental depuis des millénaires. Au-delà de la faible valeur marchande des produits de leur maraichage, ces gens de peu ont réussi à ré-enchanter une culture populaire enracinée dans la poésie et dans le mythe de Garcia Lorca. Tel un gourou prononçant des mantras, Santiago énonce des vers sauvegardés sur son portable. Derrière ses lunettes cassées, il semble guetter l’horizon. Il est concentré, en méditation active, comme ailleurs mais sans se perdre. Comme des funambules en équilibre sur un fil ou des chanteurs poussant leur voix en risquant la fausse note, Santiago semble en apesanteur: «Ici, je ne pense plus à ma condition de chômeur. Je m’évade, je ne pense à rien. Une tomate n’est pas qu’une tomate. Je la sème, je la vois grandir, puis je la cueille et je la mange. En faisant cela, je redeviens moi-même.». Cultiver la terre le sauve d’une dépression qui le guette. Suivi par son chien Purga, il descend la pente escarpée de son théâtre. Il se dirige vers les poivrons translucides, vers les feuilles de tabac, il s’approche d’un tournesol penché sur le côté et le caresse (Pasqualino, 2017).

 

Le tournesol

Sur place, je filme en plan serré des tomates, des laitues, des piments. Je m’arrête sur le tournesol. Sa tige est épaisse, ses semences dorées. Bon pour produire de l’huile, bon pour mon compte de fée paradoxal. Fort, puissant. Sentiment d’un ailleurs, une grosse tige qui semble s’élever jusqu’au ciel. Jaune, marron, bleu, le tournesol n’est pas une plante d’origine méditerranéenne. Tandis que l’astre solaire le frappe durement, il lui offre sa corolle.

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© Caterina Pasqualino

Pasqualino, Caterina. 2017. «Le tournesol»

Tournesol de mes étés siciliens, de mes cauchemars. Enfant, il y avait des tournesols. Surtout un. On le remarquait au milieu d’une étendue de blé, se vrillant au gré du vent. Un beau jour, mon père l’a coupé et l’a ramené à la maison comme un trophée. Mon père, le roi des tournesols. Il y en avait trois. Les rois mages, le Christ et les deux voleurs. Faux, hurlants, les trois tournesols montent au ciel pour demander pardon aux nuages. D’un tournesol à l’autre, mon père le tournesol. Entre le ciel et la terre, une force me prend par surprise. Mon regard s’éteint. Au-delà, le ciel à perte de vue. Un gouffre à ciel ouvert, la lumière aveuglante qui s’obscurcit d’un coup. Décollement de la rétine? Loin du potager de Caseria, au fond d’une autre vallée, dans le ravin du Colorado, la Green River, la rivière verte, green, émeraude. Je m’aveugle en quelques secondes, en pleine lumière. Epuisée par une promenade audacieuse, déshydratée, d’un coup je ne vois plus rien. Après m’être écroulée, je tâtonne à quatre pattes, m’accrochant aux rochers, réduite à m’orienter par le toucher. Aveugle, en détresse, j’ai embrassé les pierres. Je te vois chancelant. Tu veux t’habiller seul, mon père le tournesol, tu cherches les ouvertures des manches de ta veste avec une difficulté infinie. Tu nous avais dit: «je vais le porter» ce beau manteau longtemps suspendu. Tournesol qui ne demandait plus grand-chose, tu as savouré la glace vert pistache, rouge pastèque, la nouveauté du bar Alba, comme si c’était essentiel. Je ne vois que du noir. La lumière du tournesol passe au noir. Rythmes en creux. La terre se dérobe sous mes pieds, ma tête tourne, la vierge de la Angustia entourée par tous ces hommes au visage couvert. Respire, respire! Je ne vois que les mains blanches gantées des costaleros. Tourbillon en plein soleil. Ma caméra s’enfonce dans le bruissement des arbustes, un tintamarre qui s’épuise dans le rêve calme d’un coin de campagne. Trois petits coups de cloche: la Vierge de Grenade est soulevée par ses gardiens, les gros pinguins, les costaleros. Nos amis du potager n’iront pas la voir. Ils préfèrent passer ce jour de fête chez eux, loin de la marche régulière des hommes gantés, patrons de la Vierge, inéluctable. La couronne du Christ au vent. Le tournesol se moque des bonnes manières, des règles, des chapelets. Il tourne selon le vent. Simple figurant de ce théâtre enfoui dans la vallée. Tournesol incongru, tige puissante qui tourne et se retourne. Christ ou voleur? Les deux sans doute. Tu t’étales dans l’espoir d’une brise. A l’automne, ta tige ocre orangé ne te soutient plus. Tu flanches sous le poids, tu t’accroupis, tu t’enfonces dans la terre. 

 

Une promenade

Antonio, Santiago, Oscar et nous, les uns derrière les autres, nous quittons le potager et nous dirigeons vers un terrain escarpé couvert de broussailles. Caméra à l’épaule, Chiara et moi filmons les trois qui discutent en avançant. Marcher c’est déplacer des montagnes. Nommer les lieux, les épeler, c’est une thérapie.

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@ Caterina Pasqualino

Pasqualino, Caterina. 2017. «La marche»

Antonio nous signale un ancien chemin recouvert de végétation. Puis nous conduit au El Paseo de los Tristes, la plus belle promenade de la ville où les Républicains avaient érigé leurs barricades et devant le mur du cimetière de Grenade qui laisse apparaître des impacts de balles, les mêmes qui ont massacré les prisonniers au cours de fusillades sommaires. Entre les villages de Alfacar et de Viznar, que l’on devine au loin, se trouve une fosse commune où ont été ensevelis des centaines de Républicains assassinés par les milices franquistes. Non loin de là, il y a aussi la «fuente de Aidanamar», la «fuente de las lacrimas», où Garcia Lorca aurait été tué le 9 août 1936 (Gibson, 1971). «Dale mucho cafe» aurait dit le général Queipo de Llano pour signifier la mise à mort du poète que la dictature de Franco ne pouvait plus tolérer parce qu’il restait libre. Sous nos pieds, le paysage résonne comme une dénonciation. La lutte contre le chômage d’aujourd’hui est aussi liée au combat pour reconnaître les morts de la République. Le scénario de notre film prend corps en marchant.

 

Stalker

Je suis Antonio sur le chemin quand le souvenir d’une autre marche remonte en moi. Paris, Université d’architecture de la Villette: une conférence du collectif d’artistes «Stalker» en soutien aux plus démunis. Au lieu de faire des discours, ils nous invitent à sortir et nous conduisent jusqu’à la Petite Ceinture, une voie de chemin de fer désaffectée qui encercle Paris. Les Stalker nous invitent à marcher (Careri 2013). Par une soirée d’hiver nous marchons les uns derrière les autres sur les rails désaffectés. Des centaines de pas résonnent à mes oreilles. Je suis la dernière de la file. Je crains d’être semée et je trébuche. Après deux heures de marche, nous nous frayons un passage entre des fils barbelés et nous nous retrouvons de nuit aux «Buttes Chaumont», un parc paysager en plein Paris comprenant de petites vallées, des torrents, des collines et des belvédères. Nous nous réfugions dans une grotte aux stalactites improbables. Quelqu’un lit du Verlaine mais la police fait irruption et nous chasse. Notre aventure semble prendre fin quand, sur des marches d’un escalier, les membres du groupe Stalker ouvrent un débat sur ce que signifie «être engagé». Non loin de là, le long du Canal de l’Ourcq, des dizaines de sans-abris sont réfugiés sous des tentes de fortune. Comment les aider?

Antonio nous explique qu’on ne combat pas le chômage d’aujourd’hui sans déterrer les morts d’antan.

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@ Caterina Pasqualino

Pasqualino, Caterina. 2017. «Antonio»

Nous ne faisons pas une simple promenade. Nous marchons pour reconnaitre les lieux des crimes perpétrés contre la République. Les sentiers se révèlent au fur et à mesure de notre progression. Absorbée successivement par la jovialité de mes compagnons de route, par leur tristesse, leur lenteur ou leurs élans, je parcours les recoins de ma géographie intérieure.

 

Vivre debout

1932: sur la photo de son visage, on voit deux trous noirs animés par un sourire épanoui. Ma grand-mère Lia Tatà est à Milan pour assister à un de ses vernissages à la galerie Il Milione (Leto: 2018). A ses côtés, on voit la tête large et légèrement aplatie de mon grand-père Guglielmo. Dans ces années 1930, il signait les toiles pour elle, un subterfuge qui lui permettait d’exposer et de se faire reconnaitre dans un milieu artistique alors ultra-machiste. Tout en cheminant derrière Antonio, je revois Lia Tatà, une femme menue, calme, modérée, se tenant toujours debout. On la surnommait «le cheval» parce qu’elle ne voulait jamais s’asseoir. Je me souviens d’elle, fière, se levant de son siège en s’excusant pour atténuer cette inconvenance, car elle continuait les conversations debout. Je me souviens aussi d’elle dans son atelier, les yeux braqués sur ses toiles au milieu d’une forte odeur de térébenthine. Elle irradiait. Ses six petits-enfants, lorsqu’ils s’ennuyaient dans sa vaste maison, la guettaient derrière la porte de son atelier. Mais elle préférait nous confier à la gouvernante, ne tentant pas de nous convertir à son art de vivre, non pas par égoïsme, mais par discrétion. 

Son histoire à elle, c’est une histoire de Ying et de Yang. Son secret était de ne jamais être excessive. Et de rester debout, toujours. On était à Palerme. D’où lui venait son sourire affable dans cette ville méridionale violente? D’où lui venait sa marche immobile sinon de ses pieds révoltés? Elle ne faisait jamais de promenades. Jusqu’aux années 1980, une femme qui marchait seule à Palerme passait pour folle. Lorsque j’étais encore étudiante, une de mes collègues se déplaçait d’un quartier à l’autre à pas très rapides et en fixant le trottoir. Aux yeux de tout le monde, elle était «folle à lier». Elle est devenue philosophe du langage.

Pour nous ses petits-enfants, notre grand-mère qui refusait de s’asseoir, c’était «le cheval». Elle devait agripper ses orteils au sol pour trouver son élan vital, son point d’ancrage sur le marbre froid de sa maison silencieuse. Moi j’enfonce mes pieds dans la terre asséchée de Caseria. Lia Tatà n’aurait jamais fait cette promenade. Tout en marchant, je me dis pourtant que je vivrai comme elle, debout. 

Chemin faisant, nous nous remémorons le drame de la dictature. Nous convenons que le fait de parvenir un jour à identifier les morts innocents et anonymes a un lien avec le fait de résister au monde en cultivant des tomates à Caseria.

Nous sommes sortis du potager, nous avons parcouru une nature en friche, traversé une banlieue triste, puis rejoint une route arborée et touristique jusqu’au cimetière. Nos états d’esprit ont changé avec les différents paysages. La cadence monotone des pas a fini par nous transporter, par envelopper notre groupe. Cette marche a des allures mystiques. Elle nous métamorphose. Elle nous convainc que faire est possible. Cela prend même la dimension d’une urgence.

A l’origine, il s’agissait d’un simple repérage, au mieux d’une promenade filmée. Mais à partir d’une histoire initiée par Santiago et développée par chacun de nous, nous formulons peu à peu la volonté d’élaborer une sorte de mise en scène rituelle. Nous nous prenons au jeu, l’idée se précise en marchant. La promenade nous a grandi tandis que nous avons été ensorcelés par un paysage devenu plus vaste.

En entendant nommer ces lieux de mémoire traversés l’un après l’autre, ils se mettent à vivre. Au cours d’une marche qui n’est pas toujours facile, les souvenirs grandissent, s’amplifient. L’effort physique et l’enchaînement des mouvements répétitifs fait parler cette bande de territoire en marge. Les marcheurs que nous accompagnons revendiquent de pouvoir la cultiver pour survivre et rester dignes. Mais ils réclament aussi la possibilité de proclamer publiquement leurs souffrances passées en inhumant des morts enterrés à la sauvette par un régime dictatorial honni. 

 

L’eau en procession

Mes compagnons de marche vont recueillir l’eau d’une source identifiée comme le lieu probable où Garcia Lorca a été assassiné et la transporter jusqu’à leur potager pour la verser sur le sol asséché. Ce n’est que de l’eau, mais ce n’est pas un acte inutile. «Nous avons fait ce que nous devions faire! Nous avons marché pour les morts, pour ceux qui nous manquent.» La mise en scène de cette «procession de l’eau» est comme une citation, le fragment d’une mémoire collective. Cet acte dérisoire enchante le quotidien des compagnons de lutte.

Tout en marchant je m’interroge. Pour mettre un terme à la grève de la faim de Santiago qui se battait face à la puissante église pour sa survie et sa dignité, l’archevêque de Grenade lui avait promis les lopins de terres laissés à l’abandon appartenant à son diocèse. Il ne tint jamais sa promesse… Après ce genre de désillusion écœurante, comment est-il encore possible de «croire»? Le film pose la question de la foi. Comment est-il encore possible de croire après les fausses promesses des politiciens? Ils ont abandonné de la même manière les pauvres de Caseria et les morts anonymes de Viznar? «Il faut croire à l’entraide!» s’exclame pourtant Antonio. «Il faut envisager le monde autrement que ne le fait l’église catholique de Caseria qui ose encore demander l’aumône aux plus pauvres au lieu de les aider!» Le rituel que nous avons mis au point se veut pleinement laïc. Il a pourtant l’allure d’un pèlerinage religieux et incarne à notre insu quelque chose de sacré… A partir de quel moment, se demandait Michel Leiris, les choses se colorent-elles autrement? A partir de quand l’individu bascule-t-il en se laissant subvertir par une «contagion émotionnelle»?

 

Retour à Paris, souvenirs d’adolescence

Retour à Paris dans la salle d’attente de mon médecin généraliste. Je ne dois pas m’inquiéter: les radios ne montrent rien de mauvais du côté gauche de mon bassin. Seulement une scoliose qui s’était manifestée il y a longtemps et qui se réveille douloureusement. 1978: j’avais quatorze ans et pour redresser mon dos je passais beaucoup de temps dans une pièce du service orthopédique d’une clinique de Palerme. Les souvenirs de ces séances à la fois pénibles et douces me reviennent. J’appuyais mon menton sur une planche de métal qui retenait ma tête. Privé d’appuis, mon corps était suspendu dans le vide. J’avais accepté de me faire «pendre». Le médecin-tortionnaire était mon père. Tous les deux jours, pendant dix à quinze minutes, je restais immobile dans cette position. Attentionné, mon père me lisait La Princesse de Clèves en Français. J’apprenais à m’habituer à la douleur. 

Mais un premier cycle de tortures achevé, je n’ai pas poursuivi le traitement. J’avais d’autres choses à faire que de m’occuper de mon dos. A la fin des années 1970, l’Italie était en ébullition. «Avec nous ou contre nous» était un slogan répété à souhait. Il fallait choisir entre les brigadistes et l’État, entre l’enclume et le marteau. Mon père ne manquait pas de nous signaler que nous vivions des années sombres. Il fallait se plier à l’out out de l’État. Avec mes camarades, nous refusions cette alternative et partions manifester en ville.

Je n’étais pour aucun parti. Non violente, je n’étais certainement pas pour les brigadistes. Mais mon chœur battait pour la révolution. J’arpentais les rues aux côtés des manifestants pour changer le monde. Palerme, 1978: je me rappelle ces longues heures passées debout auprès de ma communauté de cœur, cette foule d’inconnus avec qui, devant le tribunal, j’attendais le déroulement des audiences. En faisant du surplace, nous étions venus soutenir une jeune femme violée qui avait osé dénoncer son agresseur. Je me souviens de ces moments à la fois sombres et joyeux, uniques dans ma vie. Ces souvenirs remontent à la surface de manière irrésistible. Des années après, à plusieurs reprises, en place de signer des documents officiels en apposant la date de l’année en cours, j’ai malgré moi indiqué l’année fatidique de 1978…

En Europe de l'Ouest, on les appelle les années de plomb. L’activisme en cours s’est accompagné d’une flambée de violence. Durant deux décennies, l’Italie a été frappée par des attentats terroristes revendiqués par des groupes de révolutionnaires armés. Les groupuscules étaient dominés par de petits leaders aux discours unilatéraux et contradictoires. Les «Brigades rouges» étaient la plus connue de ces organisations. 1978, à Palerme. La foule criait à tue-tête des slogans contre la démocratie chrétienne, un parti qui régnait depuis l’après-guerre. «Vive Marx, vive Lénine, vive Mao Tze Tung!»: j’avais treize ans et je revendiquais leurs noms dans les cortèges sans savoir vraiment qui étaient ces icones… 

Londres, 2015. Séjour au département d’anthropologie à l’université de UCL. J’assiste à un séminaire sur la valeur, l’argent, le potlach. Ma tête suit, mais mon corps s’indigne. Mon pied gauche prend l’initiative et je me lève. Je me vois quitter la salle et me diriger vers la Tamise. 

De retour à Paris, mon orthopédiste me met en garde: «Arrêtez immédiatement vos cours de flamenco». Je m’exécute. Puis un spécialiste de tsha tshu: «Méfiez vous! Votre tête se croit surpuissante alors que votre scoliose peut vous entrainer dans un gouffre.» Question de posture, d’attention: ne pas prendre les déplacements à la légère, avoir les doigts de pieds aware, les phalanges ne doivent plus subir tout le poids du corps, l’énergie circule dans le corps puis se disperse dans l’espace environnant à partir de la voûte plantaire...

Je reste à l’écoute de mon corps. Qui mieux que moi peut le faire? «Habiter son corps». Il y a des gens qui oublient ça… Ma grand-mère si bien éduquée, «le cheval», elle, restait debout. Et si elle avait pratiqué la peinture contre vents et marées? Si son faire-du-surplace à elle n’était qu’une façon de briser le silence? Cette femme-cheval a peut-être dû se battre pour exister. Quand je me souviens de sa bonne humeur, l’envie me prend de ‘rester vivante’. En découvrant le potager de Antonio, de Santiago et d’Oscar, il m’est apparu comme une contrainte et comme un bonheur. Mais les mois se sont écoulés et depuis, aucune description ne me semble plus possible.

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Pour citer ce document:
Pasqualino, Caterina. 2018. « Le paradis debout ». Dans Les mises en scène du divers. Rencontre des écritures ethnographiques et artistiques. Cahier ReMix, n° 09 (11/2018). Montréal : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l'imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. <http://oic.uqam.ca/fr/remix/le-paradis-debout>. Consulté le 11 décembre 2018.
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