Université du Québec à Montréal

L’espace quotidien en voie de dislocation dans les nouvelles fantastiques de Bertrand Bergeron et Gilles Pellerin

Articles des chercheurs
Année de parution:
2011

L’espace fantastique a longtemps été abordé à l’aune du décor gothique, effrayant dans ses moindres recoins, ses catacombes, ses chambres mortuaires, celles de Poe notamment, ses donjons d’un autre âge, ses châteaux perdus en haut des falaises. Cette atmosphère gothique perdure chez certains auteurs du XXe siècle, notamment dans les villes abandonnées, les îles perdues au milieu de l’océan ou les ruines donnant accès aux monstres venus d’ailleurs, chez Lovecraft par exemple, mais l’énigme tend à se déplacer du côté des points de contact entre les mondes, des frontières troubles laissant passer les créatures les plus étranges. Les fameux espaces intercalaires de Jean Ray en sont un bon exemple: le dédale ne s’y trouve pas seulement thématisé, il affecte également la topographie ainsi que la narration, obligeant du même coup le lecteur à se perdre en cours de route. Dans ce type de textes, la difficulté d’identifier les lieux, la nature même des lieux, qui transgressent bien souvent l’ordre établi, l’aspect labyrinthique du récit, sont à l’origine de l’effet fantastique ressenti lors de la lecture. Si la production d’inférences y est à son comble, le lecteur ne parvient pourtant pas à rétablir la cohérence. Dans le fantastique intérieur, plus particulièrement dans la seconde moitié du XXe siècle, la rupture ne se produit pas forcément dans un lieu déjà porteur de mystère, elle ne provient pas toujours du contact entre deux mondes – l’un connu du lecteur, l’autre inconnu –, elle affecte bien plutôt l’espace quotidien, celui qui paraît à première vue tout à fait ordinaire et familier. Plutôt que de convoquer un excès de signes, le fantastique opère ici dans la plus grande discrétion. Les indéterminations, tout en nuances, s’insèrent dans le récit de manière insidieuse. Selon André Carpentier, l’un des fantastiqueurs québécois les plus réputés, «le sentiment d’étrangeté de l’espace rend l’être distant de son espace familier et le lui fait voir dans sa troublante nudité». Ce sont justement ces perturbations infimes de l’espace du quotidien qui feront l’objet de cet article. À partir de l’analyse de six nouvelles, écrites par Bertrand Bergeron et Gilles Pellerin, j’essaierai de comprendre de quelle manière l’espace en vient à se disloquer. Dans le but de mettre en évidence une certaine gradation, je me pencherai sur les éléments suivants: l’ennui, le bris de la cohérence spatiale, la dislocation des repères topographiques, la perturbation, la mise en scène du quotidien et, enfin, la rupture et la faille. Parmi ces différents éléments, certains peuvent être considérés comme de véritables distorsions spatiales (la faille, le bris de la cohérence spatiale), mais pas tous.

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Cet article est la version préliminaire de l’article publié dans Otrante. Art et littérature fantastiques, n°30, «Fantastique intérieur» (dossier dirigé par Ariane Eissen), automne 2011, p. 75-89.

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Pour citer ce document:
Bouvet, Rachel. 2011. « L’espace quotidien en voie de dislocation dans les nouvelles fantastiques de Bertrand Bergeron et Gilles Pellerin ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. <http://oic.uqam.ca/fr/publications/lespace-quotidien-en-voie-de-dislocation-dans-les-nouvelles-fantastiques-de-bertrand>. Consulté le 25 avril 2019. Publication originale : (Otrante. 2011. vol. 30, p. 75-89).
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