Paroles d'arbres. Histoires de jardins

Jeudi 30 Avril 2020, 11:30

Le Cahier ReMix n°12, Paroles d'arbres. Histoires de jardins, est dirigé par Rachel Bouvet, Roxane Maiorana et Marine Bochaton.

Issu des travaux réalisés dans le cadre du groupe de recherche «L’imaginaire botanique» (CRSH–R. Bouvet et S. Posthumus), ce cahier ReMix rassemble des articles ayant d’abord fait l’objet de communications lors d’un colloque à Gatineau en mai 2019 dans le cadre du congrès de l’ACFAS. Après un séminaire sur le thème du jardin (UQAM 2019-2020), après plusieurs mois de flâneries axées sur le thème des arbres et organisées par Chloë Rolland et Claudette Lemay dans le cadre de La Traversée-Atelier de géopoétique, nous avons choisi d’explorer les liens entre l’arbre, le jardin et l’intime.

 

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«Paroles d’arbres»: il suffit de se mettre à l’écoute des arbres, de leur silence, des frémissements des feuilles dans les branches pour avoir l’impression qu’ils nous parlent; une impression tenace,  dont les hommes et les femmes témoignent depuis la nuit des temps. Que l’on pense à l’arbre de vie ou à l’arbre de la connaissance, le symbole de l’arbre est en effet présent dans toutes les cultures (ou presque). L’être humain a depuis toujours considéré l’arbre comme un alter ego: à la métaphore végétale servant à désigner une partie du corps humain –le tronc– , s’ajoutent celles utilisées pour nommer les origines –les racines– ou les diverses lignées familiales –les branches. Support privilégié pour penser et illustrer la généalogie, l’arbre a depuis longtemps joué un rôle central dans l’imaginaire familial, ornant du même coup les murs de nombreuses maisons (Corbin: 2013). Est-ce parce que la dimension cosmique de l’arbre nous permet de joindre à notre tour le ciel et les profondeurs de la terre, grâce à la rêverie, à la projection? Ce qui est sûr, c’est que la verticalité de l’arbre, sa longévité, sa résistance, sa capacité à rejoindre le ciel par sa frondaison et les espaces souterrains par ses longues racines en ont fait une des plus puissantes figures du cosmos (Hirsch: 1997).

L’arbre joue un rôle particulier dans le jardin: à la fois frontière et seuil (Bouvet: 2018), il nous invite à dépasser une vision anthropocentrée et à réfléchir à une autre conception du temps, celle du temps végétal (Hallé: 2014). Qu’on l’envisage comme un espace de vie ou comme un lieu de passage, le jardin est plus souvent qu’autrement régi par le mouvement. Il importe donc de nous écarter de certaines conceptions du jardin, qui y voient une marque de la sédentarité, ou encore un signe de la fixité (Clément: 1991, 1994). Il suffit de penser au cycle des saisons, à la germination, au déplacement des graines, à la pollinisation, à la chute des feuilles instaurant un mouvement vertical ou encore aux phénomènes reliés à l’activité humaine, comme la circulation des végétaux exotiques d’un jardin botanique à un autre, le mouvement des hommes et des femmes qui le traversent, le trajet des fruits et des légumes du potager à la maison ou au marché, etc. (Coccia: 2016).

Les articles suivants adoptent des perspectives croisées, celles de la littérature, de l’histoire des forêts, du mythe édénique, de la création, qu’il s’agisse de l’écriture ou du jeu vidéo. Ils interrogent le rôle du végétal dans le texte littéraire en termes de métaphore, d’agent principal, de marginalité, d’éveil écologique, de résilience face à la vieillesse.

Reste à espérer que les paroles d’arbres ici étudiées contribuent à intensifier les liens intimes avec ces géants des trottoirs ou des forêts, des géants de plus en plus menacés par l’activité humaine, et que les histoires de jardins analysées amènent le lecteur ou la lectrice à réfléchir aux liens qui l’unissent au végétal, à arpenter les jardins autrement, tous les sens ouverts.

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