Colloque

Le réalisme grotesque et le monde à l’envers dans «Baise-moi» de Virginie Despentes

Samedi 12 Décembre 2015, 12:00

 

Présentation de la communication

Assise en tailleur face à l'écran, Nadine appuie sur «Avance rapide» pour passer le générique. C'est un vieux modèle de magnétoscope, sans télécommande. À l'écran, une grosse blonde est ligotée à une roue, tête en bas. Gros plan sur son visage congestionné, elle transpire abondamment sous le fond de teint. Un mec à lunettes la branle énergiquement avec le manche de son martinet. Il la traite de grosse chienne lubrique, elle glousse. Une voix off de femme rugit: ‘Et maintenant, salope, pisse tout ce que tu sais’. L'urine sort en un joyeux feu d'artifice. La voix off permet à l'homme d'en profiter, il se précipite sur le jet avec avidité. Il jette quelques coups d'œil éperdus à la caméra, se délecte de pisse et s'exhibe avec entrain.

Scène suivante, la même fille se tient à quatre pattes et écarte soigneusement les deux globes blancs de son gros cul. Un type semblable au premier la bourre en silence. La blonde a des minauderies de jeune première. Elle se lèche les lèvres avec gourmandise, fronce le nez et halète gentiment.

«Vous l’avez reconnu, ainsi débute Baise moi de Virginie Despentes. On conviendra que malgré les termes qui appartiennent au lexique de la fête (joyeux feu d’artifice, délectation, gourmandise), la note divertissante de cette incipit peine à s’imposer.

Il faut dire que s’y superpose une brutalité non-masquée, élément déclencheur néanmoins du plaisir à l’œuvre. Ainsi, dès le début, la violence et la jouissance sexuelle s’exaltent mutuellement. Il en sera ainsi tout au long du roman, le crime prenant le pas cependant sur la douleur consentie.

Cet incipit a retenu notre attention. Non pas pour sa note licencieuse, mais d’une part parce qu’il met en place une logique d’inversion qui n’est pas sans effets sur la poétique du roman, et d’autre part parce qu’il noue dialectiquement matière et savoir. Dans les deux cas, ces procédés participent d’une carnavalisation indirecte du texte qui, nous le verrons, pose la question du réalisme en termes esthétiques mais aussi et surtout offre les moyens d’interroger le point aveugle de toute entreprise réaliste.»

 

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Pour citer ce document:
Cnockaert, Véronique. 2015. « Le réalisme grotesque et le monde à l’envers dans "Baise-moi" de Virginie Despentes ». Dans le cadre de Repenser le réalisme. IIe Symposium de sociocritique. Colloque organisé par CRIST, le Centre de recherche interuniversitaire en sociocritique des textes. Montréal, Université de Montréal, 12 décembre 2015. Document audio. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. <http://oic.uqam.ca/fr/communications/le-realisme-grotesque-et-le-monde-a-lenvers-dans-baise-moi-de-virginie-despentes>. Consulté le 26 avril 2017.
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