Université du Québec à Montréal

Viril, vous avez dit viril?... Aujourd'hui

Quand la crise de virilité remplace la crise d'adolescence

 

    En 2014, Patrick Isabelle publie Eux, son deuxième roman. Il s'agit du premier volet d'un triptyque. Suivront Nous (2016) et Lui (2017). Tous trois sont publiés chez Leméac, dans sa collection « Jeunesse ». Eux est un roman à la première personne qui nous plonge dans le quotidien d'un adolescent du secondaire. A aucun moment on n'a connaissance de l'identité du personnage principal que l'on suit tout de même pendant trois années. Exclu par ses camarades, celui-ci est confronté au quotidien à la violence verbale et physique de ses pairs. De persécution en persécution, le personnage principal d'Eux prend une lourde décision : se venger en commettant une tuerie scolaire.  

    Cet article propose de s'intéresser à la crise de virilité vécue par le personnage du roman de Patrick Isabelle.

 

 

My Lonesome Cowboy,Takashi Murakami,1998.

 

La Littératie dévirilisante (Approche ethnocritique des "Hypocrites" de Berthelot Brunet)

(En cours de correction)

 

Le seul roman de Berthelot Brunet, Les Hypocrites, publié en 1945, raconte la vie d'un personnage fictif, Philippe, de son enfance jusqu'à son mariage. Le récit raconte un double passage : le retour de Philippe à la foi catholique de ses pères, et son mariage avec une ancienne maîtresse. Nous partons de l'hypothèse de l'ethnocritique d'une homologie entre rite de passage et récit, pour montrer que le texte sape systématiquement le processus du rite par la mise en scène de la longue déchéance du personnage principal, se détruisant par l'alcool, la drogue, ... et la littérature.

 

Philippe est un jeune garçon timide, qui a été initié à la vie essentiellement par la littérature. La littérature, qui l'aide à surmonter sa timidité et à construire une façade de personnalité, sert rapidement d'écran, d'unique médiateur entre lui et le monde. Le texte fait de la littératie un actant dans le récit de la vie du personnage. La littératie le fait régresser sans cesse vers l'enfance : la littératie préside au processus de dévirilisation qui le maintient dans une phase liminaire et dans la marginalité sociale. 

 

C'est de cette logique narrative caractérisée par une tension entre passage et déchéance, entre rédemption et chute, que s'énonce une critique sociale et morale à la fois féroce et lucide. Cette littérature critique est essentiellement une critique de la littératie.

 

Faire l'école buissonnière : du rite à sa subversion (Approche ethnocritique de "En sortant de l'école", de Jacques Prévert)

(Travail en phase de correction) 

Faire l'école buissonière semble un acte de désobéissance spontané, voire un acte de révolte contre l'ordre étabi. Nous posons l'hypothèse qu'il s'agit d'un jeu préparant un rite de passage à l'âge adulte. Le texte de Jacques Prévert, "En sortant de l'école", à la fois chanson enfantine, poème lyrique et récit initiatique, raconte un voyage imaginaire, cosmique, le tour du monde d'un groupe d'enfants dirigé par un "chemin de fer", à la fois canal et actant du récit. 

Partant de l'hypothèse de l'ethnocritique d'une homologie entre rite et récit, nous montrerons comment le récit poétique de Prévert fonctionne comme un rite de passage. L'auteur de "La chasse à l'Enfant" se fait-il le chantre du retour à l'ordre moral et à l'ordre social ? L'auteur du "Cancre" deviendrait-il le tabellion de l'entrée dans l'âge de raison, qui est d'abord l'âge de la raison graphique ? Le récit subvertit en douceur le rite dont il garde le sens (la direction, le but et la signification), en retardant au maximum son étape finale, celle du retour

Les règles de l’ensauvagement expliquées aux enfants par les lions (Approche ethnocritique du Roi Lion)

Travail en cours, participatif (ouvert à tous)

 

Le dessin animé de Walt Disney Le Roi Lion (1994) aurait-il fait l’éducation de la génération née avec la mondialisation, comme l’Iliade et l’Odyssée avaient fait, selon Aristote, celle de la Grèce dans l'Antiquité ? Ce dessin animé est devenu un film culte, au sens où il a durablement façonné les représentations de toute une génération, née dans les années 80, frappée par le « malaise dans la civilisation », et éduquée par les seules productions américaines et japonaises.

Partant de l’hypothèse de l’ethnocritique, qui établit une relation d’homologie entre rite et récit, nous montrerons que ce dessin animé, prenant comme toile de fond un royaume animal dans une Afrique mythique, montre comment l’on devient homme, aux enfants de l’un et l’autre sexe, et de tous les pays. Le Roi Lion montre que la joyeuse et mélancolique phase de marge, qui caractérise le jeune homme-lion, entre l’enfance et l’âge adulte, est une étape indispensable mais nécessairement limitée dans le temps, afin de trouver sa place dans le cycle de la vie.

Adrien et Solal : la mâle opposition

 

    La virilité est omniprésente dans l'oeuvre d'Albert Cohen. Dans Belle du Seigneur (1968), roman donnant à voir l'histoire d'amour entre Ariane et Solal, celle-ci tient une place de choix. Mise en scène par Solal pour séduire Ariane, admirée par celle-ci ou défaillante chez Adrien Deume, la virilité fonde les rapports entre les personnages. Nous nous intéresserons dans cet article sur la relation entre Solal et Adrien, les deux personnages masculins de premier plan de l'oeuvre, caractères indispensables du triangle amoureux Solal - Ariane - Adrien.

 

René Magritte, La Colère des dieux, 1960

 

"Tirer un coup" : De l'expression idiomatique à la logogenèse (Approche ethnocritique du film Full Metal Jacket)

(Première version achevée, en attente de corrections et d'ajouts) 

L'expression "tirer un coup" est chocante, moins par ce qu'elle désigne que par la façon qu'elle a de le nommer. Si le mot est plus troublant que la chose, c'est que le signifiant présente à la conscience un refoulé qu'elle ne veut pas entendre. En analysant cette expression interdite dans toute société civilisée, nous l'identifions comme révélatrice d'un état de marge propre au jeune homme. Cette expression qui structure inconsciemment notre rapport au monde est révélatrice des névroses que suscite l'idéal de virilité produit par notre civilisation. Le non-civilisé absolu est donc le produit de la civilisation. 

En reprenant la notion de "logogénèse" forgée par Jean-Marie Privat, nous montrerons que l'expression "tirer un coup" offre des motifs sémantiques et un univers symbolique culturellement réglé, qui serviront de base et de toile de fond au film de Stanley Kubrick Full Metal Jacket (1987). Ce film, qui met en scène les tentatives de passage de jeunes hommes à l'état d'homme, est composé de deux parties, de deux décors : le camp de formation, puis le Viêt-Nam ; la toile de fond commune, c'est moins la guerre que la langue. Nous ne posons pas la question Que dit le film sur la guerre ?, mais Que montre la guerre sur le "dire" ? 

Kubrick, loin d'illustrer ou de mettre en scènes l'expression "tirer un coup", interroge la matière même du langage, son tissu propre qui sert de matière première à la bobine de son film. Full Metal Jacket est, littéralement, une mise en pièces de la pulsion mortifère que dévoile l'expression, révélant au spectateur que le malaise dans la civilisation n'est pas un mal étranger à elle, mais tissé dans les mailles du langage qui la constitue. Ainsi pourrons-nous percevoir ce qui fait la spécificité de l'art, en quoi il se distingue des logiques d'adhésion pulsionnelle qui fondent le discours publicitaire ou les produits du show-buisness ; de là, nous pourrons penser le rôle que peut jouer l'art dans la civilisation.