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Figures de l'imaginaire (éléments de définition)

Figures de l'imaginaire (éléments de définition)

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Tout au long d’une série de travaux et de recherches, je me suis servi d’une définition à multiples entrées de la notion de figure. En voici les principales composantes.

Éléments de définition de la notion de figure.

D-1 La figure est un signe complexe, un objet de pensée ayant une configuration précise, composée d'un ensemble de traits et d'une manière d’être singulière (disposant de sa propre logique de mise en récit), impliqué dans des actes d’imagination et de représentation, faits pour soi ou pour autrui.
 
D-2 La figure est un foyer de l’attention. Mais ce point est un signe, c’est-à-dire qu’il renvoie à quelque chose d’autre, qu’il sert d’interface et de relais. En ce sens, la figure appelle et suscite des interprétations.
 
D-3 La figure demande à être désignée, elle donne lieu à un baptême. Sans désignation, le travail de figuration peut se continuer, mais il demeure incertain.
 
D-4 La figure n’existe pas en soi, elle n’est jamais que le résultat d’un travail, d’une relation, voire d’une projection.
 
D-5 La figure est toujours focalisée, toujours investie, toujours partie prenante d’une dynamique. Elle est de l’ordre d’une appropriation. Elle n’est jamais neutre.
 
D-6 La figure est une entité dynamique. Elle tire et attire. Elle est ce quelque chose dont on se fait une idée, mais qui sert aussi à comprendre. Elle est objet de représentation et, en cela, objet d’expériences qui la transforment en la saisissant.
 
D-7 La figure s’anime et évolue, parce qu’elle nous émeut, parce qu’elle ne nous laisse pas indifférent. La figure qui ne se transforme plus devient statique et se momifie. Ses traits se figent. On peut en faire un historique, montrer comment ceux-ci sont été définis. Mais, cette figure n’est plus que l’ombre d’elle-même.
 
D-8 La figure se déploie selon un double mouvement de dessaisissement et de ressaisissement.
8.1. Le dessaisissement prend la forme d’un musement, qui consiste à se perdre dans la contemplation de ses figures.
8.2 Le ressaisissement prend la forme d’un chant (voire d’un enchantement), d’une énonciation qui mime et qui témoigne de l’expérience du dessaisissement.
 
D-9 La figure est un objet auratique. Cette « aura » témoigne de sa singularité. Or, de cette singularité dépend l’enchantement et, ultimement, l’impression de sacré qui s’y attache.
 
D-10 La figure peut apparaître au sujet soit sur le mode de la révélation (comme une vérité toujours-déjà-là), soit sur le mode d’une métaphore fondatrice (dans un processus inférentiel). La figure révélée apparaît déjà complète; sinon, elle se construit petit à petit.
 
D-11 Un espace figural se déploie quand une figure s’anime, se transforme et suscite une activité interprétative, sous forme d’actes d’imagination et de représentation.
 
D-12 L’imaginaire est un espace figural dument constitué qui sert d’interface entre le sujet et le monde. Cette interface, marquée par des formes et des figures, est dotée d’un ensemble de règles d’interprétation, de compréhension ou de mise en récit et en image, fondées sur une encyclopédie et un lexique qui lui servent d’interprétants, ainsi que sur une expérience du monde qui leur fournit des éléments complémentaires et collatéraux.
 
 
REPÈRES BIBLIOGRAPHIQUES
 
« Imaginaire de la fin du livre : Figures du livre et pratiques illittéraires », Littérature, Histoire, Théorie, Fabula, 2016, no 16.
 
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« Dali attaqué par le réel ! Variations sur une figure de l’immersion au cœur de l’imaginaire contemporain », in Figures de l’immersion, B. Gervais, R. Bourassa, éds., OIC, cahiers ReMix, 2014.
 
« Une figure suspendue. Reprise et dédoublement du ‘Falling Man’ dans les fictions du 11 septembre 2001 », in L’imaginaire du 11 septembre 2001. Motifs, figures et fictions, B. Gervais, A. van der Klei, A. Dulong, éds., Québec, Nota bene, 2014, p. 173-193.
 
B. Gervais et Paule Mackrous, « Figures et effets de présence dans le cyberespace. Sur les traces de David Still », Avatars, personnages et acteurs virtuels, Renée Bourassa et Louise Poissant, éds., Presses de l’Université du Québec, 2013, p. 107-117.


« Figures de l’envoûtement. L’exemple de La Mort à Venise de Thomas Mann », revue @nalyses. Revue de critique et de théorie littéraire, Vol. 7, no 2. Printemps-été 2012.

 B. Gervais et A. Lemieux, « À la rencontre du visible et du lisible », in Perspectives croisées sur la figure. À la rencontre du visible et du lisible, B. Gervais et Audrey Lemieux,  éds., Presses  de l’Université du Québec, 2012, p. 1-14.

« L’enfant effacé ou retrouver le fil d’une figure », in Perspectives croisées sur la figure. À la rencontre du visible et du lisible, B. Gervais et Audrey Lemieux,  éds., Presses  de l’Université du Québec, 2012, p. 201-223.
 
« L’entité sentinelle Chloé Delaume : avatars littéraires et formes d’extimité », Figurations de l’auteur. L’écrivain, un objet culturel, D. Martens et M. Watthee-Delmotte, éds., Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2012, p. 311-319.
 
« L’idiot en souverain. Figure de l’oubli et du politique dans une fiction de la ligne brisée : Oublier Elena d’Edmund White », Idiots. Figures et personnages liminaires dans la littérature et les arts, V. Cnockaert, B. Gervais et M. Scarpa, éds., Nancy, Presses universitaires de Nancy / Éditions universitaires de Lorraine, 2012, p. 161-173.
 
B. Gervais et Mariève Desjardins, « Le spectacle du corps à l’ère d’Internet. Entre virtualité et banalité », in Pratiques performatives. BodyRemix, Josette Féral, éd., Rennes, Presses universitaires de Rennes, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2012, p. 43-66.
 
« La figure au bout des doigts:  les jeux de l'oubli et de la mémoire dans  Le nom sur le bout de la langue de Pascal Quignard », Le texte du lecteur, tome 1, M.-J. Fourtanier, G. Langlade et C. Mazauric, éds., éditions Peter Lang, 2011, p. 155-165.
 
« Le son du trombone qui tombe. Lecture et imaginaire », Lecture, rêve, hypertexte, Rainier Grutman et Christian Milat, éds., Ottawa, Les éditions David, 2009, p. 69-79.
 
«  Le labyrinthe et l’oubli : fondements d’un imaginaire », in La ligne brisée : labyrinthe, oubli et violence. Logiques de l’imaginaire. Tome II, Montréal, Le Quartanier, 2008, p. 21-65.
 
Figures, lectures. Logiques de l’imaginaire. Tome I, Montréal, Le Quartanier, coll. Erres essais, 2007, 243p.
 
« Le corps défiguré. Lecture et figures de l’imaginaire », L’expérience de la lecture, Vincent Jouve, éd., Paris, L’improviste, 2005, p. 221-234.

 

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