Université du Québec à Montréal

Texte de présentation: «Imaginaire de l'écrit dans le roman»

4 sur 12

Le travail envisagé vise à approfondir dans le roman les effets esthétiques et poétiques de ce que l'anthropologue du langage Jack Goody nomme la «raison graphique».

L’ethnocritique se définit principalement comme l’étude de la pluralité et de la variation culturelle constitutives des œuvres littéraires telles qu’elles peuvent se manifester dans la configuration d’univers discursifs plus ou moins hétérogènes et hybrides. Pensons aux jeux incessants chez Cervantès ou James Joyce, chez L. Sterne ou Claude Simon comme chez Hubert Aquin ou Marie-Claire Blais, entre culture orale et culture écrite, culture folklorique et officielle, religieuse et profane, féminine et masculine, légitime et illégitime, endogène et exogène, attestée et inventée, etc. Toute culture vivante est «meslée» (Montaigne), le produit d’incessants branchements et de perpétuels réarrangements ou réinventions sémantiques et sémiotiques de ses schèmes, valeurs et imaginaires. L’ethnocritique analyse dans cette perspective la dialogie culturelle à l’œuvre dans les œuvres littéraires (marques génériques et rhétoriques, narratives et actantielles de la culture polymorphe des textes, mode de présence, hiérarchie interne et évolutive, densité sémantique, etc.). Cette posture critique qui vise à articuler une poétique des textes littéraires et une ethnologie du symbolique s’inscrit en fait dans un vaste mouvement historique et épistémologique de relecture des biens symboliques.

L’ethnocritique se situe dans l’héritage de ceux des «formalistes» qui ont pensé leurs recherches dans la relation à la culture (y compris dans sa dimension folklorique) – Jakobson (1973), Propp (1983), Greimas (1987); elle se définit comme étant plus précisément à la croisée des travaux sémio-linguistiques de Bakhtine et des ethnologues du symbolique, continuateurs de Lévi-Strauss au niveau des sociétés européennes (Verdier, Fabre, Belmont, Goody). C’est de là que la démarche tire sans doute son originalité dans le champ plus large des méthodes d’analyse littéraire d’obédience anthropologique.

S’intéressant à la culture, toujours locale et particulière, du texte (et non dans le texte), l'ethnocritique n’est pas à la recherche des universaux de culture (les grandes structures anthropologiques ou les contenus mythiques expressifs), elle n’est pas non plus du côté des questionnements de type interculturel puisque son objet est l’analyse des variations intra-culturelles en tant qu’elles construisent la poétique du texte littéraire. Se référant à une ethnologie du symbolique (Lévi-Strauss et ses successeurs bien plutôt qu’Eliade par exemple), l’ethnocritique n’a pas vocation d’étudier les ethnolittératures (littérature orale, récits de voyages, littératures «exotiques» etc.) mais plutôt la «grande» littérature (y compris dans ses formes numériques les plus contemporaines) ou en tout cas posée comme telle dans une culture donnée et c’est ce bien culturel spécifique qu’elle se propose de travailler comme un «objet ethnosémiotique complexe» (Greimas,1971).

Liens externes:

ETHNOCRITIQUE. ethnocritique.com

Pour citer ce document:
Cnockaert, Véronique. 2014. « Texte de présentation: "L'imaginaire de l'écrit dans le roman" ». Dans Imaginaire de l'écrit dans le roman. Carnet de recherche. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. <http://oic.uqam.ca/fr/carnets/imaginaire-de-lecrit-dans-le-roman/texte-de-presentation-imaginaire-de-lecrit-dans-le-roman>. Consulté le 26 avril 2017.
Aires de recherche:
Période historique:
Champs disciplinaires:
Problématiques:
Objets et pratiques culturelles:
Classification

Ajouter un commentaire