Université du Québec à Montréal

[Projet en cours] Incorporation du corps à la lettre : La figure de l’adolescente comme jonction entre la littératie et l’anti-littératie dans Bonjour tristesse de Françoise Sagan

[Projet en cours] Incorporation du corps à la lettre : La figure de l’adolescente comme jonction entre la littératie et l’anti-littératie dans Bonjour tristesse de Françoise Sagan

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En 1979, Jack Goody publie La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage dans lequel il nuance la dichotomie instaurée entre les cultures orales et écrites. Division qui continue de nourrir son travail suivant, publié en 1986, La logique de l’écriture. Aux origines des sociétés humaines, traitant du clivage entre la coutume et la loi. Les propos défendus par l’auteur permettent de nuancer la tendance à catégoriser constamment. Le champ d’expertise de Goody se déploie en parallèle avec une étude approfondie des apports de l’écriture. Son œuvre accorde une attention particulière aux écritures « ordinaires ». D’un point de vue littéraire, la raison graphique nous permet de cerner la ligne dominante du récit. Dans cette optique, nous nous intéresserons au premier roman de Françoise Sagan, Bonjour tristesse, paru en 1954.

Bonjour tristesse se déploie par un acte d’écriture rétrospectif de la part de la narratrice et protagoniste principale, Cécile, qui revient sur un moment marquant. Durant l’été de ses dix-sept ans, la jeune fille passe les vacances avec son père Raymond dans une villa sur la Côte d’Azur. L’arrivée abrupte d’Anne Larsen, amie de la défunte mère de l’adolescente, occasionne plusieurs chamboulements chez la jeune fille. Anne incarne, à sa manière, la figure maternelle de substitution. Ce statut se confirme par la décision du père qui, « très embarrassé » de Cécile, avait décidé de la confier à Anne à sa sortie de pension (BT, p. 15). Son statut importe donc dans le cheminement personnel de la jeune fille sans toutefois être officialisé par la loi. Cependant, ce personnage passe du statut de tutrice à celui de belle-mère. En effet, quelques jours après son arrivée à la villa, une relation entre Raymond et Anne se confirme et un projet de mariage se dessine à leur retour à Paris. En l’espace de quelques jours, ce choix, aux répercussions législatives, vient entacher les aspirations vacancières et scolaires de Cécile. Elle devra maintenant agir en conséquence des décisions d’Anne, principalement celles en lien avec l’éducation, qui viennent palier à la loi du père défaillante dans cette dynamique davantage fraternelle que familiale. Tout comme le texte de Jean-Marie Privat et de Marie Scarpa, « Le Colonel Chabert ou le roman de la littératie », nous nous intéresserons aux identités de papiers des personnages, plus précisément à leurs répercussions sur leur destin respectif.

 

La loi du père défaillante et insuffisante

Bonjour tristesse met en scène une relation particulière entre la narratrice et son père qui se considèrent mutuellement comme des camarades de vie. Raymond initie son enfant à une vie de mondanités, ce qui lui plaît particulièrement. L’absence de la mère accentue cette connivence entre eux tout en contribuant à leur statut identitaire ambivalent. Nous entendons par cette identité fragmentée une filiation familiale en partie rompue, du moins éclatée, qui échappe à la loi. Dans le cas de ce duo, c’est précisément la loi du père qui fait défaut selon le contexte de la France au milieu du XX ͤ siècle qui, par un « dispositif juridique affirme l’autorité du chef de famille au détriment de l’épouse » (Bras, 2015, p. 15). Par la mort de sa conjointe, cette entité paternelle se voit conférer une autorité symbolique qui s’ajoute à la législative. L’instance parentale repose sur lui et ce personnage ne semble pas apte à pratiquer ses droits. L’autorité de Raymond est défaillante, ridiculisée, voire absente. Cet homme aspire à des idéaux divergents d’un père de famille de quarante ans. Cette particularité justifie la réaction de Cécile à l’annonce du mariage entre son père et Anne. Avant cette décision, la narratrice considère son père comme un « grand enfant » (BT, p. 81). Elle compare son niveau de maturité à celui de Cyril, son amant âgé de 25 ans (BT, p. 32). Du point de vue de la narratrice, Raymond échappe à la conception de la figure paternelle répandue à l’époque, celle de la figure d’autorité. Il se trouve, en quelque sorte, dans la marge. En conséquence, ce personnage ambivalent, qui se trouve entre le père et l’ami, le jeune et le vieux, positionne sa fille dans un axe aussi complexe. Les caractéristiques données à sa fille la rendent tout aussi insaisissable aux yeux du lecteur. Il l’habille en « femme fatale » (BT, p. 45) et il l’appelle « mon vieux complice » (BT, p. 17). L’identité de genre de la narratrice est en jeu et s’ajoute à l’ambiguïté de l’âge.

À la lumière de ces passages, notre hypothèse de lecture initiale les positionne du côté des personnages anti-littératiens. Ils tentent de contourner la loi dominante dans la France des années 1950, qui centralise le pouvoir décisif du côté paternel. Raymond déroge des conditions sociales mises en place pour faire de lui la figure d’autorité par excellence. Il préfère être au côté de Cécile au lieu d’incarner son supérieur. Dès la deuxième page, leur amitié est mise de l’avant par la narratrice : « Je n’eus aucun mal à l’aimer, et tendrement, car il était bon, généreux, gai, et plein d’affection pour moi. Je n’imagine pas de meilleur ami ni de plus distrayant. » (BT, p. 12) À première vue, ces deux personnages semblent échapper à la loi écrite. Raymond se positionne tout près de sa fille et cette proximité se teinte dans la parole même : ils se tutoient mutuellement. Cette particularité caractérise leurs interactions, contrairement aux échanges entre Anne et Cyril qui se font constamment à la deuxième personne du pluriel. Cette complicité grammaticale étonne à la lecture de cette œuvre saganienne tout en soulignant les failles de la loi du père telle qu’incorporée par Raymond. La structure du roman exclut les allusions au nom de famille du père et de la fille, une exception comparée aux autres personnages. Par la simple mention de leur prénom, Cécile rejette le lègue familial et leur reconnaissance sociale selon le système juridique. Tout comme Raymond, elle se positionne le plus près de lui. La loi est mise de côté au sein de leur présentation au lecteur. Par leur marginalisation, ces deux protagonistes échappent aux balises nécessaires pour le fonctionnement du texte de loi soulevées par Goody dans La Logique de l’écriture.

En outre, la création d’un texte juridique implique une formalisation (par exemple, dans la numérotation des lois), une universalisation (c’est-à-dire l’extension de leur application en éliminant les particularités), et une rationalisation continue; celle-ci doit être comprise, non pas au sens d’un processus s’opposant aux modes de pensée des communautés orales, mais au sens d’un processus qui réordonne et reclasse (Goody, 1986, p. 134).

C’est précisément cette conséquence que nous relevons par la loi du père défaillante et par l’identité ambivalente des protagonistes : ils échappent à tout type de classification. Classifications sur lesquelles la loi écrite se construit pour exercer son contrôle. L’instance familiale incarne le pivot entre le public et le privé. Dans cette optique de contrôle littératien par la voie publique, Cécile et Raymond y échappent en partie par leurs choix de vie. Ils incorporent à leur manière la loi en lien avec les droits familiaux. Ils dévient de la ligne politique et sociale valorisées. Ils échappent à la structure familiale pour laisser toute la place à celle amicale. Par ses prises de positions, Raymond accentue son éloignement de manière encore plus importante avec la loi écrite. Opinions auxquelles sa jeune fille adhère, notamment en ce qui a trait au mariage. Avant d’entamer sa relation avec Anne, Raymond a plusieurs maîtresses qui défilent dans sa vie. Il invite même l’une d’elles, prénommée Elsa, sur la Côte d’Azur. Il met rapidement un terme à leur liaison avant d’entamer son histoire avec Anne. En plus de vivre ces relations particulières devant sa fille, Raymond partage avec elle ses idées sur la fidélité.

Tard dans la nuit, nous parlâmes de l’amour, de ses complications. Aux yeux de mon père, elles étaient imaginaires. Il refusait systématiquement les notions de fidélité, de gravité, d’engagement. (BT, p. 18)

Il pratique ainsi une forme d’éducation à propos des relations intimes sous l’angle de l’expérience en plus du discours. Il expose Cécile à ses relations amoureuses en plus de lui expliquer les fondements de ses actions. Il est important de noter la place de la parole qui sert de voie d’accès privilégiée pour inculquer ses valeurs à sa fille. Le corps prime sur l’écrit dans cette méthode éducative. Par les termes d’engagement et de fidélité, nous constatons un refus de l’institution du mariage, qui implique un contrat. Le père s’émancipe par des expérimentations du corps plutôt que par le monde de l’écrit. Il se joue de son identité de papiers en tentant de l’écarter de sa vie. Le mode de vie libertin de Raymond contraste avec son passé en compagnie de la mère de Cécile. Il se peut que son opinion sur les relations de couple s’explique par la mort de sa conjointe précédente. La narratrice ne précise pas si son père et sa mère se sont mariés, mais selon les mœurs françaises, le contraire serait étonnant, surtout en ayant fondé une famille. En vivant le deuil de sa conjointe, Raymond a peut-être été désillusionné par l’amour, d’où sa réticence à se marier à nouveau. Nous nous limiterons aux spéculations, car la narratrice ne nous indique pas l’origine de cette prise de position de la part du père. Cela étant dit, selon la raison graphique, sa réticence au mariage tend à limiter son identité de papier. Tout porte à croire que Raymond éprouve des difficultés à aspirer au «capital littératien incorporé», pour reprendre les propos de Jean-Marie Privat dans son texte « Un habitus littératien ? ».

Or, tout comme le travail de Goody, nous devons nuancer l’hypothèse considérant Cécile et Raymond comme des personnages complètement anti-littératiens. La présence du système scolaire vient brouiller cette affirmation, car il structure le temps du roman tout comme le quotidien de ces protagonistes. Après tout, ils vont sur la Côte d’Azur durant les vacances d’été et le retour à Paris est constamment évoqué tout comme les futurs projets d’études de Cécile. Par conséquent, l’école réinscrit les protagonistes dans un cadre littératien précis. Qui plus est, la complicité entre la fille et son père advient après une période d’absence importante entre eux, engendrée par le milieu éducatif. Ce n’est qu’à l’âge de quinze ans, à sa sortie de pension, que Cécile renoue avec son père et découvre « cette vie nouvelle et facile » (BT, p. 12). Cette distanciation nous importe. Elle confirme l’incapacité du père à jouer son rôle parental auprès de sa progéniture, donc son incapacité à incorporer la loi écrite. Il est important de noter le désintérêt du père dans l’éducation de la jeune fille. Il ne représente ni la figure d’autorité ni celle du savoir. Cette sphère est reléguée à une instance extérieure à leur relation enjouée et amicale. Le père envoie sa fille à l’école davantage par obligation que par conviction. Cette institution compense ses failles et quand elle ne suffit plus, Raymond se tourne vers une figure d’autorité de substitution.

Anne Larsen était une ancienne amie de ma pauvre mère et n’avait que très peu de rapports avec mon père. Néanmoins à ma sortie de pension, deux ans plus tôt, mon père, très embarrassé de moi, m’avait envoyée à elle. En une semaine, elle m’avait habillée avec goût et appris à vivre. (BT, p. 15)

La narratrice partage avec le lecteur le désarroi de Raymond occasionné par son impossibilité d’incarner et d’enseigner une forme de savoir. Ce protagoniste délègue aux autres la tâche qui lui revient de droit en tant qu’instance parentale. Cette distanciation entre l’éducation de sa fille lui permet de se situer plus facilement auprès d’elle plutôt qu’au-dessus comme l’arbre généalogique le suggère. Par le fait même, il a besoin d’Anne pour inscrire sa fille dans l’univers juridique et littératien. Elle représente le support qui pourrait permettre à ces personnages marginalisés d’entrer dans la lettre. Du moins, c’est la tâche qu’elle tentera  d’exécuter durant son séjour à la villa. La loi du père fait défaut dans Bonjour tristesse, mais celui-ci permet tout de même au personnage d’Anne d’accéder à une autorité symbolique.

Anne Larsen : Incarnation de la ligne droite

Il est maintenant temps de s’intéresser plus précisément au personnage d’Anne afin de saisir tout son apport dans cette dynamique familiale fragmentée. Un apport qui se veut graphique en considérant l’insertion de la ligne droite par le corps de ce personnage et par les idées qu’il véhicule. Portons d’abord attention à ce corps droit qui ponctue ses actions.

Elle me parlait debout en me fixant et j’étais horriblement ennuyée. Elle était de ces femmes qui peuvent parler, droites, sans bouger ; moi, il me fallait un fauteuil, le secours d’un objet à saisir, d’une cigarette, de ma jambe à balancer, à regarder balancer… (BT, p. 61)

La narratrice place Anne du côté de la ligne droite par sa droiture. Le contexte de la scène justifie la position autoritaire. À cet instant, Anne réprimande Cécile à l’égard de ses rapprochements intimes avec Cyril qu’elle a surpris dans le bois de pins. Elle ne voudrait pas que la jeune fille tombe enceinte et se retrouve « en clinique » (BT, p. 60). Anne souhaite guider Cécile sur « le droit chemin » afin qu’elle franchisse ces étapes importantes selon un ordre précis. La menace d’une relation sexuelle en dehors des liens du mariage est implicitement relevée. Un corps qui s’exprime sans l’accord du papier juridique dérange : Anne le mentionne à Cécile. L’enjeu littératien se dessine entre elles. La narratrice se distancie graphiquement de la femme en se définissant par la courbe; un éloignement graphique s’instaure entre elles par l’écrit. Nous l’avons déjà affirmé, Anne vient combler un vide entre Raymond et sa fille. Nous remarquons une tentative de réinscrire son compagnon et sa progéniture dans la loi ou du moins dans une ligne directrice plus précise, d’où l’idée de la ligne droite.

Partout on nous prenait pour une famille unie, normale, et moi, habituée à sortir seule avec mon père et à récolter des sourires, des regards de malice ou de pitié, je me réjouissais de revenir à un rôle de mon âge. Le mariage devait avoir lieu à Paris, à la rentrée. Le pauvre Cyril n’avait pas vu sans un certain ahurissement nos transformations intérieures. Mais cette fin légale le réjouissait. (BT, p. 58-59. Nous soulignons.)

D’emblée, nous notons la coïncidence entre la rentrée scolaire qui se déroulera à la même période que le mariage. La ligne droite reprendra le dessus sur les personnages dès leur retour en ville. Plusieurs institutions construites sur les identités de papiers s’imposent dans ce passage : le mariage, la famille et l’école. L’institution familiale nous intéresse plus particulièrement. Anne réinscrit symboliquement Raymond et Cécile dans une filiation familiale précise. Elle comble le rôle maternel inoccupé depuis la mort de la mère de l’adolescente. L’arbre généalogique retrouve sa place dans leur dynamique familiale tout comme la supériorité de l’instance parentale auprès de la jeune fille. Par la présence d’Anne, la ligne droite verticale se dresse entre Raymond et Cécile. Une hiérarchie, au cœur des textes juridiques sur les liens familiaux, se réinscrit entre eux. Le terme « légale » utilisé par Cyril souligne l’enjeu juridique. Par son regard extérieur, le jeune homme constate que Cécile et son père ne cadrent pas avec la conception de la famille selon la société française. Anne vient remédier à ce renversement de valeurs. Elle comble l’absence d’une figure autoritaire, symbolisée par la ligne droite. Avant d’arriver à la villa, Anne occupe déjà une place privilégiée auprès d’eux. Elle joue le rôle de tutrice auprès de la narratrice bien avant l’officialisation des fiançailles avec Raymond. À la sortie de pension de Cécile, le père lui a déjà attribué symboliquement une influence parentale. De cette façon, les questions d’Anne sur l’éducation de la jeune protagoniste, même en ce temps des vacances, étonnent peu.

 « Et votre examen?

– Loupé ! dis-je avec entrain. Bien loupé!

– Il faut que vous l’ayez en octobre, absolument.

 – Pourquoi ? intervint mon père. Je n’ai jamais eu de diplôme, moi. Et je mène une vie fastueuse.

– Vous aviez une certaine fortune au départ, rappela Anne.

– Ma fille trouvera toujours des hommes pour la faire vivre », dit mon père noblement.

Elsa se mit à rire et s’arrêta devant nos trois regards.

« Il faut qu’elle travaille, ces vacances. », dit Anne en refermant les yeux pour clore l’entretien.

J’envoyai un regard désespéré à mon père. Il me répondit par un petit sourire gêné. Je me vis devant des pages de Bergson avec ces lignes noires qui me sautaient aux yeux et le rire de Cyril en bas… Cette idée m’épouvanta.  (BT, p. 34-35)

Cet extrait confirme, une fois de plus, l’absence de la loi paternelle tant du point de vue du savoir que de l’autorité. Nous observons en plus le positionnement assumé de Cécile du côté du paternel. Tout comme lui, elle dévalorise les études. Selon eux, la liberté existentielle se trouve du côté de l’expérience plutôt que de l’écrit. Par le motif d’expérience, nous entendons les soirées au casino, les soupers arrosés avec les amis de Raymond. En somme, des activités accentuant les plaisirs du corps et critiquées par la société française pour une jeune fille de dix-sept ans. La valorisation d’une vision existentielle hédoniste explique l’importance des vacances pour Cécile. Cette période représente le seul instant dans le calendrier scolaire où elle peut enfin laisser toute la place à ses pulsions. L’été facilite l’insertion du mode de vie auquel le père et sa fille aspirent dans leur quotidien. Cette liberté est toutefois temporaire et plutôt relative pour la narratrice. Par les propos de Raymond, l’identité sexuée de Cécile est soulevée. Son caractère ambivalent s’atténue et nous constatons que son positionnement auprès de son paternel s’annonce éphémère. La loi du père est rétablie auprès de Cécile par la considération de l’homme comme le pourvoyeur de la famille ou du moins des besoins de sa progéniture. Notons la marque du pluriel attribuée au nom « homme » qui souligne la conception de l’engagement défendue par Raymond. Par cette dépendance à l’autre, il relève la différence sexuelle entre lui et sa fille et un destin divergent. Le père l’inscrit dans un fil continu de relations qui assureront sa sécurité financière, dans une ligne droite en quelque sorte d’où la nuance à apporter à l’affirmation qu’il est un personnage anti-littératien. Cécile semble rechercher bien plus que l’obtention d’une liberté matérielle qui dépendrait d’autrui. Après tout, elle refuse la demande en mariage de Cyril : « Je ne voulais pas l’épouser. Je l’aimais mais je ne voulais pas l’épouser. Je ne voulais épouser personne » (BT, p. 89). Cette affirmation souligne à quel point elle a incorporé les idées du père.

Cette différence sexuelle désigne la porte d’entrée du personnage d’Anne auprès de Cécile. Raymond ne conçoit pas le projet d’éduquer un enfant, encore moins une fille. Grâce à l’éducation, Anne met en place un chemin alternatif pour les aspirations de la  protagoniste. Avant son projet de mariage, la narratrice la décrit comme une femme « divorcée et libre » (BT, p. 16). Anne pratique le métier de designer. Ainsi, elle ne dépend d’aucun homme d’un point de vue économique. Cécile peut accéder à une réelle forme de liberté en se tournant vers elle. En encourageant la jeune fille à étudier pour son examen, et ce, même durant l’été, Anne construit une voie qui la mènera à une indépendance économique. Cette avenue est plus complexe pour Cécile, car elle implique une incorporation des connaissances du texte écrit. Ce savoir s’illustre dans le roman par l’œuvre du philosophe français Henri Bergson que la jeune fille doit étudier pour réussir sa philosophie. L’autonomie obtenue par la vision d’Anne est ardue, mais elle est aussi moins désillusionnée que celle promue par Raymond. Dans cette optique, l’émancipation réelle de la femme dans Bonjour tristesse semble advenir du côté de la littératie au lieu du corporel. Il est difficile de catégoriser les deux figures adultes de cette œuvre selon la raison graphique. Notre tentative consiste plutôt à soulever l’ensemble de leurs caractéristiques graphiques qui influent sur l’économie romanesque. La force du travail de Jack Goody est de soulever l’impossibilité d’une opacité totale entre la littératie et l’anti-littératie. Dans la lecture de ce roman saganien, nous ne pouvons y échapper d’où l’intérêt de nuancer. À son tour, Anne ne personnifie pas non plus totalement un personnage littératien. La courbe domine les dessins à l’origine de ses collections vestimentaires. Ses connaissances professionnelles prennent forme dans le dessin plutôt que dans l’écriture. Son savoir se déploie par les courbes du corps plutôt que celles de la lettre. Toutefois, du point de vue du texte juridique, qui guide en partie notre lecture graphique de Bonjour tristesse, elle s’en rapproche davantage que les deux autres.

Nous notons également dans le dialogue ci-dessus l’effacement du corps du père. Dans l’extrait étudié, le père ne fait que sourire à sa progéniture soulignant une impuissance qu’il s’impose envers l’opinion d’Anne. Il y a tout de même une certaine connivence entre le père et sa fille qui se transmet par le corps plutôt que la parole. Au fil du récit, le corps paternel s’efface de plus en plus devant les propos d’Anne. Cette disparition s’impose au moment de l’annonce du mariage à Cécile : «"Votre père et moi aimerions nous marier", dit-elle. Je la regardai fixement, puis mon père. Une minute, j’attendis de lui un signe, un clin d’œil, qui m’eût à la fois indignée et rassurée. Il regardait ses mains. » (BT, p. 55) D’un point de vue graphique, la coïncidence n’est pas anodine. À l’instant où il partage avec sa fille son projet de se réinscrire dans la loi par le contrat de mariage, elle perd sa complicité avec lui. Un effacement du corps dans la page écrite survient et s’accentue au fil des conversations entre les trois personnages. Précisément, lorsqu’elles portent sur l’avenir de Cécile. Il est intéressant de noter que c’est la parole d’Anne qui domine ces discussions. Ce personnage, symbolisant le savoir, tente d’extraire ces deux êtres désaxés pour les ramener dans la ligne droite. La lettre compense pour les insuffisances du corps paternel à subvenir aux besoins de sa fille.

Mon père s’était éloigné, il détestait ce genre de discussions ; dans le chemin, il me prit la main et la garda. C’était une main dure et réconfortante : elle m’avait mouchée à mon premier chagrin d’amour, elle avait tenu la mienne dans les moments de tranquillité et de bonheur parfait, elle l’avait serrée furtivement dans les moments de complicité et de fou rire. Cette main sur le volant, ou sur les clefs, le soir, cherchant vainement la serrure, cette main sur l’épaule d’une femme ou sur des cigarettes, cette main ne pouvait plus rien pour moi. Je la serrai très fort. (BT, p. 76)

Cette référence à la main du père évoque l’ouvrage La logique de l’écriture de Goody qui soutient que l’écriture « implique un changement partiel des instruments proprement humains, à savoir le passage de l’utilisation de la bouche à celle de la main, ce qui a un effet significatif sur les formes juridiques, et surtout sur celles qui sont "symboliques". » (Goody, 1986, p. 151) Le contexte de Bonjour tristesse brouille ce passage puisque la main incarne l’oralité en plus de l’écriture. Nous le verrons; en délaissant la main de son père, la narratrice dirigera son attention vers la sienne, à l’origine de l’acte d’écriture de Bonjour tristesse. Ce touchant passage illustre l’échec du père, de son corps plus précisément, à supporter sa fille tel qu’elle le souhaite. La narratrice souligne une défaillance de la loi paternelle, plus précisément de sa structure. Son corps s’efface dans la page écrite, mais aussi symboliquement dans l’imaginaire de sa progéniture. La réinscription du père dans la lettre s’ajoute à son désir qu’un homme subvienne aux besoins de sa fille. Raymond ne peut plus rien faire pour elle dans la mesure où elle doit, tôt ou tard, lui trouver une figure de substitution. À cet instant, un choix s’impose à Cécile : se tourner vers Cyril ou Anne. L’éloignement entre ces deux complices est inévitable. Il ne répond plus à ses attentes d’où l’idée d’une place vacante auprès de Cécile qui est prise par Anne, puis par l’écrit. Par le motif de « place vacante », nous ne pouvons faire fi de l’homophonie avec les « vacances » d’été. Le temps des vacances est un temps liminaire dans le calendrier scolaire, donc une voie d’accès privilégiée pour qu’elle puisse instaurer l’importance de l’écrit chez Cécile. La jeune fille se trouve aussi en pleine période liminaire dans son cheminement par son statut d’adolescente. Cette position particulière explique son ambiguïté identitaire et sexuelle soulevées par les propos des autres personnages. Cette liminarité, ou période de marge, réfère aux trois étapes du rite de passage selon le folkloriste Arnold Van Gennep : la séparation, la liminarité et l’agrégation (Van Gennep, 1981, p. 14). Le père refusant son rôle parental, la reconnaissance sociale par l’autre, dernière étape du rite, revient à sa compagne. Toutefois, cette reconnaissance sociale n’a jamais lieu dans le roman, puisqu’Anne périt dans un accident de voiture juste avant la fin des vacances. Après avoir surpris Raymond dans les bras d’Elsa, conséquence du plan établi par Cécile pour sortir Anne de leur vie, elle s’enfuit rapidement de la villa. Elle part précipitamment avec sa voiture et le pire survient : « "L’accident a eu lieu à l’endroit le plus dangereux. Il y en a beaucoup à cet endroit, paraît-il. La voiture est tombée de cinquante mètres." » (BT, p. 149) Cette chute fatale extrait définitivement Anne de la ligne droite tout en laissant Cécile dans la marge.

Cécile : Personnification de l’oblique chancelant entre la littératie et l’anti-littératie

Nous en venons maintenant à ce personnage complexe et passionnant. D’un point de vue graphique, Cécile nous intéresse particulièrement, car elle se situe entre Anne et Raymond. Nous avons nuancé leur position respective selon la raison graphique. Il n’en demeure pas moins que nous en sommes venus à la conclusion qu’Anne se situe davantage du côté de la lettre que Raymond. La distinction se brouille après l’annonce de leur mariage mais jamais totalement. L’œuvre souligne le passage ardu du corps à la lettre pour l’individu. Cette épreuve se retrouvera aussi chez Cécile qui vivra cette transition de manière abrupte par la mort d’Anne. En conséquence, deux axes se retrouvent au cœur de l’identité en pleine ébullition de l’adolescente. Un entre-deux se déploie chez Cécile et la marque par une dualité importante. La jeune fille oscille constamment entre ses pensées et ses pulsions. Cette opposition se répercute sur ses actions. En élaborant son plan, Cécile  tente d’éloigner Anne de leur vie. Elle souhaite retrouver la relation amicale qu’elle a toujours connue avec Raymond. Selon elle, l’entrave à sa vie d’avant est la présence d’Anne. Par cette volonté, la jeune fille souhaite renouer avec le type de liberté que le père peut lui procurer, temporairement. Cette indépendance mettrait l’école et surtout, Bergson à distance. Dans tous les cas, elle souhaite s’écarter du monde littératien valorisé par Anne. L’ambivalence de Cécile entre ces deux instances parentales porte à croire que sa représentation graphique se définit par l’oblique. Littéralement, elle oblique du père à la figure maternelle de substitution, par le fait même, du corps à la lettre. Dans l’œuvre, cette déambulation entre les deux voies proposées à la jeune fille s’illustre par la description de la villa qui personnifie tous les éléments de tension au sein de ce trio.

Il avait loué, sur la Méditerranée, une grande villa blanche, isolée, ravissante, dont nous rêvions depuis les premières chaleurs de juin. Elle était bâtie sur un promontoire, dominant la mer, cachée de la route par un bois de pins ; un chemin de chèvres descendait à une petite crique dorée, bordée de rochers roux où se balançait la mer. (BT, p. 12)

Les divers éléments de la villa métaphorise la position de chacun des protagonistes dans cette nouvelle dynamique familiale en plus de justifier la complexité de leurs interactions. L’élément oblique dans cette description est la plage. Plage qui se situe entre la mer et la maison de vacances. Une fois de plus, une homophonie se distingue entre la mer et le mot « mère ». Cet élément de la nature s’apparente à l’instance maternelle, personnifiée par Anne dans ce lieu de vacances. La grande villa blanche, quant à elle, évoque la positon du père auprès de sa compagne et de sa fille. Après tout, elle est choisie et payée par Raymond, ce qui met de l’avant son rôle de pourvoyeur. L’invitation d’Anne à la villa provient de lui. À aucun instant, il ne demande l’accord de Cécile, ce qui accentue son étonnement au moment de l’annonce. Par analogie, cette maison de vacances semble représenter la maison du père telle que conçue par le patriarcat. La simple description de la villa met en scène la position complexe de la jeune fille. La mer lui propose de nouvelles expériences, mais la maison surveille les gestes de la narratrice en plus de lui rappeler d’où elle vient. L’eau apporte à Cécile un bien-être puisqu’elle la fait devenir autre. Une nouvelle forme d’émancipation se déploie par l’acte de nager.

Dès l’aube, j’étais dans l’eau, une eau fraîche et transparente où je m’enfouissais, où je m’épuisais en des mouvements désordonnés pour me laver de toutes les ombres, de toutes les poussières de Paris. (BT, p. 13)

Par ces gestes désordonnés, la narratrice souligne son corps indiscipliné confirmant la différence avec celui d’Anne. Ce corps n’est pas encore prêt à adhérer à la droiture. Tout de même, la nage représente une autre forme de discipline corporelle. Un savoir qui s’intègre différemment de l’écrit ou de la lecture. Par cette incorporation, la mer procure à Cécile cette possibilité de se reconstituer. Elle peut accueillir une nouvelle identité en quelque sorte. Cette identité saline la distingue de celle qu’elle arbore en ville en compagnie de son père ou de ses amis. Cette nouvelle définition de soi grâce à l’eau met en jeu des conséquences semblables à celles du cheminement scolaire encouragé par Anne. Grâce à ses  études, l’adolescente pourrait devenir une autre personne, symboliquement du moins. Ce choix de vie l’éloignerait des attentes de son père à propos de son futur. L’eau, tout comme Anne, valorise des connaissances peu exploitées dans le quotidien de la narratrice. En convoquant la nage en tant qu’apprentissage littératien, nous nous appuyons sur les propos de l’article de Jean-Marie Privat qui analyse la piscine comme un « "écrit chosifié" » (Privat, 2006, p. 129). Dans son texte, il se réfère à la piscine publique, mais la mer joue un rôle identique pour la narratrice du roman. Le parallèle entre cet élément de la nature et cette figure maternelle de substitution se confirme par les répercussions identitaires qu’ils ont sur Cécile. Tout comme la voie du savoir encouragée par Anne, l’eau procure à l’adolescente une nouvelle forme d’affranchissement.

De l’autre côté de la plage, la maison de vacances surplombe constamment les activités aquatiques. L’organisation de cet environnement indique sa supériorité sur l’océan et l’étendue de sable. Cette domination peut se justifier par la loi qui positionne le père en tant que chef de famille dans la cellule familiale. La villa représente aussi un milieu familier pour la jeune fille. Après ses nombreuses explorations dans le bois de pins avec Cyril, elle revient à ce lieu d’ancrage où elle est accueillie par Anne et Raymond. Elle retourne à cette maison après chaque aventure vécue. La description de cet endroit nous permet de relever l’évincement de la sphère publique par son positionnement. La maison est totalement isolée de la route par le bois de pins. Les broussailles soulignent le caractère désorganisé qui sévit sous ce toit en plus d’une tentative de cacher la vie privée de ses résidents au regard extérieur. Il se peut aussi que par le choix de ce lieu clos, le père tente de fuir le jugement d’autrui sur sa relation avec sa fille. Anne vient contrecarrer cette volonté. Ce n’est pas anodin qu’elle soit la seule protagoniste à lire pour le plaisir en cette période de vacances. L’intrusion du public dans le privé se démarque aussi par sa lecture matinale des journaux. Elle incarne bel et bien une figuration du savoir qui ébranle les assises de la maison de père bâtie selon les volontés de Raymond. Le parallèle entre les éléments constituants ce lieu et ces deux figures d’adultes s’exposent bien. Celui entre Cécile et la plage est tout aussi approprié.

Je m’allongeais dans le sable, en prenais une poignée dans ma main, le laissais s’enfuir de mes doigts en un jet jaunâtre et doux, je me disais qu’il s’enfuyait comme le temps, que c’était une idée facile et qu’il était agréable d’avoir des idées faciles. C’était l’été. (BT, p. 13)

La fusion entre Cécile et le sable laisse place à un sablier humain. Une expérience corporelle qui souligne la temporalité divergente en ce temps des vacances selon le reste du calendrier scolaire. Le corps de la protagoniste se fond avec la plage. Des grains de sable demeurent sur son corps et se gravent au grain de peau de l’adolescente. L’un se fond dans l’autre pour ne former qu’une seule entité. La narratrice mentionne à maintes reprises la présence de ces résidus sableux sur elle. Cette proximité importe en considérant la plage comme la métaphore de la jeune fille. À maintes reprises, l’adolescente se retrouve couchée sur la plage. Elle est en totale symbiose avec le soleil et la chaleur. Cette étendue de sable se distingue par sa constitution par l’entre-deux. Une plage délimite toujours deux espaces, soit la terre et l’eau. L’oblique s’impose ainsi comme ligne dominante de la plage. Tout comme Cécile, cet endroit liminaire est encerclé. Les parallèles qui s’établissent entre les personnages et ces espaces sont nombreux. De là l’importance de bien expliciter ces métaphores pour distinguer l’apport graphique de l’économie romanesque. La simple description de la villa met en scène des éléments déterminants qui teinteront les enjeux à venir dans les pages suivantes de l’œuvre.

L’ambivalence que nous avons relevée par la métaphore de la plage sévit dans les pensées de Cécile. Cette dualité s’accentue chez la jeune fille lorsqu’elle décide de mettre son plan à exécution pour écarter Anne de son existence. Quand Elsa revient chercher ses valises à la villa, Cécile la convainc de former un couple fictif avec Cyril pour rendre son père jaloux. L’ancienne maîtresse de Raymond accepte rapidement. L’idée se matérialisant, la jeune fille prend peur de son influence sur les autres, qui sont plus âgées qu’elle. Ses pensées se troublent, elle hésite entre son désir d’écarter Anne de son existence et l’idée de réussir son examen pour ensuite compléter son baccalauréat, tel que suggéré par sa belle-mère. L’oblique se dessine entre cette pulsion et une aspiration au savoir.

Demain, je changerais de chambre ; je m’installerais au grenier avec mes livres de classe. Je n’emporterais quand même pas Bergson ; il ne fallait pas exagérer. Deux bonnes heures de travail, dans la solitude, l’effort silencieux, l’odeur de l’encre, du papier. Le succès en octobre, le rire stupéfait de mon père, l’approbation d’Anne, la licence. Je serais intelligente, cultivée, un peu détachée, comme Anne. (BT, p. 85)

Le passage de l’irrationnel au rationnel se distingue nettement en comparaison avec la scène précédente en compagnie d’Elsa. Cette alternance ponctue plusieurs périodes de raisonnements de la jeune fille depuis l’arrivée d’Anne sur la Côte d’Azur. Un instant elle admire l’indépendance de cette femme, puis elle la redoute. Grâce aux notions de Jack Goody, nous remarquons également que les technologies de l’intellect caractérisent le changement de conscience de la jeune fille. Selon lui, ces technologies requièrent une formation précise (Goody, 2007, p. 194). Afin de faciliter la lecture ou l’écriture, il faut que le corps présente une certaine droiture. Par conséquent, ces technologies impliquent une domestication du corps. Cécile tente de contrôler sa posture oblique. C’est précisément ce qu’elle recherche par l’organisation d’un espace restreint avec plusieurs livres pour étudier. Ce choix présente une autodiscipline de la part de la protagoniste, marquant son cheminement vers l’âge adulte. Cette figure d’autorité chez la jeune fille prend exemple sur Anne, la fin de la citation abonde dans ce sens. La maturité propre à la figure de l’adulte étant absente dans la personnalité de Raymond. À cet instant, elle se tourne du côté de la femme en mettant en place les conditions nécessaires pour adhérer au monde littératien. Ces oppositions chez la narratrice marquent le déploiement du rite de passage en train de se dérouler. L’enjeu identitaire est au cœur de ce roman; le passage de la narratrice entre le statut d’adolescente et celui de l’adulte est en jeu. La présence d’Anne accentue ce changement, car son autorité oblige Cécile à se positionner dans une situation d’introspection, absente du quotidien auprès de son père. La dualité chez la jeune fille se comprend aussi par le désir inconscient de refuser l’évolution qui surviendra chez elle tôt ou tard. Au lieu de cerner les changements internes qui se déroulent en elle et qui explique les tensions, elle rejette la faute sur Anne.

Quand je parlais avec Anne, j’étais parfaitement absorbée, je ne me voyais plus exister et pourtant elle seule me mettait toujours en question, me forçait à me juger. Elle me faisait vivre des moments intenses et difficiles. (BT, p. 128)

La narratrice laisse croire qu’en tentant d’évincer Anne de sa vie, elle pourrait demeurer dans le statut d’adolescente; une vie misant sur les plaisirs plutôt que les responsabilités. Anne l’oblige à se remettre en question et surtout, à s’affirmer tandis que le père ne fait que la conforter. Il rend son statut identitaire ambivalent simplement par certains commentaires. Par contre, Cécile se questionne davantage face aux gestes d’Anne qu’aux propos de Raymond. Le rite de passage s’enclenche chez la jeune fille et elle croit qu’en éloignant sa belle-mère, tout reviendra comme avant. Son identité est en plein éclatement et la superposition des pensées rationnelles à celles irrationnelles le confirme. Cette volonté sous-jacente est représentée en surface par l’impossibilité de Cécile d’étudier en ce temps de vacances. Son incapacité à lire Bergson, enjeu littératien, cache plutôt la problématique identitaire en cours. La disparition d’Anne, dommage collatéral de l’orchestration cruelle de la narratrice, pourrait laisser croire que la jeune fille retourne à sa place privilégiée auprès de son père, qu’elle oblique du côté de l’anti-littératie. Après tout, la disparition du corps implique la disparition de la ligne droite de mise pour l’éducation. Pourtant, la mort d’Anne semble plutôt symboliser une transition abrupte et définitive de Cécile dans le monde littératien.

Appel de l’écriture : Intégration volontaire de la ligne droite

Tout est mis en place dans le roman pour que la disparition du corps d’Anne coïncide avec la disparition de la lettre dans le duo. Après tout, sa mort peut être vue comme la victoire de l’adolescente : Anne ne sera plus auprès d’elle et de son père. La jeune fille peut retourner à ses intérêts hédonistes en rejetant l’idée de poursuivre le baccalauréat. La figure d’autorité est évincée de la cellule familiale, la loi paternelle défaillante peut reprendre toute la place. Néanmoins, Cécile connaît maintenant les limites de sa relation avec son père. Par leurs interactions avec Anne, elle comprend le caractère éphémère du rôle de pourvoyeur qui sera légué aux prochains amoureux de la jeune fille. L’émancipation auprès du père comporte des frontières qu’Anne a bien soulevées durant son séjour dans la villa. Nous avons mentionné les pensées de Cécile qui vacillent du rationnel à l’irrationnel, notamment au sein de son désir d’écarter Anne. En menant à bien son jeu pour rendre Raymond jaloux, la jeune fille laisse tout raisonnement de côté. Les conséquences de son orchestration sortent de son entendement, mais il n’en demeure pas moins qu’elles ont engendré la mort de sa belle-mère. Peu après le départ précipité d’Anne, la protagoniste se sent « complètement désaxée » (BT, p. 146). Ce sentiment, qui prend une forme graphique claire dans l’esprit de la narratrice et dans la page du livre, confirme l’influence de l’incarnation d’Anne de la ligne droite sur ces deux êtres marginaux. Le désarroi de la jeune fille débute à l’instant où elle constate le résultat de sa mise en scène sur Anne à sa sortie du bois de pins, plus précisément l’impact corporel sur la femme : « ce visage, ce visage, c’était mon œuvre. » (BT, p. 144) Cette prise de conscience fait pencher  la jeune fille vers la raison. Ces inversions entre le corps et la lettre mises en lumière dans Bonjour tristesse montrent tous les enjeux sous-jacents au conflit « classique » entre l’héroïne principale et sa belle-mère. Dans la dynamique complexe entre Anne et Cécile, l’inversion se déploie des deux côtés. Il semble que la chute de la voiture d’Anne dans le précipice ne concorde pas avec l’effondrement de la littératie dans la vie de Cécile. Nous constatons plutôt que l’adolescente a incorporé un savoir littératien qui lui sied mieux que les lectures philosophiques; l’écriture. Avant d’apprendre la fin funeste d’Anne, elle suggère à Raymond de lui écrire une lettre pour se repentir.

Sans finir de manger, nous repoussâmes la nappe et les couverts, mon père alla chercher une grosse lampe, des stylos, un encrier et son papier à lettres et nous nous installâmes l’un en face de l’autre, presque souriants tant le retour d’Anne, par la grâce de cette mise en scène, nous semblait probable. […] Tous les deux sous la lampe, comme deux écoliers appliqués et maladroits, travaillant dans le silence à ce devoir impossible : "retrouver Anne". Nous fîmes cependant deux chefs-d’œuvre du genre, pleins de bonnes excuses, de tendresse et de repentir. (BT, p. 148)

Une fois de plus, les technologies de l’intellect sont mises de l’avant afin d’assurer un passage concret entre le corps et la lettre chez ces protagonistes désaxés. Littéralement, une mise en scène se déploie afin de rendre la tentative de dompter ces corps « maladroits » par l’acte d’écriture fructueuse. Cette proposition de Cécile étonne. Elle aurait tout aussi bien pu proposer d’appeler Anne et de s’excuser en lui laissant un message vocal sur son répondeur. À la fin de leur session de rédaction, le téléphone sonne dans la villa. Par cet intermédiaire, le père apprend la mort de sa compagne. Cette juxtaposition importe d’un point de vue graphique; elle informe le lecteur qu’un choix a été privilégié par la protagoniste. Elle se tourne du côté de l’écriture plutôt que de la parole pour exprimer ses sentiments. Cette décision souligne un changement important en elle : même sans la présence d’Anne, son initiation à l’univers littératien est irrévocable. Par le fait même, l’écriture laisse voir la capacité d’introspection qui grandit chez la jeune fille sans qu’Anne soit auprès d’elle. De cette façon, l’écrit vient substituer la place de cette figure maternelle écartée par Cécile. L’oblique tend à se rapprocher de plus en plus de la ligne droite, mais de manière volontaire cette fois-ci. Ce moment nous permet également de noter la réinscription symbolique du corps d’Anne par l’écrit. L’écriture comble son absence dans la maison de vacances. Raymond et Cécile, en rédigeant cette lettre, renouent avec cette filiation familiale rompue par la trahison du père. L’acte d’écriture comble ce manque de manière symbolique. Le coup de téléphone annonce que cette tentative de réconciliation est vaine. Le vide laissé par le départ d’Anne devient définitif et l’écrit ne peut y pallier, ce qui explique l’effacement de son corps dans la page même du livre.

Du reste de cette nuit, je me souviens comme d’un cauchemar. La route surgissant sous les phares, le visage immobile de mon père, la porte de la clinique… Mon père ne voulut pas que je la revoie. J’étais assise dans la salle d’attente, sur une banquette, je regardais une lithographie représentant Venise. Je ne pensais à rien. Une infirmière me racontait que c’était le sixième accident à cet endroit depuis le début de l’été. Mon père ne revenait pas. (BT, p. 149)

Le père ne veut pas que sa fille voit le cadavre d’Anne. Cette position autoritaire n’est que la deuxième perceptible dans l’œuvre entre la figure paternelle et sa progéniture. Ainsi, seul Raymond observe le corps de sa défunte compagne. Son témoignage permet ensuite de compléter légalement des documents qui attestent et officialisent le décès d’Anne. Une fois de plus, l’écrit et le corps se complètent au lieu de se subdiviser. L’un dépend de l’autre pour que les rouages du système juridique fonctionnent comme le prouve le travail de Jack Goody. En interdisant à sa fille de la voir, il y a une éjection du corps d’Anne de la page écrite. Cécile est la narratrice : si elle ne voit pas le corps décédé, celui-ci ne peut être représenté dans le roman. Par conséquent, il disparaît de la page du livre. Ce trou est remplacé par la lithographie de Venise. Il est intéressant de noter que c’est le dessin qui prend la place vacante du corps d’Anne dans l’œuvre littéraire. Cela ne va pas sans évoquer son métier de designer, qui mise sur une création graphique avant d’en venir au vêtement qui couvre la peau. Le portrait graphique complexe du personnage d’Anne et de Cécile confirme l’amalgame de l’oralité et de l’écrit au sein de l’individu. À la clinique, l’imaginaire de la jeune fille représente ce corps décédé par la courbe du dessin plutôt que par l’horizontalité des lignes d’un livre ou de la loi, tous deux personnifiés par Anne. La place redevient libre auprès de Cécile après la disparition définitive d’Anne au sein de la dynamique familiale qui était réinstaurée depuis peu. La jeune fille tente par tous les moyens de la combler : par les lettres, puis par la lithographique. Ultimement, ces tentatives d’association la mènent à écrire les évènements qui ont marqué ses vacances.

Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. C’est un sentiment si complet, si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l’ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres. Cet été-là, j’avais dix-sept ans et j’étais parfaitement heureuse. Les « autres » étaient mon père et Elsa, sa maîtresse. (BT, p. 11)

 Nous en venons maintenant à la voix narrative de ce roman qui marque une transition importante dans l’évolution graphique de Cécile. Cette œuvre littéraire met en scène une écriture à la première personne du singulier qui survient à la suite d’un évènement troublant. Ce retour en arrière, grâce au texte, s’exprime par la présence d’un champ lexical portant sur le souvenir et la mémoire. Le temps des verbes dans l’écriture de Bonjour tristesse abonde dans ce sens, car ils sont majoritairement à l’imparfait ou au passé simple. Les intrusions au présent permettent à la narratrice de souligner au lecteur la conscientisation qui a pris place en elle durant cet été. La déictique s’illustrant par le mot « aujourd’hui » confirme la distance entre le temps de l’écriture et le temps du roman, représenté par la période de vacances sur la Côte d’Azur. L’acte d’écriture entrepris par la narratrice la situe dans l’univers littératien  auparavant rejeté. Ce texte, sous la forme de confidences, concentre toutes les expériences corporelles vécues par la narratrice à la villa. La jeune fille nous décrit, entre autres, son initiation à la vie sexuelle par première relation sexuelle qui se déroule avec Cyril. Elle traduit cette corporéité en mots, donc elle insère le corps dans la lettre. En s’appuyant sur la raison graphique, qui guide notre lecture de l’œuvre depuis le tout début, cette construction littéraire surprend de la part de Cécile. Elle contredit sa volonté de se rebeller contre Anne en plus d’accueillir une domestication de son corps, jusque-là refusée. À son tour, elle intègre la ligne droite par la mise en page de son histoire. Cette intégration nouvelle souligne la duplicité au sein de l’instance narrative qui tente de faire le pont entre la période actuelle, celle de l’acte d’écriture, et l’été passé au bord de la mer. Quelques mois se sont écoulés entre ces deux instants puisque le roman se clôt quand « l’hiver touche à sa fin » (BT, p. 154). Le lecteur constate tout de même une distanciation importante entre la Cécile de dix-sept ans et celle qui est en train de s’écrire. Grâce à sa posture créatrice, elle semble user davantage d’un regard objectif sur les divers moments vécus à la villa. Cette posture se note, entre autres, par une temporalité précise dans le roman et la mention de l’âge de chacun des personnages. Tout comme ses expériences corporelles, Cécile les ordonne dans une linéarité fixe. Cette structure du texte contraste avec l’idée des vacances défendue par la jeune fille tout au long du roman. L’acte d’écriture facilite une distanciation entre l’adolescente et les expériences qui ont ponctué son été. Dans le premier chapitre de La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage, intitulé « Évolution et communication », Goody soulève la capacité d’organisation et, surtout, de rationalisation grâce au texte écrit.

Cependant, il est certainement plus facile de percevoir les contradictions dans un texte écrit que dans un discours parlé, en partie parce qu’on peut formaliser les propositions de manière syllogistique et en partie parce que l’écriture fragmente le flux oral, ce qui permet de mettre côte à côte et de comparer des énoncés émis à des moments et dans des lieux différents. (Goody, 1979, p. 50)

 Par la description de son été sur la côte, Cécile expérimente tous les éléments soulevés par l’anthropologue sur l’écriture. La mort d’Anne incarne un point de chute dans le parcours identitaire de la jeune fille. La mise en commun de plusieurs dialogues révèle sa tentative de cerner ce qui l’a encouragée à mener à terme son projet. En écrivant ses interactions avec Anne, sa relation avec son père et son idylle avec Cyril, Cécile semble superposer des indices pouvant la guider jusqu’aux fondements de sa haine contre sa belle-mère. Par conséquent, l’acte d’écriture permet à la narratrice de faire un retour sur elle-même. De ce fait, le temps de l’écriture se positionne dans l’oblique, entre le présent et le passé, tout comme la protagoniste. Ce parallèle souligne en quoi le livre porte le corps de la jeune fille tout comme les lettres de pardon, celui d’Anne. La forme temporelle éclatée du texte évoque un dialogisme chez la jeune fille qui accentue le changement identitaire en jeu. En utilisant l’écrit pour revenir sur cet évènement troublant, Cécile se réinscrit autrement dans l’univers littératien,  précédemment refusé quand il fut mis de l’avant par Anne. Par l’acte d’écriture, la narratrice s’intègre volontairement à la ligne droite. Cependant, cette appartenance au monde littératien se présente par la création plutôt que par l’éducation. Cette différence importante souligne le travail de ce personnage central : elle tente de mettre en place une voie alternative à celles encouragées par son père ou par Anne. L’acte de création incarne cette nouvelle possibilité. Cécile ne va pas pleinement du côté du savoir ni du côté de la loi défaillante du père. Elle se nourrit plutôt de sa position ambivalente pour créer une nouvelle avenue qui jumèle le corps du texte au corps de l’individu. Elle traduit son expérience complexe grâce à une posture métatextuelle qui lui permet de transposer ses sensations par l’écrit. Cette activité d’introspection, qu’elle trouvait ardue en compagnie d’Anne, trouve tout son sens dans la création du texte pour la narratrice. Elle s’approprie les sensations ambigües vécues qui font surface durant l’acte d’écriture.

Seulement quand je suis dans mon lit, à l’aube, avec le seul bruit des voitures dans Paris, ma mémoire parfois me trahit : l’été revient et tous ses souvenirs. Anne, Anne! Je répète ce nom très bas et très longtemps dans le noir. Quelque chose monte alors en moi que j’accueille par son nom, les yeux fermés : Bonjour Tristesse. (BT, p. 154)

Les mots « Bonjour Tristesse » terminent le roman Bonjour tristesse. Cette mise en abyme laisse le dernier mot à l’écrit qui se referme sur lui-même et qui ne fait plus qu’un avec le corps de la protagoniste. Cette corporéité s’illustre par l’émotion de tristesse avec laquelle le roman débute aussi. Une boucle se referme par l’expérience d’écriture. Il y a une mise en mots puis une mise en page des états d’âme de la narratrice qui l’inscrivent dans une linéarité importante. Une ligne droite toutefois ponctuée de courbes et d’obliques justifiant l’image de la boucle. Le roman se conclut sur une émotion prégnante qui l’habite depuis le décès d’Anne. Le corps de la lettre se fusionne à celui de la narratrice pour former un tout. Cette évolution de la position de Cécile tout au long du roman souligne en quoi ce personnage paraissant le plus anti-littératien, à première vue, peut s’avérer traversé de toute part par l’écrit. Par son projet d’écriture, Cécile met de l’avant l’idée que le corps et la lettre sont dépendants et l’accepte plus que jamais.

Grâce aux travaux de Jack Goody sur la raison graphique, nous avons adopté une grille de lecture spécifique du roman Bonjour tristesse. En portant attention aux tensions entre le corps et l’écrit dans ce roman, nous avons pu aborder d’une manière différente des conflits universels entre une adolescente et l’instance parentale. En se basant sur l’ouvrage La logique de l’écriture. Aux origines des sociétés humaines, nous avons relevé la loi paternelle défaillante sur laquelle se positionne d’abord Cécile. En constatant l’inadéquation avec le texte juridique, nous avons défini Raymond et sa progéniture comme des personnages anti-littératiens. L’arrivée d’Anne Larsen au sein de cette cellule familiale éclatée a remis en perspective cette hypothèse de départ. Sa valorisation du savoir et son incorporation de la ligne droite viennent contester l’abîme dans lequel Cécile se conforte. En encourageant la jeune fille à étudier et en planifiant un mariage avec Raymond, Anne réinsère ces personnages désaxés dans la loi et dans la ligne droite. Cet équilibre ne dure pas. Cécile ne peut accepter ce chamboulement dans sa vie qui l’oblige à chanceler entre son père et Anne. Son désir obsessif, l’amenant à planifier l’éloignement d’Anne de la vie de son père, se conclut par un accident de voiture. Cet évènement tragique marque la sortie ultime d’Anne de la ligne droite qui coïncide avec l’adoption d’une linéarité par l’écriture chez Cécile. Notre lecture de Bonjour tristesse nous permet de considérer la complexité des interactions entre les personnages par cette superposition du corps et de l’écrit, qui, de prime abord, dans l’imaginaire populaire ne semble pas pouvoir s’amalgamer. La colère de la narratrice contre Anne prouve bien ce clivage. Cette émotion laisse place à une évolution chez Cécile, qui jumèle le corps à l’écrit, donc un équilibre possible à atteindre. Il se peut aussi que l’écriture soit une manière de contourner l’impossibilité d’atteindre la dernière étape du rite de passage : l’agrégation. Par le décès d’Anne, Cécile est contrainte au statut liminaire. Victor W. Turner s’est intéressé aux phases liminaires dans la tribu des Ndembu en Afrique centrale. Il décrit la posture dans laquelle doit se trouver l’individu en état de changement comme « une table rase, une page vierge, sur laquelle on inscrit le savoir et la sagesse du groupe » (Turner, 1990, p. 103). Cécile métaphorise la page blanche qui tente de s’inscrire par soi-même dans la société. Cette écriture nécessite tout de même un destinataire, soit le lecteur. Il se peut que l’agrégation de la narratrice de Bonjour tristesse passe par une instance métatextuelle plutôt qu’à l'intérieur du roman.

 

BIBLIOGRAPHIE

Texte à l’étude :

Sagan, Françoise, Bonjour tristesse, Paris, Julliard, coll. « Pocket », 1954, 154 p.

Corpus théorique :

Bras, Pierre, « Le capital féministe au XXI ͤ  siècle : Primauté de l’égalité des sexes », L’homme et la société, n˚ 198, octobre-décembre 2015, p. 13-27.

Goody, Jack, « La lettre et la loi » dans La logique de l’écriture. Aux origines des sociétés humaines, Paris, Armand Colin, 1986, 197 p.  

⸻⸻⸻, La raison graphique. Domestication de la pensée sauvage, Paris, Minuit, 1979, 274 p.

⸻⸻⸻, Pouvoirs et savoirs de l’écrit, Paris, La Dispute, 2007, 269 p.

Privat, Jean-Marie et Marie Scarpa, «Le Colonel Chabert ou le roman de la littératie», Horizons ethnocritiques. Sous la direction de J.-M. Privat et M. Scarpa, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 2010, p. 161-206.

Privat, Jean-Marie, « Un habitus littératien? », Pratiques, n˚ 131-132, Décembre 2006, p. 125-130.

Turner, Victor, Le phénomène rituel : structure et contre-structure, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Ethnologies », 1990, 206 p.

Van Gennep, Arnold, Les rites de passage. Études systématique des rites de la porte et du seuil, de l’hospitalité, de l’adoption, de la grossesse et de l’accouchement, de la naissance, de l’enfance, de la puberté, de l’initiation, de l’ordination, du couronnement, des fiançailles et du mariage, des funérailles, des saisons, etc., Paris, Picard, 1981, 288 p.

 

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