Université du Québec à Montréal

Les rouages de l’ensauvagement dans «Claudine s’en va» de Colette et Willy: texte de loi et écriture de l’intime

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Considérer le monde et l’écrire, le raconter en cherchant à se coller au réel ou encore à en dégager la poésie, en conserver une vision écrite, c’est ce que la littérature propose. Il y a là un passage du tangible vers la graphie qui, si l’on ne prête pas attention, parait unidirectionnel, un sens unique linguistique de l’objet au signifiant puis au signe, passage dont les mécanismes semblent aller de soi. Un changement de perspective, une simple déviation de cette idée peut tout bouleverser et c’est ce qui se produit quand nous examinons les théories élaborées par, entre autres, Jack Goody, celui que l’on considère comme le père de la raison graphique. 

Dans l’ouvrage La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage1, Jack Goody montre comment le monde, les sociétés, si elles sont décrites, écrites et racontées par les mécanismes de l’écriture, sont aussi forgées par elle, par les graphies millénaires dont toute société fait usage, voire même par les graphies naturelles: le ciel, les reliefs, le tracé des rivières. Il montre comment la relation entre les sociétés et l’écriture sous toutes ses formes est circulaire, et comment leurs frontières sont perméables. Cette perspective permet de mettre en lumière le rôle de l’écriture dans la structure d’un récit d’une manière semblable à celle qu’a l’écriture de structurer une société. Les rouages de cette mécanique opèrent dans Claudine s’en va2, roman paru en 1903 et avant-dernier tome de la série des Claudine écrite par Colette, de façon intéressante, à travers deux documents fondamentaux qui agissent sur les personnages, sur le récit, et sur qui les personnages agissent à leur tour. Nous montrerons comment ces documents sont les rouages qui permettent à l’action d’avancer, qui dictent les actes des personnages et comment ces personnages s’appuient sur ces mêmes documents pour rebondir. Précisément, il s’agit d’examiner l’emploi du temps et le journal d’Annie.

Avant de poursuivre, une brève mise en contexte s’impose afin de mieux pouvoir plonger dans le texte. La série des Claudine se compose des romans suivants: Claudine à l’écoleClaudine à Paris, Claudine en ménage, Claudine s’en va, et La retraite sentimentale. Claudine est une jeune fille que l’on pourrait dire ensauvagée s’il nous était permis de croire qu’elle fût déjà un jour domestiquée. Mais quiconque la connaît sait qu’elle est un être sur qui le terme «domestication» ne collera jamais. Sans mère et ayant pour père un homme bourru, aimant, intellectuel passionné et père négligent, Claudine va dans le monde en ne suivant jamais que ses propres règles, déjouant les codes sociaux, les bonnes manières, les bonnes mœurs, refusant allègrement tout ce qui la «rebute» sans honte aucune. Son passage à l’école du village restera gravé dans les mémoires des autres élèves et des institutrices (ainsi que dans le mobilier) longtemps! Elle y est extrêmement performante, beaucoup plus instruite du côté de la littérature que ses maîtresses, et complètement imperméable à toute forme d’autorité. Elle possède le don de se faire aimer bien que ce que vous pensez d’elle ne l’intéresse nullement. Elle vit dans le monde, mais en suivant sa propre voie, candide et exigeante, drôle et tourmentée, elle parle fort et mange beaucoup, garde ses cheveux coupés à la garçonne et aime éperdument son mari, ce qui ne manque pas d’éveiller l’indignation du milieu bourgeois dans lequel elle évolue. Voilà pour un portrait très sommaire de Claudine.

Cela dit, le personnage principal du roman est Annie. Il s’agit d’une jeune femme qui gravite, avec son mari Alain, dans le même cercle social que Claudine. Sur la quatrième de couverture du roman figure la description suivante: «Annie adore Alain, son mari. Elle est complètement sous sa domination et ne sait qu’obéir.3» Annie n’est en effet au départ rien d’autre que la feuille de papier sur laquelle Alain écrit. Cette métaphore ici librement énoncée s’ancre très visiblement dans le texte. Ainsi, de page en page, le corps d’Annie est dépeint comme un corps plat, mince, qui ne fait que plier: «Voici une photographie de ce temps-là. J’y suis brune et sans épaisseur, comme maintenant, […]4», «Mon cou flexible, mes bras pendants, ma taille un peu trop mince et qui plie […] jusqu’à mon teint de petite esclave me prédestinaient à obéir.5», rappelant la feuille fragile, mais rigide. De fait, Michel De Certeau, dans L’invention du quotidien, dit ceci: « […] le droit se saisit des corps pour en faire son texte6». Alain, pour sa part, structure leur vie, gère les domestiques, les fréquentations, les sorties, les factures, Annie, ses dépenses, ses allers et venues, ses relations, ses amis, etc. L’écriture devient l’outil de domination qui agit sur le corps obéissant. Cela changera au moment où Alain sera appelé à aller régler une affaire de testament dans un pays lointain. Déjà, ici, le document écrit enclenche le mouvement du corps, mouvement qui initie la brisure, le désordre. Après quoi rien ne sera plus comme avant pour qu’à la fin Annie quitte son mari et parte vers une nouvelle vie, une renaissance en quelque sorte. Il y a donc la mort symbolique du couple Alain-Annie amorcée par un testament et dont l’agonie sera un long processus dynamisé par l’emploi du temps et le journal d’Annie. Le choix du document testament est signifiant parce qu’il se pose comme coupure entre la vie et la mort en plus de dévoiler ce qui reste après la brisure et comment distribuer le tout. Le voyage d’Alain aura un rôle similaire dans le déroulement de l’action. Déjà, l’écrit vient bouleverser les corps et les codes.

Le voyage durera plusieurs mois et le départ d’Alain laisse Annie dans un désarroi profond qui se lit comme suit dans l’incipit du texte: «Il est parti! Il est parti! Je le répète, je l’écris pour savoir que cela est vrai, pour savoir si cela me fera mal.7» Ainsi le geste d’écrire permet de connecter avec le corps puisque celui-ci ne ressent pas par lui-même. Le constat est clair et on en a la démonstration dès le début du texte: Annie ne sait pas qui elle est en dehors des directives d’Alain et c’est l’écriture qui crée littéralement sa réalité, ses sentiments, qui crée le lien avec son corps. Un passage de la première page dit ceci, alors qu’Alain est dans ses préparatifs et s’interrompt pour parler à Annie: «"Mon Dieu, quelle pauvre figure vous me faites. J’ai plus de chagrin de votre chagrin que de mon départ." Je n’avais pas de peine, puisqu’il était encore là. À l’entendre me plaindre ainsi je frissonnais, repliée [comme un feuille] et craintive, je me demandais: " Est-ce que vraiment je vais avoir autant de chagrin qu’il le dit? C’est terrible."8» En présence d’Alain, Annie se définit à la lumière du cadre qu’il lui impose, et en son absence elle doit écrire pour accéder au savoir, au réel. Or Alain, toujours prévoyant, prend soin de laisser des directives à Annie et rédige un document intitulé Emploi du temps auquel Annie devra se référer quotidiennement:

Juin – Visites chez madame X…, madame Z…, et madame T … (important).

Une seule visite à Renaud et Claudine, ménage réellement trop fantaisiste pour une jeune femme dont le mari voyage au loin.

Faire payer la facture du tapissier pour les grandes bergères du salon et le lit cané. Ne pas marchander, car le tapissier fournit nos amis G… on pourrait clabauder.

Commander les costumes d’été d’Annie. Pas trop de «genre tailleur», des robes claires et simples. Que ma chère Annie ne s’entête pas à croire que le rouge ou l’orange vif lui éclaircissent le teint.

Vérifier les livres des domestiques chaque samedi matin. Que Jules n’oublie pas de dépendre la verdure de mon fumoir, et qu’il la roule sous poivre et tabac. C’est un assez bon garçon, mais mou, et il fera son service avec négligence si Annie n’y veille pas elle-même.

Annie sortira à pied dans les avenues, et ne lira pas trop de fadaises, pas trop de romans naturalistes ou autres.

Prévenir à l’ «Urbaine» que nous donnons congé le 1er juillet. Prendre la victoria à la journée pendant les cinq jours qui précéderont le départ pour Ariège.

Ma chère Annie me fera beaucoup de plaisir en consultant souvent ma sœur Marthe et en sortant souvent avec elle. Marthe a un grand bon sens et même du sens pratique sous des dehors un peu libres. 9

Il s’agit de l’extrait fondamental du texte et nous verrons en premier lieu quel est son rôle dans le récit et comment il agit. Il s’agit de voir comment ce document pose les bases, dessine les frontières, trace le cadre qu’Annie n’aura qu’à faire éclater afin de s’en libérer. Bien qu’Alain utilise l’écriture pour continuer de dominer, pour que sa parole continue d’agir sur Annie, bien que l’écrit vienne ici prendre la place du corps, la distance physique, doublée des balises posées par l’écrit, est précisément l’élément qui permettra à Annie de se libérer. Le document vient en quelque sorte lui donner les instructions claires de sa propre transgression. D’ailleurs, Annie suivra à la lettre les consignes d’Alain et les transgressera une à une, presque dans l’ordre où elles sont écrites.

Le document qui viendra croiser cet axe est le journal d’Annie, qui est en fait le récit en lui-même, car la narration est assurée par le personnage d’Annie qui rédige ses observations et ses réflexions. Ces deux documents sont reliés entre eux, ils agissent pour structurer le récit et sont le canal de l’ensauvagement: Annie va non seulement utiliser le document du dominant aux fins de sa propre libération, mais l’acte d’écrire son journal, acte encore prescrit par Alain afin qu’il ait accès au quotidien de sa femme pendant son absence à son retour, permettra l’ensauvagement. C’est l’effet combiné de ces deux documents qui tracera la voie de la liberté à Annie. Soulignons, concernant le journal d’Annie, ce passage: «La journée de son départ n’est pas encore finie que me voici écrivant en cachette dans ma chambre, sur le beau cahier qu’il m’a donné pour que j’y tinsse mon "Journal de son voyage" et relisant l’emploi du temps que m’a laissé sa ferme sollicitude10.» Annie écrit en cachette, premier acte de transgression qui la mènera vers la liberté. Mais attardons-nous d’abord à l’emploi du temps.

Nous voyons qu’il commence par «Juin», ce qui laisse deviner que le document se structurera comme un calendrier sur lequel on ajoute des événements. Nous pourrions aussi dire que le document prend la forme d’une liste. Ces deux objets écrits sont déjà structurants pris l’un sans l’autre, qu’on les présente simultanément vient poser de façon très forte le cadre qu’Alain souhaite établir pour Annie. Jack Goody dans Que contient une liste? expose que «Le terme [liste] signifie aussi (troisième sens): "le bord, le liseré, l’ourlet d’un vêtement". Très près de ce sens, on trouve celui de "limite": ainsi, to enter the lists ("entrer en lice") signifie pénétrer dans l’aire délimitée pour le combat. L’idée de limite, ou plutôt de ce qui la rend plus visible11». Ce que Jack Goody dit ici est d’une grande importance pour l’emploi du temps qui pose les limites qui seront celles prévues pour Annie en l’absence d’Alain, mais qui les rend par le fait même visibles. Ce document, de par sa forme, va littéralement montrer, rendre visible, mettre en évidence pour Annie la voie de la libération. Tant qu’Alain était là, Annie ne voyait pas le cadre dans lequel elle évoluait alors que la perspective qu’offre l’absence de corps doublée de la présence de l’écrit lui permet de voir, de constater les frontières de ses possibles et de ses interdits. Goody, sans imposer de catégorisation rigide, place la liste du côté de l’informatif plutôt que de l’oralité: «Ce qui caractérise la présentation sous forme de liste, c’est que l’information doit en ce cas être traitée autrement que dans la parole normale, autrement aussi que dans les modes d’écriture qu’à première vue on peut considérer comme plus représentatifs, comme plus proches de la parole12.» Ainsi, Alain ne laisse pas de lettre, il laisse une liste. Il ne parle pas à Annie, il lui dicte ses recommandations. Il se distancie de la parole en utilisant une forme plus informative, tout en souhaitant que ce document se substitue à sa voix, à son corps. De fait, il y a donc l’action combinée d’une double distanciation: celle d’Alain d’avec la parole et le corps et celle d’Annie rendue possible grâce au document. De surcroit, le format de la liste crée un effet de froideur chez le personnage d’Alain, cela le place du côté de l’administrateur et lui enlève de l’humanité. C’est en cherchant cette humanité qu’Annie arrivera au constat de son emprisonnement.

Le calendrier vient quant à lui diviser le temps et le baliser, ainsi une heure a telle durée, une journée telle autre, et le voyage d’Alain telle autre, durées qui sont précises et ne laissent pas place à l’interprétation. L’emploi du temps vient donc littéralement baliser les gestes d’Annie en les dictant ET en les plaçant dans un cadre temporel. L’écrit a ici pour but de contrôler le corps tant dans ses actions que dans le temps. Michel De Certeau parle de «bornages», ces textes de loi visant à reconstituer les faits liés à une cause juridique, reconstitution pour laquelle on doit se rendre sur les lieux, physiquement. En parlant de cette forme de récit structurant, il dit ceci:

À envisager le rôle du récit dans la délimitation, on peut y reconnaitre tout d’abord la fonction première d’autoriser l’établissement, le déplacement ou le dépassement des limites, et, par voie de conséquence, fonctionnant dans le champ clos du discours, l’opposition des deux mouvements qui se croisent (poser et passer la limite) de manière à faire du récit une sorte de «mots croisés» (un quadrillage dynamique de l’espace) et dont la frontière et le pont semblent les figures narratives essentielles13.

C’est précisément ce que l’emploi du temps vient créer comme effet dans le récit. Bien qu’il ne soit pas exactement un «bornage» au sens où l’entend De Certeau, il se positionne comme texte de loi visant à structurer l’espace que le corps occupera, le tout dans un cadre temporel, donc à baliser les événements futurs plutôt qu’à reconstituer le passé comme dans l’exemple de De Certeau. Cela dit, l’opposition des deux mouvements qui se croisent, poser et passer la limite, illustre précisément la mécanique du récit qui nous occupe et ce jeu devient possible dès lors qu’on peut voir et identifier cette limite. Ainsi agit, dans une perspective formelle, l’emploi du temps.

Le document contient la liste de plusieurs éléments dont, d’abord, les visites qu’Annie doit rendre en l’absence d’Alain. Les visites et sorties sont très importantes dans la vie des bourgeois de l’époque et sont empreintes de codes qui assurent l’affirmation des liens et de la respectabilité de chacun. Autrement dit, il est primordial de faire bonne figure, de fréquenter les bons cercles, les bons salons, les bons concerts, afin d’assurer sa place dans la société mondaine. En l’absence d’Alain, cette responsabilité revient à Annie qui doit préserver l’honneur de son ménage en ne commettant pas d’impairs dans le monde. Or, nous nous doutons bien que la vie sociale n’est pas aisée pour Annie qui n’existe que dans l’ombre de son mari. Le texte montrera d’ailleurs que sous tous ces codes se cache une dépravation des mœurs, un éclatement des convenances que tout le monde sait, mais que personne ne dit jamais qu’à mots couverts et qu’Annie est la seule à ignorer totalement. Ses fréquentations, bien qu’organisées par Alain, seront aussi un rouage important du mécanisme par lequel s’opérera l’ensauvagement. Elle jonglera souvent avec ses activités sociales afin d’éviter Renaud et Claudine, mais finira par les voir souvent et ils participeront à son parcours vers l’émancipation. Le corps physique, impliqué nécessairement dans les activités sociales, commence lentement à prendre le dessus sur le code écrit, rendant certaines transgressions inévitables. En ce sens, le passage suivant parle de lui-même, alors qu’Annie se rend au premier salon de sa liste et qu’elle s’y sent très mal à l’aise: «Je veux partir aussi. Debout au milieu de ce cercle de femmes et d’hommes, je me sens défaillir d’embarras. Claudine voit mon angoisse, revient vers moi; sa main nerveuse agrippe la mienne et la tient ferme pendant que ma belle-sœur m’interroge14»  Notons d’abord qu’Alain s’adresse à sa femme à la troisième personne et que cela vient renforcer l’idée qu’Annie ne s’appartient pas à elle-même. Suivant les indications d’Alain, elle doit se considérer comme une entité extérieure de laquelle il faut s’occuper en suivant des étapes bien précises dont l’approvisionnement en vêtements. De plus, il s’agit d’une consigne supplémentaire visant à encadrer le corps par l’écrit. De Certeau fait état d’un travail immémorial «qui s’efforce de placer le corps (social et/ou individuel) sous la loi d’une écriture6», ce qu’Alain tente de faire ici et en général. L’habillement est un code social évidemment très lié au corps, sa présence sur l’emploi du temps devient naturelle. Il s’agit d’un cadre posé sur le corps, d’une façon de le contenir, de le soutenir, de le cacher ou pas. L’emploi du temps dit: «[…] pas trop de "genre tailleur" […]15» Ce  «genre tailleur» est une mode qui fait son apparition vers le milieu du XIXe siècle alors que le féminisme, l’urbanisation et la pratique du sport vont faire évoluer la mode vers le pratique. Le costume «genre tailleur», fait dans une laine semblable à celle utilisée pour les costumes masculins, devient au début du XXe siècle la pièce-clé de la mode féminine moderne. Il est fabriqué par les tailleurs pour hommes. Il est aisé de comprendre que ce vêtement soit sévèrement considéré par Alain qui limite pour sa femme la moindre avancée dans le monde. Suivre cette mode serait bien sûr suivre le courant de la modernité et d’une forme d’émancipation, mais viendrait aussi placer Annie dans un univers social plus large et donc repousser les murs du périmètre qu’Alain souhaite établir pour elle.

Le point suivant sur la liste stipule de vérifier les livres des domestiques et de les surveiller afin qu’ils fassent bien leur travail. Nous pourrions opposer que ce point redonne du pouvoir à Annie, mais un léger déplacement de perspective vers l’étude des rapports de force et du cycle de la violence systémique permet de constater que, pour que le mouvement du cycle se mette en branle, il est primordial d’y inclure des phases de «lune de miel16», en d’autres termes des étapes où le dominé croit reprendre du pouvoir sur sa situation. Cela pourrait contribuer à maintenir Annie dans l’obéissance en lui donnant l’impression qu’elle a autorité sur les domestiques. En même temps, en dehors de cette étude plus psychologique, nous pourrions analyser ce point comme un ordre de plus qu’Annie a la responsabilité de faire respecter, donc simplement un point d’ancrage de plus pour le cadre imposé.

Point suivant: «Annie sortira à pied dans les avenues, et ne lira pas trop de fadaises, pas trop de romans naturalistes ou autres15.» Point fort intéressant qui se divise en deux parties: «Annie sortira à pied dans les avenues» et la suite. Que signifie cette consigne de sortir à pied? Comment se déplaçait-on à Paris à cette époque si ce n’était pas à pied? Les autres moyens étaient soit des voitures à chevaux, des automobiles ou des omnibus à chevaux ou à moteurs, moyens permettant d’aller plus loin que ce que permet une sortie à pied. Cette consigne implique donc qu’Annie n’ira pas trop loin. L’emploi du temps vient tracer les frontières spatiales à l’intérieur desquelles il est permis de se déplacer. Les balises du corps se dessinent alors d’une nouvelle façon. Il y eut d’abord le corps dans le cercle social, ensuite le corps soumis aux règles vestimentaires, le corps dans la maison (avec les domestiques) puis le corps qui se déplace dans des limites tracées: celles permises par la marche, au-delà desquelles la distance avec la maison (ici envisagée dans une perspective à la fois symbolique et concrète) devient dangereuse. Cela rappelle un passage de De Certeau dans lequel il parle de la distance qu’offre, par exemple, la montée au sommet du World Trade Center avec la ville, en disant qu’elle permet de lire, d’être un Œil solaire, un regard de Dieu. Il poursuit en disant que c’est en bas, «au contraire (down), à partir des seuils où cesse la visibilité, que vivent les pratiquants ordinaires de la ville. Forme élémentaire de cette expérience, ils sont des marcheurs […] dont le corps obéit aux pleins et aux déliés d’un "texte" urbain qu’ils écrivent sans pouvoir le lire17.» Cela apparait éloquent en ce qui concerne l’importance pour Alain de maintenir sa femme au rang des gens ordinaires, de ceux qui ne lisent pas ce qui se passe autour d’eux ni en eux. Le texte montre bien qu’Annie ne connait pas les codes sociaux de son milieu, qu’elle ignore tout ce qui s’y trame au-delà des apparences et que, de surcroit, elle ignore ses propres codes, ses propres sentiments. La restriction de son périmètre vient agir sur ses possibilités de distanciation, de perspective. La distance jouera un rôle clé dans la libération d’Annie puisqu’elle-même voyagera vers Ariège et s’éloignera donc de la maison, alors que symétriquement Alain s’en éloignera aussi, comme deux pôles qui se repoussent d’un même noyau. Notons, de plus, que la maison est aussi l’espace traditionnellement privilégié de la femme.

Toujours dans la perspective de limiter les possibilités pour Annie d’élargir son champ de vision, la deuxième partie de l’énoncé mentionne qu’elle «ne lira pas trop de fadaises, de romans naturalistes ou autres18». Si le document renchérit en limitant concrètement la lecture, nous insistons sur les termes «fadaises» et «romans». Il ne s’agit pas ici du simple mépris des genres prisés par les femmes. Roger Chartier, dans «Culture écrite et littérature à l’âge moderne19» nous dit, en parlant de la conquête de l’écriture par les femmes, que dans ce processus, «la lecture des romans ou l’assistance aux représentations théâtrales jouent un rôle essentiel20.» Selon lui, les œuvres de fictions proposent des modèles féminins différents et subversifs par rapport à ceux imposés aux jeunes filles, rôles auxquels les femmes peuvent s’identifier en dehors de l’autorité  des hommes de la maison, certes, mais aussi en dehors de l’autorité sociale. Ainsi donc Annie ne doit pas trop lire de «fadaises» ou de «romans» parce que, d’une part, ces lectures risquent de lui suggérer un autre modèle, un modèle subversif. D’autre part, le roman étant un genre privilégié par les femmes et méprisé par le reste de la société, dans un processus de «disqualification et d’exclusion qui rejette hors de la culture sacralisée, canonisée, les œuvres, les objets, les formes désormais renvoyées au divertissement populaire21.», il n’est pas bien vu que l’élite lettrée s’adonne à ce genre de lecture. L’énoncé précise encore ses balises en insistant sur le roman «naturaliste». Le Dictionnaire du littéraire22 nous apprend du naturalisme qu’il est «un terme employé au XIXs. pour désigner l’imitation de la nature dans le arts23.» et que le roman, «promu à une nouvelle notoriété, est investi par l’avant-garde (Gide), par les romanciers psychologues (Bourget) […]24». Le naturalisme veut décrire la nature, donc le corps, le tangible, il se veut même une démarche scientifique, donc souhaite donner accès au savoir, à la réalité la plus objective possible, dans une perspective qui intéressa beaucoup la sociologie de la littérature et la sociocritique25. Le naturalisme est donc à cette époque un genre émergent qui offre de nouvelles avenues pour penser le monde. La consigne d’Alain vient limiter l’accès à ces avenues dans le prolongement du cadre que trace l’emploi du temps. Il s’agit à nouveau de limiter l’ouverture sur le monde, de poser les œillères acceptables, cette fois en ce qui concerne la réflexion intellectuelle. La boucle se boucle en revenant sur Claudine dont l’emploi du temps limite aussi la fréquentation, pour mentionner qu’elle est une fervente littéraire. Son contact devient dangereux pour Annie.

L’énoncé suivant concernant les transports stipule qu’il faut donner congé à l’Urbaine le 1er juillet. L’Urbaine est une compagnie de voitures publiques à Paris, quelque chose de semblable aux taxis, à laquelle on pouvait s’abonner, tandis que la victoria est une voiture découverte tirée par des chevaux26. La victoria présente des éléments d’analyse intéressants lorsque l’on note qu’il s’agit d’une voiture découverte, ce qui implique que la passagère peut être vue donc qu’elle ne peut se déplacer de façon anonyme ou clandestine. Ainsi les yeux de la société se chargent d’établir pour elle les limites du périmètre et de valider le bien-fondé de chaque sortie. Le mode de transport prescrit vient une fois de plus se poser comme cadre sur le corps, ainsi que l’explique De Certeau: «L’auto, tel un corset, les moule aussi et les confirme à un modèle postural27.» Il parle ici des corps que les instruments sociaux viennent encadrer et modeler jusque dans leur posture pour les contenir dans les limites d’une réalité acceptable. Une deuxième définition du terme expose que la victoria est une plante aux feuilles géantes dont on dit qu’elle a les «bords relevés comme ceux d'un moule à tarte (Bot., 1960, p. 973 [Encyclop. de la Pléiade])24». Sans vouloir pousser trop loin l’analyse, il semble que la référence au moule, qui sert à donner forme, à contenir, qui prête son sens à l’expression entrer dans le moule, ne soit pas anodine.

Concernant le dernier énoncé, il faut noter que la sœur d’Alain, Marthe, est celle qui cache le plus de secrets et qui enfreint le plus les codes sociaux. Elle est aussi celle qui a le regard le plus critique sur son frère dans tout leur réseau social, ainsi que sur Annie et sur le couple qu’elle forme avec son mari. Marthe est, avec Claudine, celle par qui Annie verra le monde sous son vrai jour. Elle découvrira entre autres que Marthe trompe son mari, un auteur de romans qu’elle oblige à écrire en série et à coup de soixante lignes tous les jours sans faute afin d’assurer la survie du ménage. C’est aussi par Marthe qu’Annie apprendra qu’Alain l’a trompée pendant dix-huit mois avec une femme de leur cercle d’amis. C’est, enfin, Marthe qui poussera Annie à devenir sa complice dans sa relation avec son amant. L’explication se trouve sans doute à la page 11 du roman alors qu’on dit ceci: «En tout cas, elle joue de son frère avec un doigté infaillible, et je crois bien qu’Alain ne le devine pas28

À cette étape-ci les mots de De Certeau viennent déployer le lien entre les différents points de l’emploi du temps alors qu’il expose les appareils d’incarnation des codes sociaux, qui, pour les Réformateurs puritains du XVIIe siècle, servirent à recadrer une société considérée sauvage et dépravée. Leur projet était le suivant: «refaire l’histoire à partir d’un texte29.» De fait, l’emploi du temps dans son dernier énoncé veut précisément reformater une réalité dans laquelle les codes sont constamment enfreints en en imposant une nouvelle: Marthe est une bonne fréquentation pour Annie. De Certeau poursuit au sujet des instruments d’incarnation en disant ceci:

À cet égard, les vêtements eux-mêmes peuvent passer pour les instruments auxquels une loi sociale s’assure des corps et de ses membres, les règle et les exerce par des changements de mode comme en des manœuvres militaires. L’auto, tel un corset, les moule aussi et les confirme à un modèle postural. […] Où s’arrête l’appareil disciplinaire qui déplace et corrige, rajoute ou enlève dans ces corps, malléables sous l’instrumentation de tant de lois? […] Peut-être, à la frontière extrême de ces écritures inlassables, ou les trouant de lapsus, y a-t-il seulement le cri: il échappe, il leur échappe.30

Nous voyons bien ainsi comment chaque point de l’emploi du temps s’empare d’un outil, de ce que De Certeau appelle un instrument d’incarnation, afin de façonner l’environnement dans lequel il permet au corps d’Annie d’évoluer. Cet extrait pose la question qui mène à la seconde partie de l’analyse: Où s’arrête l’appareil disciplinaire qui déplace et corrige, rajoute ou enlève dans ces corps, malléables sous l’instrumentation de tant de lois? Nous l’avons souligné plus tôt, l’emploi du temps, certes, pose les limites du cadre, mais par le fait même il les rend visibles. Lorsque De Certeau tente une réponse en disant que l’appareil disciplinaire s’arrête peut-être aux frontières extrêmes de ces écritures inlassables, cela implique de voir ces limites. Maintenant que le cadre est visible, la question est la suivante: comment Annie arrivera-t-elle à voir à son tour, puis à repousser ces limites, à faire enfin éclater ce cadre?

La réponse se trouve dans journal d’Annie, deuxième document structurant du texte. Alain offre un cahier à Annie pour qu’elle rédige un journal pendant son voyage à lui. Nous avons bien vu comment l’écriture peut devenir l’outil de la domination, l’instrument d’incarnation de la loi, de l’ordre. Or Roger Chartier dans «Culture écrite et littérature à l’âge moderne19» invite à repenser cette opposition:

L’écriture n’est pas tout entière du côté de l’ordre imposé, des stratégies des puissants, de la coercition et de la discipline. Elle peut être aussi, en dehors des autorités ou contre elles, un recours pour les plus démunis, une ressource mobilisable pour que soit moins inquiétant le cours de choses, moins périlleux les aléas de la vie.31

Si l’apprentissage de l’écriture est une entreprise difficile, Chartier nous dit que lorsqu’elle est maîtrisée, elle offre un meilleur contrôle sur sa vie. Annie sait écrire au sens où elle maîtrise le code, cela dit la rédaction de son journal lui apprendra à s’écrire elle-même dans l’émancipation du patriarcat imposé par Alain et, dans une perspective plus large, par la société. De fait, si Chartier interroge «la relation entre les pratiques de l’écrit, la conscience de soi et l’expression de l’expérience intime32», il affirme que cette interrogation est  «particulièrement aiguë dans le cas des femmes dont l’expérience doit s’énoncer, sans écart, en conformité avec les modèles que proposent les discours chrétiens et l’ordre patriarcal33

Ainsi donc, voyons ce que le texte propose en ce qui concerne le processus d’écriture d’Annie. Quelques jours après avoir réussi, aidée par Claudine, à quitter le salon où elle se trouvait si mal à l’aise, elle reçoit un message de Marthe qui dit qu’elle ne peut aller la rejoindre chez elle et l’invite à la rejoindre chez Claudine. À la suite de quoi Annie écrit ceci: «Une image outrageante ne m’eut pas plus troublée que ce papier bleu. Chez Claudine! Marthe en parle à son aise; l’"emploi du temps" dit… Que ne dit-il pas?34» Le regard d’Annie se pose sur la limite, la voit, et en cherche déjà l’extérieur. La distance que permet l’écriture éloigne Annie de son quotidien et la force à s’interroger: «Le rendez-vous donné par Marthe, dois-je le considérer comme une visite officielle à Renaud-Claudine?35» Le mot «officielle» retient l’attention alors qu’Annie cherche à jouer avec les concepts afin de se donner la permission de transgresser. Elle commence à s’approprier le langage pour qu’il obéisse à de nouvelles règles: les siennes. L’acte d’écrire opère le début d’une lente reprise de pouvoir: «Non… Si… Je m’agite, je cherche à biaiser, craignant de fâcher ma belle-sœur, redoutant Alain et ma conscience35» (notons l’amalgame Alain-Conscience) «[…], mais ma conscience débilitée, et si peu au fait du chemin à suivre, cède à l’influence de la plus proche35» Annie, habituée de fonctionner dans un périmètre restreint, cède ici à ce qui la rassure le plus: ce qui se trouve à proximité, Marthe. Ici, la distance vient se poser de façon très claire comme un obstacle à la domination. Alain s’éloigne, son corps s’éloigne, il n’est donc plus aussi naturel de lui obéir. Si Alain a tenté d’écrire le temps en le balisant sous la forme d’un calendrier, le journal, autre forme d’écriture du temps, plus intime, plus près du soi, révèle l’autre pendant du mécanisme de transgression: la distance. L’extrait se poursuit alors que la proximité a déjà légitimé l’ébranlement d’une première frontière, pour la faire éclater complètement: «elle cède surtout au plaisir de voir cette Claudine qu’on me défend comme un livre libre et trop sincère…35» Ici encore Annie voit parce que l’emploi du temps dicte, révèle, elle fait même un lien inconscient entre certains interdits (les livres et Claudine).

Plus Alain s’éloigne, plus c’est précisément cet éloignement qui justifiera les libertés que prendra Annie, c’est cette distance qui sera même invoquée par les autres personnages pour convaincre Annie de se permettre l’affranchissement: «Puisqu’il n’est pas là, ton mari, laisse donc…36» Ici c’est Marthe qui insiste et Annie qui cèdera: «O mon Emploi-du-Temps! Je saurai me faire pardonner.35» Sentons-nous une pointe d’ironie dans cette affirmation? Nous pouvons dire, en tout cas, qu’une certaine liberté transparait dans la modification que fait Annie de sa façon d’écrire «Emploi-du-Temps», lui octroyant des majuscules et des traits d’union et le transformant ainsi en nom. Elle s’approprie le terme en le modifiant et le met à distance en l’évoquant comme on évoque quelque chose d’extérieur à soi. L’action de nommer implique une forme de catégorisation qui nécessite de voir ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas. Annie sait, maintenant, qu’elle n’est pas l’emploi du temps et elle peut donc se permettre d’en modifier la graphie. Ce faisant, elle prend une nouvelle distance avec le document qui doit tenir lieu de corps. Le document et la maison, axes gravitationnels d’Annie, sont le noyau duquel Alain et Annie s’éloignent en même temps dans des directions opposées, comme si la distance physique enclenchait le mouvement d’émancipation de l’esprit de façon et à une vitesse quasi symétrique. Cette distance, si elle n’est jamais nommée en kilomètres précisément, est écrite doublement dans l’emploi du temps et dans le journal. Ces deux documents sont donc encore une fois liés est c’est leur action simultanée qui mécanise le récit. Ce récit s’incarne par l’action de rédiger le journal. C’est donc Annie qui raconte cette histoire. De Certeau, parlant du récit, dit que son rôle premier est d’ouvrir «un théâtre de légitimité à des actions effectives37» et que la narrativité «continue à se développer là où il est question de frontières et de relations avec l’étranger38». Cela concorde avec les rouages du récit qui nous occupe. Annie donne légitimité à des actions interdites en écrivant, en ouvrant par le fait un même cet espace de légitimité dont parle De Certeau. Cette écriture est rendue possible par la distance (physique) que prend Alain, qui permet la distance (perspective, réflective) d’Annie. Celle-ci prendra aussi une distance physique avec la maison, nous l’avons mentionné, alors qu’elle partira dans une station thermale en Ariège, pour ensuite se rendre à Bayreuth dans un festival, le tout avec Marthe. Claudine et d’autres amis se trouveront présents aux diverses étapes de ce voyage, qui participera bien sûr à l’affranchissement d’Annie alors que la distance s’accroit avec son environnement habituel et donc avec la cadre d’Alain. Elle sort des frontières dessinées par l’emploi du temps. Alain avait certes prévu ce voyage pour sa femme, il n’en reste pas moins qu’Annie sort de Paris, de son quartier, de son monde. L’éloignement n’est pas le seul facteur qui orientera sa prise de liberté, il y a aussi la proximité que ce voyage oblige avec Claudine, Marthe et les autres. Les codes parisiens y sont moins opaques et les intimités plus évidentes, plus obligées. Ainsi Annie sera beaucoup plus proche des diverses intrigues amoureuses que son cercle social cache, beaucoup plus proche de la franchise de Claudine, et de celle de Marthe qui finira par lancer à Annie l’infidélité prolongée d’Alain, qu’elle ignorait. Annie quittera alors le groupe pour rentrer à Paris, vérifier la véracité des faits dans la correspondance d’Alain (elle fera sauter la serrure de son secrétaire et répandra ses lettres dans un désordre complet pour enfin trouver les preuves qu’elle cherchait) et organisera sa sortie. Sortie de Paris, sortie de son couple, sortie de sa vie.

Il y aurait tant à dire sur ce texte, l’analyse de la trajectoire Paris-Ariège-Bayreuth-Paris et les lignes franchies, brisées, transgressées, l’examen des dispositions de départ prises par Annie, la correspondance avec son mari et celle avec Claudine… la raison graphique offre de multiples perspectives d’analyse qu’il ne nous est pas possible d’envisager toutes ici. Notons simplement cette phrase de Roger Chartier qui résume si bien les actions simultanées des documents écrits dont nous avons exploré les mécanismes:

La conquête de l’écriture par les femmes ne permet donc pas seulement un rapport avec le monde soustrait aux rôles exercés par les hommes de la maison (père, frères ou mari), mais aussi la possibilité d’écrire, donc de lire, sa propre vie et, ainsi, de se définir en tant que personne.39

Est-ce à dire que l’ensauvagement implique toujours des frontières à repousser, à déformer, à éclater? Est-ce à dire que l’ensauvagement n’est possible que si la ligne existe? Dans le cas d’Annie, sans doute, il a fallu que les limites du cadre apparaissent au grand jour pour qu’elles puissent être franchies. Ce sont les axes (encore les lignes…) croisés de l’écriture, de la lecture et de l’écriture encore qui ont rendu cette libération possible. Michel De Certeau parlait de mots croisés, reprenons cette analogie en disant que cette grille s’applique brillamment à l’examen du texte de Colette.

 

Pour citer ce document:
2016. « Les rouages de l’ensauvagement dans "Claudine s’en va" de Colette et Willy: texte de loi et écriture de l’intime ». Dans Imaginaire de l'écrit dans le roman. Carnet de recherche. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. 10/2016. <http://oic.uqam.ca/fr/carnets/imaginaire-de-lecrit-dans-le-roman/les-rouages-de-lensauvagement-dans-claudine-sen-va-de>. Consulté le 27 mai 2017.
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