Ailleurs sur le web
Journées d'études «Mobilités numériques: corps, imaginaire des villes et réalités hybrides»
Ces journées d'études (organisées par Renée Boursassa, Lorella Abenavolli, Josette Féral et Louise Poissant) ont lieu dans le cadre du groupe de recherche Effets de présence.
Lieu de l'événement:
Coeur des Science
Agora Hydro-Québec (Salle CO-R500) Membre(s) lié(es): Benoit Bordeleau
Nord/Sud: entre boussole et rose des vents
Des fines insécables
Sans en faire toute une histoire, à tout le moins laisser une trace…
Pour temps zéro, j’ai souhaité améliorer le rendu du texte des articles, au moment où la revue connaît un rafraîchissement majeur. Une des variables plus délicates à contrôler : la typo. Plus encore, je voulais dépasser la dualité espace/espace insécable pour favoriser un meilleur alignement des ponctuations. En typographie conventionnelle, on utilise des espaces fines (quart de cadratin au lieu de demi-cadratin ou, en numérique, cinquième au lieu de quart de cadratin) entre les mots et certaines ponctuations – guillemets, ponctuations hautes… Qu’en est-il en numérique ? C’est chose généralement négligée (euphémisme, quand on constate que même les insécables sont peu mobilisées, avec toutes ces ponctuations qui sont abandonnées en début ou fin de ligne, quelle engeance).
Quelques recherches me conduisent à un caractère Unicode inventé, surprise, pour la langue mongole (!) : l’espace fine insécable (ou pour les proches amis : U+202F ou, en décimale html, & #8239;). Petit test dans une page web beta : ça fonctionne chouettement.
Prochaine étape : trouver à faire digérer le code dans Lodel. Solution : un filtre php basé sur des expressions régulières. Fonctionne parfaitement (merci Dave, dieu des expressions régulières).
Après… ça se gâte. Le rendu est inconstant. Des machines avec mêmes versions de navigateurs rendent ou échappent les fines insécables. Pourtant c’est assez stable d’un navigateur à l’autre sur une même bécane. Hum… Après moult tests, le coupable s’appelle : police de caractères. J’accuse d’abord des versions différentes de polices d’un ordinateur à l’autre. Mais en fait, c’est plus pointu. Dans ma définition css, j’ai la séquence
font-family: ‘Georgia’, ’Times’, ‘Times New Roman’, serif;
Je finis par comprendre que Georgia ne supporte pas la fine insécable. Par cascade, c’est Times New Roman qui prend la relève… enfin pas toujours. Times n’a pas de fine insécable, serif générique non plus. Et les Times New Roman, c’est comme le chocolat, il y en a une variété incroyable, selon son mode d’installation (système, Adobe, MS, etc.).
Quelques tests plus tard, j’identifie deux possibilités pour gérer le truc.
1. Recourir à une autre police déjà mobilisée par la page – une police web
Dans mon css, pour les titres, j’appelle une police web (une police g00gle en l’occurrence : Open Sans). Vérification faite : elle supporte les fines insécables, yé. Alors on met dans la cascade et c’est réglé ? Pas si simple… J’appelle la police par une entrée de la balise <head> :
<link
href=’http://fonts.googleapis.com/css?family=Open+Sans:300italic,400italic,600italic,400,300,600&subset=latin,latin-ext’
rel=’stylesheet’
type=’text/css’
/>
Ensuite, si j’ai une entrée css qui dit < font-family: ‘Open Sans’; >, ça passe bien. Mais ça ne passe pas si ce n’est pas le premier terme d’une cascade… alors que la logique de la situation, c’est qu’Open Sans vienne à la rescousse uniquement si une police antérieure ne gère pas le caractère demandé.
Deuxième recours : une twist css3, à savoir remplacer uniquement et spécifiquement le caractère problématique par une autre police. Il s’agit d’utiliser @font-face en entrée de css et de convoquer une règle : unicode-range. Une merveille de puissance de gestion. Démo et exemple de code ici. Le pire, c’est que ça fonctionne… mais à certaines conditions.
D’abord, la façon, encore une fois, d’appeler la police. Des polices locales, passe toujours (voir plus bas). Mais des polices web ? Le bordel. Pas moyen de convoquer le lien fait dans l’entête de la page, la police n’est pas reconnue. On peut forcer ce lien en remâchant la référence à la police (merci, oh grand web, mais j’ai perdu où/comment faire) :
src: local(‘Open Sans’), local(‘OpenSans’), url(http://themes.googleusercontent.com/static/fonts/opensans/v6/u-WUoqrET9fUeobQW7jkRbO3LdcAZYWl9Si6vvxL-qU.woff) format(‘woff’);
Mais ça ne fonctionne pas plus. Autre solution : télécharger la police en local, sur le serveur, et y référer :
@font-face {
font-family: ‘test’;
src: url(‘OpenSans-Regular.ttf’) format(‘truetype’);
}
Yé, ça fonctionne… ! Et on peut même faire une cascade. Mais… deux problèmes : A. si on fait de la belle ouvrage, comme dit l’autre, il faut une série de formats de polices pour satisfaire les navigateurs (voir notamment ici). Quelle galère. B. Ben Firefox, il n’aime pas les @font-face – pas plus qu’Opera d’ailleurs. J’oubliais de dire : il faut, pour que la règle unicode-range soit appliquée, que cette police soit appelée en premier dans la cascade (c’est ce à quoi j’en suis venu par différents tests). La règle fait que ça ne s’applique qu’à la plage de caractères déterminée, les autres prennent la police suivante. Mais avec Firefox/Opera, qui ne digèrent pas la règle unicode-range, l’effet est qu’ils appliquent uniformément la première police de la cascade, et donc pas la bonne. Zutre. Et tant pis pour @font-face, pas assez supporté.
2. Recourir à une autre police locale.
Par dépit (avec l’incertitude des polices stockées sur les ordis de nos bons lecteurs), j’explore cette avenue. Ça semble facile. Après essais/erreurs, je découvre que, parmi les plus courantes, Arial, Helvetica, Verdana et Times New Roman supportent ma fine insécable. Je découvre également que sur Firefox (Mac, récent), on s’en moque des polices, puisque la fine insécable est toujours au rendez-vous…
Mais la vie concrète m’apprend que rien n’est jamais simple. En fait, sur les cas problématiques observés (d’autres apparaîtront sûrement…), il n’y a que Helvetica qui permette de bien gérer, pff. Donc il faut absolument mettre cette police en fin de cascade (après serif) pour assurer l’affichage des insécables. Solution trouvée, au prix de bien des sueurs.
Pour l’instant, ça fonctionne. Il resterait à tester pour l’ensemble des navigateurs, d’âges variés… Il y aura sûrement des situations où on échappera le contrôle. Au moins, le caractère n’affiche simplement pas (le code décimal reste silencieux). Et surtout il faudra vérifier, pour les copains bidouilleurs (merci aux idées générées sur twitter la semaine dernière), si ça passe sur les liseuses, de façon à améliorer l’expérience de lecture en contexte numérique. Amenez-en des défis.
(photo : « Blokbookovok », Gleb Kachaev, licence CC)
De galets et d'écume
«Traduire la poésie contemporaine: une expérience extrême…» — Conférence de Madeleine Stratford
Le Passé défini, un journal posthume adressé aux lecteurs de l’an 2000
Dans Le Passé défini, à l’exemple des autres journaux de Cocteau, un jeune et futur lecteur est interpellé fréquemment. Le poète utilise souvent le temps du futur simple lorsqu’il décrit la réception de son journal et recourt à diverses expressions pour insister sur l’appartenance de son lecteur rêvé aux générations à venir. Ainsi, les récepteurs programmés sont de «jeune[s] homme[s]», des «amis futurs», des «lecteur[s] encore né[s] d’un ventre». De plus, à l’exemple d’Opium, la fonction même du Passé défini est en étroite correspondance avec l’image de ce futur lecteur. Le but du dernier journal du diariste est «de bavarder avec les camarades futurs que [son] œuvre [lui] apportera». Par ailleurs, le destinataire idéal ne doit pas seulement être jeune, il doit surtout être posthume. L’image de ce lecteur est décrite dans plusieurs journaux de Cocteau.
Entre la honte et l’image
La came parfaite, disait William Burroughs, n’est pas un produit qui se vend au client, mais une marchandise pour laquelle le client serait prêt à se vendre au plus bas prix possible. Or la came parfaite, chez Arcan, c’est le désir même et ses signes extérieurs, tant du côté de la parade que de la convoitise. Mais comment se fait-il, quand on possède une telle intelligence de ces pièges, qu’on s’y laisse engloutir quand même?
Là-dessus, le mystère reste entier. Pas de réponse sur ce plan-là: juste l’affirmation, interrompue dramatiquement, de cette posture intenable.
La mort au kaléidoscope
Affirmer que l'écriture posthume chez Guibert s'inscrit dans un processus de deuil entraîne cette question importante: quelle mort anticipe l'auteur? Naturellement, et plusieurs études se sont penchées sur cette question, nous serions tentés d'avancer qu'il s'agit exclusivement de la mort engendrée par le sida. Les textes de Guibert publiés volontairement de manière posthume (Cytomégalovirus, Le paradis, Le mausolée des amants) sont effectivement écrits alors que l'auteur est très malade. Cela dit, une incursion dans ses textes «pré-maladie» nous indique que la mort s'inscrit dans son œuvre bien avant qu'il ne contracte le virus (1988). L'anticipation de la mort, chez Guibert, n'a donc pas seulement à voir avec la mort annoncée, elle se noue carrément au désir et à la démarche d'écriture, avant même que le sida ne s'impose dans son imaginaire et dans l'imaginaire collectif. Ainsi, l'écriture posthume s'instaure comme le miroir grossissant d'affects déjà disséminés dans l'entièreté de l'œuvre de Guibert: depuis ses débuts, l'auteur côtoie la mort dans ses formes symboliques.
Un roman inédit et inachevé de 1952 peut-il être avant-gardiste?
Depuis un an, j’ai entrepris un travail assez complexe, nouveau pour moi et éloigné de ma spécialisation d’enseignant-chercheur en linguistique. Il s’agit pour moi de publier ou de republier une partie des œuvres de mon père, le romancier Voltaire Deronne, alias Robert Reus (1909-1988). Les romans autrefois publiés, La Foire (1946; réédité en 2012) et L’Épidème (1947), ne trouveront à cette occasion «qu’» une seconde vie: ils ont déjà fait partie intégrante de la production littéraire de leur époque (La Foire a figuré au dernier tour du prix Cazes). Mais les œuvres inédites (une vingtaine d’œuvres de 1945 à 1960 puis de 1973 à 1988 environ) posent ce problème d’une éventuelle naissance «postmaturée» et donc du statut étrange des œuvres du passé apparaissant dans l’horizon littéraire d’une époque qui n’est plus la leur et à laquelle elles n’étaient pas destinées.
Un roman né posthume
Pendant dix-sept ans le dernier roman de Pasolini est resté inédit. Le 30 octobre 1992, les cinq cents pages du brouillon ont connu leur première édition, que René de Ceccatty traduit en français en 1995. Une polémique a immédiatement éclaté portant sur la légitimité d’une telle publication: pourquoi éditer une œuvre qui n’est qu’un brouillon? Pasolini aurait–il autorisé la diffusion d’un texte immergé dans un si profond inachèvement? Même le superviseur de l’édition, Aurelio Roncaglia, prend ses distances avec le texte. Le manque d’élaboration formelle accentuerait en effet, selon le philologue, l’«agressivité des provocations sur le terrain scabreux de l’eros et les insinuations politiques» présentes dans Pétrole. L’inachèvement aiguiserait la brutalité du roman et donnerait «une image imparfaite» de son auteur (Roncaglia, 2006: 607).
Posthume et postérité: un dialogue irrésistible
Dans ce jeu, l’expérience de lecture joue un rôle crucial: en effet, l’étude de ces deux cas peut nous indiquer que le contemporain est une question de réception, tenant d’une concordance heureuse entre une œuvre et la sensibilité du lecteur momentané. Sur le plan de l’investissement du lecteur il s’opère, ici, deux mouvements inverses: dans Suite française, le lecteur posthume est forcé de combler les lacunes du texte inachevé avec les connaissances fournies par l’histoire ou d’autres (nombreuses) œuvres de fiction sur les mêmes sujets, notamment l’occupation nazie, l’exode et la vie sous le gouvernement de Vichy et les déportations des Juifs de France. Ainsi le caractère posthume vaudra-t-il au roman l’inscription dans un contemporain permanent, car les lecteurs de plusieurs époques se le revendiqueront en tant que tel. Au mouvement du posthume vers le contemporain perpétuel s’oppose le mouvement inverse dans Les Bienveillantes. Pour bien s’expliquer ce qu’il vient de lire, le lecteur doit recourir au mythe et aller en dehors du texte en essayant de comprendre le refus du récit, annoncé par un narrateur quasi-contemporain, mais difficilement compréhensible dans ses idées et actes, profondément controversé en tant que narrateur, personnage, et même en tant qu’humain. Il faut donc faire le deuil du texte, laisser se décanter les impressions et les pensées, évacuer les réactions émotionnelles inévitables lors d’une lecture investie. Le posthume, alors, relèverait de la mort du texte, qu’il faut nécessairement attendre pour une lecture réussie de cette œuvre.
L'auteur n'est pas mort
Il semble impossible, en lisant Testament de Vickie Gendreau, de faire abstraction du contexte très singulier dans lequel le roman a été écrit. Quelle que soit la plateforme médiatique sur laquelle le livre est présenté (depuis La Presse et Tout le monde en parle jusqu’aux blogues undergrounds), le texte et son auteur paraissent partout indissociables: l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête de l’écrivaine –atteinte d’un cancer au cerveau– oriente la lecture du livre et justifie l’œuvre. Vickie Gendreau a rédigé son roman parce qu’elle est condamnée. Pondu en un été et publié en septembre 2012 au Quartanier, Testament témoigne de l’urgence de vivre, d’écrire, d’être entendue. À l’opposé de la publication posthume d’un roman inachevé, écrit par un auteur prématurément happé par la faucheuse, se trouve peut-être le type d’ouvrage publié par Vickie Gendreau, qui lègue mots et fennecs à ses amis dans une œuvre testamentaire publiée avant sa mort et dans la perspective de celle-ci.
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Dans Griffintown, la temporalité, comme l’exactitude factuelle et historique, n’est qu’un artifice, au même titre que le subterfuge du western. Seule compte l’inflation de la parole érigée en tant que folklore.
«Migrance en dérive» — Conférence de Catherine Khordoc à Ottawa
« Migrance en dérive : la pertinence du concept d’écriture migrante »
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Lancement de nos plus récentes publications!
Ce sera l'occasion de souligner la parution du Carnet des Quatre saisons, soit notre 11e carnet de navigation, le Dictionnaire de géopoétique issu du travail de Stéphane Bigeard ainsi que GARES, élaboré en collaboration avec l'artiste Sébastien Cliche.
Nous vous attendrons au pub L'Île noire (1649 rue St-Denis, Montréal) le lundi 8 avril 2013, dès 18h00.