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J’ai dans la tête un vieux sapin : herbier littéraire inspiré de Révolutions de Nicolas Dickner et Dominique Fortier

Véronique Dulude
couverture
Article paru dans Entremêlements du végétal et de l’écriture au féminin et queer, sous la responsabilité de Rachel Bouvet et Sophie Archambault (2026)

«Si on ouvrait les gens on trouverait des paysages. Moi, si on m’ouvre, on trouvera des plages», affirme Agnès Varda dans Les plages d’Agnès. On peut imaginer que d’autres contiennent des forêts, des îles volcaniques, des geysers, des déserts polaires. Moi, si on m’ouvre, on trouvera un lac. Je n’ai aucune hésitation sur mon paysage intérieur : liquide.

Annie Perreault, Les grands espaces

 

mon corps a le poids exact 
des paysages 
qui le traversent

Michel X. Côté

 

J’ai dans la tête un vieux sapin une crèche en d’sous
Un Saint-Joseph avec une canne en caoutchouc
Elle était mal faite pis j’avais frette
Quand je revenais d’passer trois heures dans un igloo
Qu’on avait fait deux ou trois gars chez Guy Rondou

23 décembre, Beau Dommage

 

Sapin baumier (1)

J’ai dans la tête un vieux sapin pas de crèche en dessous, mais trois petites filles avec des bottes en caoutchouc. Les reines mages d’un royaume invisible aux yeux de tous les autres. Elles érigent les murs d’une cabane imaginaire entre les troncs des conifères. Les deux ici, séparés de moins d’un mètre, marquent le pas de la porte de leur refuge. Le plus gros, juste derrière, c’est la poutre centrale. D’un côté, la cuisine. De l’autre, le salon. Pour aller d’une pièce à l’autre, on doit passer devant cet arbre. Interdit de passer à travers les murs, même ceux imaginaires. Une corde à danser devient une corde à linge. Un tas de branches, un feu de foyer. Le couvert des branches leur fait office de toit. 

Il pleut, jour de chance. Elles jouent aux enfants perdues et elles cuisinent de la soupe à la nature pour survivre. Elles placent leur seau sous la gouttière de la maison et récoltent la pluie. L’aînée est préposée au chaudron. Elle remue la potion à l’aide d’une branche tordue et dicte la recette à ses sous-chefs, ses deux petites sœurs, en charge de cueillir les ingrédients que la forêt leur réserve. Quatre-temps crémeux, douces épines de mélèzes, cocottes croquantes, merises acidulées, mottes bien sèches de lichen vert de gris, thé du Labrador pelucheux, thé des bois par poignées. Et parfois, si elles sont chanceuses, peut-être des vers de terre frémissants ou des champignons qui virent au bleu comme par magie lorsqu’ils sont coupés en deux. 

Une poignée de sable pour poivrer. Des roches blanches pour le goût. Et puis, la touche finale. Le secret d’une bonne soupe à la nature. À l’aide d’une branche pointue, les petites reines percent les bulles remplies de résine qui se forment sur le tronc de leur cabane. Les cloques explosent et déversent leur précieux miel. Quelques gouttes iront dans le mélange, mais une bonne partie fondra sur leur langue, leur arrachant des grimaces et des rires complices, laissant leurs doigts et leurs sourires tout gommants 

La gomme de sapin, c’est dur à faire partir. Ça colle encore à leurs souvenirs et à leurs histoires.  

 

 

Épinette noire (1)  

«Y’a des chemins qui deviennent des rues, et y’a des rues qui mènent à rien. Mais y’a des riens qui mènent chez nous, quand t’es là, c’est chez nous partout.» 

Il y a quelques années, j’ai noté ces vers de la chanson Dans la poussière d’Alexandre Poulin, les larmes aux yeux. Je venais de quitter ma forêt natale et mon chum du cégep pour la grande ville. Le bout de papier m’a suivie d’appartements en échecs amoureux, trainant toujours quelque part dans un tiroir ou sur le frigo à côté d’une photo de trois petites filles qui tiennent une perdrix devant un mur d’épinettes touffues.  

 

 

Sphaigne 

Tapis de mousse mémoire. Terre humide et feuilles mortes.  

L’odeur de la sphaigne conserve les secrets de la gelée du matin sur le lit de la forêt, des bûches fraichement cordées et des aurores boréales. Une odeur terreuse qui gardera éternellement les souvenirs des promenades en quatre-roues, des fous rires sur la mezzanine, des tisanes à la menthe bues en jouant aux cartes, de mon grand-père en combines qui se berce devant le poêle à bois, des thermos de thé Earl Grey partagés au mirador et des paparmanes cachées dans nos poches de manteau. 

Je rêve de m’y allonger, le temps d’une sieste, le temps d’une vie.   

De me glisser dans ses replis duveteux et humides et d’écouter le ruisseau couler, les renards passer et la pluie tomber.  

Les jours, les nuits et les automnes passeraient et je ne saurais plus si dix ou vingt ans se seraient écoulés. Cent ans, peut-être ? La mousse pousserait sur moi, me couvrirait tout entière, me protégerait du froid et de la vieillesse. Des racines d’épinettes s’enrouleraient autour de mes jambes, des petites pousses de thé des bois remplaceraient les poils le long de mon corps. Je me demanderais un jour si je suis là depuis la nuit des temps. Est-ce que cette vie d’humaine n’était qu’un rêve ?  

 

 

Bouleau blanc 

C’était tout près de la dam de castors juste avant le chemin du camp des gars de Rouyn. 

À l’époque, il n’était pas encore malade. Ou peut-être que si. Mais on ne le savait pas encore. 

On tombe dessus en courant après une perdrix. Une gélinotte, sûrement. Elles sont pas mal plus peureuses. Je ne me rappelle pas si nous l’avons eue. Le souvenir de la récolte a été complètement occulté par cette vision enchantée qui se trouvait devant nous quand on a fait demi-tour pour retourner au quatre-roues. Un bouleau blanc et un peuplier faux-tremble qui poussent entrelacés. Un tronc blanc et un tronc gris qui forment une torsade.  

On les baptise les deux amoureux.  

Chaque automne, on s’arrête pour se prendre en photo avec eux. Avec le gibier récolté. En t-shirt en plein mois d’octobre. Sous la première neige hâtive. Avec des sourires où il manque des dents. Avec notre nouvelle petite sœur. Avec grand-papa. Cela fait au moins quarante ans qu’il arpente ces bois et jamais il n’avait remarqué ces deux arbres tordus. 

Le cancer l’emporte à peine deux ans après cette photo.  

Peu à peu, on oublie de venir les photographier. Mais chaque année, à la fin de semaine de l’ouverture de la chasse, lors de la première patrouille en quatre-roues, on passe devant en les saluant d’un petit mouvement de tête solennel, comme pour faire honneur à notre vieille tradition.  

Cette année, quand je m’arrête pour aller les voir, je ne les trouve pas tout de suite. Les sourcils froncés, je retourne sur mes pas et je refais le chemin. Je mets quelques instants à comprendre que je ne m’étais pas trompée d’endroit. Le tremble est mort. Sa moitié supérieure est tombée. Il ne reste plus que le bouleau, son tronc blanc tordu qui s’effeuille enroulé autour du vide laissé par son compagnon des dernières décennies.  

Mes larmes tombent le long de la dam de castors sur le chemin vers le camp de ma grand-mère. J’ai connu ces arbres plus longtemps que je n’ai connu mon grand-père. Et lui, il avait connu cette forêt bien plus que nous. Dans les années soixante, il était venu bûcher ici. Peu après, il avait acheté un terrain et bâti un premier camp de chasse. Plus de cinquante ans et quatorze petits-enfants plus tard, nous sommes toujours là à marcher dans ses traces de skideuse, à se construire des cabanes et se chauffer avec les arbres qu’il nous a laissés.  

Le bouleau continuera de s’élever vers le ciel et d’étendre ses racines. Mais son tronc noueux portera pour toujours les marques d’une absence, témoin silencieux de qui a été aimé. 

J’arrête le quatre-roues devant le camp. Ma grand-mère et mon oncle jouent aux cartes à la table pendant que le souper termine de cuire. Mon père vient tout juste d’arriver de son après-midi à la tour. Il accroche son manteau près du feu, là où mon grand-père accrochait le sien. Une dernière larme roule sur ma joue. Nous serons là encore longtemps à semer nos rires et nos rêves au grand vent sur ce petit coin de forêt magique en s’enroulant autour de notre peuplier-fantôme.  

 

 

Sorbier d’Amérique 

Dans mon petit quartier tranquille, il n’y avait que deux sorbiers accessibles à nos petits bras d’enfants. Vers la mi-septembre, leurs branches étaient lourdes de fruits d’un rouge éclatant que les oiseaux venaient picorer. Juste à temps pour la chasse.   

L’un se trouvait au parc au bas de la rue, à côté des boites à malle. Celui-là était facile à dépouiller de ses fruits. L’autre était chez la voisine anglophone, tout juste de son côté de la lisière d’arbres qui séparait notre terrain du sien. Le vendredi soir, au retour de l’école, armées de ciseaux et d’un sac poubelle, nous faisions semblant de rien. Nous étions des espionnes en mission dangereuse. Le cœur battant, l’ouïe assourdie par l’adrénaline, nous nous faufilions entre les cèdres pour atteindre les branches garnies du sorbier. Clacclacclac, les grappes tombaient une à une dans notre besace. 

Prises de fou rire, impressionnées par notre propre audace, nous courions jusqu’au pick-up, où mon père était en train d’embarquer les quatre-roues dans le trailer. Un petit nœud et voilà, le sac était balancé entre la glacière et les fusils. La première chose que nous ferions, une fois arrivées dans la forêt, serait de lancer nos appâts à perdrix un peu partout dans les sentiers.  

 

 

Sapin baumier (2) 

J’ai dans la tête une petite cabane perdue au fond de la forêt boréale, cachée par une armée de conifères qui ploient sous les épaisses couches de neige crémeuses comme du glaçage à la vanille. Une cabane de sorcières qui sentirait les fournées de pain maison et la soupe chaude.  

Les journées s’étireraient doucement sur les sentiers de ski de fond et de raquette, et elles s’éteindraient lentement de l’autre côté d’un lac gelé où on irait boire du vin devant les bleus glacés qui virent au rose barbe à papa, avant de passer à l’orange brûlé et de s’estomper complètement.  

On ne se tannerait jamais de ces peintures. On resterait là, les fesses aussi gelées que le bout de nos pouces dans nos mitaines, jusqu’à ce qu’on finisse par perdre le compte des étoiles qui percent le ciel. On rentrerait paresseusement en s’enfonçant un peu à chaque pas, le sourire engourdi, le bout du nez rosi. On se pousserait à tour de rôle dans les bancs de neige, et on tirerait sur les branches de sapins pour se faire tomber des mini-avalanches dessus.   

Et au pas de la porte, après avoir secoué nos tuques et frappé nos bottes entre elles, on jetterait un dernier regard à travers nos cils givrés à la canopée enneigée éclairée par la lune, comme pour imprimer le dentelé de ses cimes dans notre tête, ou peut-être pour lui prêter serment silencieusement. À l’intérieur de notre havre, les craquements du feu se mêleraient aux dernières notes de nos chansons préférées, aux rires et aux larmes jusqu’aux lueurs de l’aube. 

 

 

Érable (1)  

Alpha, Bravo, Charlie, Delta, Echo, Foxtrot… Whisky, Xray, Yankee, Zulu.  

Et hop, nous faisons la chaîne à côté du quatre-roues. Nous rentrons les bûches sèches par la fenêtre du sous-sol où mon père tend les bras pour les prendre et les placer en cordes bien serrées. L’après-midi passe étrangement vite. Une bûche après l’autre, on pratique l’alphabet phonétique, ou on fait le tour de l’alphabet en récitant un personnage d’Harry Potter pour chaque lettre. Ensuite l’alphabet avec des titres de chansons. L’alphabet avec des animaux. La lettre N prend du temps. Un nours ? Un norignal ? Un nippocampe ? C’est finalement ma mère qui trouve. Un narval.  

 

 

Mélèze  

«La légende veut qu’un soir de mai 1999, aux alentours de vingt heures, la foudre aurait frappé le plus grand arbre de toute la rue, un mélèze d’une centaine d’années qui poussait à côté de la petite maison blanche où un jeune couple et leur bébé venaient tout juste d’emménager. Pendant une microseconde, il fit clair comme en plein jour. Le tonnerre gronda si fort que les murs et les fenêtres tremblèrent. La jeune mère cria. Son bébé se mit à pleurer. On aurait dit qu’une bombe avait été lâchée sur le toit. Le lendemain matin, le mari réveilla sa femme en la secouant. Le grand mélèze de leur forêt était étalé de tout son long devant la maison…» 

Mon père interrompt ma lecture au bout du fil.  

– Hahah ! Quoi ? Bin non il se rendait pas jusqu’à la maison !  

– Hein ?  

– Bin non, en plus il s’est cassé juste à moitié, et il est tombé dans la forêt. On s’en est pas rendu compte tout de suite. Ya fallu quelques heures quand même. On comprenait pas pourquoi les voitures ralentissaient devant notre maison. Les gens s’arrêtaient et regardaient longtemps du côté du bois. On a fini par sortir et on a vu ça toi, le tronc était fendu en deux dans le sens de la longueur et le top de l’arbre était tombé dans le bois. 

– Ça fumait tu encore ?  

– Bin non il avait plu.  

– Et vous avez fait du bois de chauffage avec pour l’hiver ?  

– Oui mais c’est ton oncle qui est venu parce que j’avais pas encore de chainsaw dans le temps. On a peut-être fait une petite corde avec.  

Je fronce les sourcils.  

– Juste ça ? La souche est tellement énorme, je pensais que pour un arbre de genre, cent ans, ça ferait plus de bois.  

– Cent ans ? Wow, non non non. Il devait avoir quarante-cinq, cinquante ans peut-être ? La souche est grande dans ton souvenir parce que tu jouais dessus quand t’étais jeune mais tu reviendras voir quand tu vas venir cet été, elle est pas si grosse que ça.  

– Quoi ? Est-ce qu’on peut encore compter les anneaux ?  

– Ouf, je penserais pas, il y a pas mal de mousse dessus maintenant. Ça fait quand même vingt-cinq ans là. J’ai peut-être encore les photos de quand c’est arrivé. Je vais t’envoyer ça si je les trouve.  

 

 

Vesce jargeau  

Petites fleurs mauves qu’on peut manger, mais attention, il y a souvent des fourmis dedans.  

 

 

Épervière orangée  

On en cueille les jours de deuil. Comme les coquelicots. Portées à la boutonnière le jour du souvenir de notre peuplier tombé. Grand-papa disait qu’elles sentaient le sucré et qu’elles annonçaient le printemps. Elles sont arrivées quand lui il est parti. Cette année-là, elles ont amené la mort. C’est peut-être pour ça qu’on les appelle parfois Devil’s Paintbrush ou King Devil 

Elles ont la couleur des couchers de soleil.  

Quand, parfois, à la tombée du jour, le soleil se retrouvait pris entre l’horizon et une ligne de stratus, grand-papa disait : «Le soleil se couche en clin d’œil. Ça veut dire qu’il mouillera pas demain». 

Il pleut encore au rang 4 quand les épervières se fanent.   

 

 

Myosotis (Forget-me-not)  

Habitikidoo, bottes de pine, barbeau, capine, cas’ de pouèls, yâbe, yinque, toute ou pentoute, ayoye don, gaz mixé, winchwindshire, le scring d’la porte patio, le sink d’la chambre de bain, frette, laitte, icitte, depuis une secousse, ou bedon, a’mettons, après d’faire, s’a sphate, au ras le poêle, attapeu, quessé ça, m’a wouère, er’gore en-d’sour, check-zy a face, face de crasse, t’as pas ferré, s’faire bumper, esti d’sans-dessein, faire du bécyc’, encore à’ bécosse, la gratte a passé, taper ‘a trail, s’a grand’ route, sul’ ch’min d’garnotte à mononc’, rentrer du bois, rentrer dans le bois, sortir du bois, virer d’sour, pogné dans swamp, donne du gaz, met le tchokedam de castors, kit à débite, pisse de jument, dans’ semaine tampon, y tombe des peaux d’lièvres, un p’tit quinze dans’ tour, une p’tite tétra, une mère pis un veau, un our’, deux p’tits onze pouces qu’on a r’mis à l’eau, un tit buck quat’ pointes d’l’an pâssé.  

 

 

Érable (2) 

L’érable se fait plutôt rare ici, dans notre climat boréal. Il pousse surtout dans les forêts mixtes. Mais c’est un excellent bois de chauffage. Plus dur et plus dense que le bouleau, il est plus calorifique et brûle plus longtemps. Nous commandions le nôtre d’un monsieur de Maniwaki. Il arrivait avec son gros camion au début de l’été, en plein pendant la saison des maringouins. Il reculait en faisant sonner son bipbip retentissant et déchargeait son énorme cargaison dans la cour. Une montagne de bûches aussi haute que les fenêtres de la cuisine s’élevait alors, sous nos bouches éberluées et nos yeux découragés. Corde par corde, bouchée par bouchée, à bras ou à la brouette, nous transportions notre combustible jusque dans la shed derrière le garage, où il sècherait jusqu’à l’hiver suivant.  

 

 

Sureau rouge  

Branche au cheese whiz 

 

 

Kalmia à feuilles étroites  

Petites fleurs roses à l’apparence exotique que l’on s’accrochait dans les cheveux pour faire comme dans La princesse des îles. J’apprends aujourd’hui qu’il s’agit d’une espèce indigène. Et qu’elles sont très toxiques.  

 

 

Apocyn à feuilles d’androsème  

Les fées qui vivent dans ces fleurs ont les plus belles robes de toute la forêt. Faites des pétales d’apocyn, elles ondoient avec la brise du mistral, douces comme du satin, de la couleur des bonbons fraise et crème.  

 

 

Clintonie boréale 

Dans la forêt, c’était lui, le fruit défendu. Et il était tentant. D’un bleu saphir, de la taille d’une olive, il semblait être là comme une récompense à réclamer, éclairé par un faisceau de soleil filtré par les branches des arbres qui le protégeaient.  

À mon dernier repas de condamnée, je demanderais une salade de ces fruits bleus. Pour savoir ce que ça goûte, après toutes ces années à saliver devant l’interdit.  

 

 

Aster à grande feuilles  

Les feuilles sont d’excellents substituts aux mouchoirs ou au papier de toilette si on est trop loin de la maison. 

 

 

Sapin baumier (3)  

J’ai dans la tête un vieux sapin tout tordu avec d’énormes excroissances au tronc. La tête penchée sur le côté, je me demande ce que peuvent bien abriter ces bulles. Hypothèses plausibles : une réserve de sève pour l’hiver, ou une branche qui pousse tout entortillée sous l’écorce comme un poil incarné. Hypothèse moins plausible : l’arbre est enceinte d’un bébé arbre qui va naître au printemps, ou bien dans la bosse se trouve une petite maison pour les fées des sapins. Elles sont assez petites pour se faufiler dans les nœuds.  

Mon père dit que ce sont des maladies ou des tumeurs, comme un cancer d’arbre. Je me dis que c’est peut-être pour ça que mon grand-papa en a attrapé un. Il travaille dans le bois depuis qu’il a douze ans.  

 

 

Épinette noire (2) 

L’arbre auquel je pense a été mêlé malgré lui à plus d’une aventure. Un nid de guêpe s’est formé sur une de ses branches, un été, nous empêchant l’accès à une talle de bleuets, juste à côté. Nous avions beaucoup trop peur. Une fois, un homme en parapente avait atterri en plein dedans en tentant d’arriver chez la voisine. Ça avait pris un temps fou l’aider à s’en décrocher, tout emmêlé qu’il était dans sa grande toile et tous ses câbles. Nous avons déjà essayé d’y attacher une balançoire, mais ce fut un succès éphémère : elle n’a tenu qu’un après-midi. Mais surtout, c’était l’épinette de rêve pour grimper. Une première branche assez basse pour que nous puissions nous hisser sans trop de difficulté, et le reste des branches semblaient avoir poussé autour du tronc de manière à ce qu’on puisse y grimper sur plusieurs mètres.  

 

 

Framboisier 

Des enfants marchent, un pot de yogourt vide à la main. Elles sont en mission. Ramener des framboises pour décorer un gâteau d’anniversaire.  

Une décennie plus tard, elles y retournent pour rejouer le scénario, en souvenir du bon vieux temps. Elles reviennent bredouilles. Une maison s’est construite à l’emplacement secret du meilleur spot à framboises de tout le quartier.  

 

 

Épilobes 

La 113 Nord s’étire à perte de vue dans mon pare-brise avec ce qui lui reste de forêt. Les arbres survivants, noircis, à moitié brûlés, défilent dans les fenêtres de chaque côté de ma voiture. Ils se tiennent droit, pareils à des statues commémoratives, leur long tronc aminci dénué de branches et leur cime, pour certains, touffue d’épines noires. La tristesse du décor cendré se fond dans la mienne.  

L’incendie qui a avalé l’équivalent de cinq fois le Lac St-Jean en arbres n’est pas près de se laisser oublier. Le sol noir porte le sceau d’une malédiction ancienne et meurtrièreLes carcasses de bois laissées là, éventrées, calcinées, ont l’air d’un avertissement pour quiconque oserait s’aventurer dans le royaume d’une déesse en colère. Mon regard se perd dans le ciel gris, au loin. Les souvenirs de juin dernier me reviennent par flash. La sécheresse. Les éclairs. Les centaines et les centaines de feux. Les appels incessants au Centre Régional de Lutte. Les communications radio sur toutes les lignes. La fumée. Partout. Jusqu’à New York, même. Le ciel orange en plein après-midi. Le soleil devenu une boule rouge néon. Les évacuations. La ville voisine qui vient demander refuge dans nos gymnases. Les hélicoptères qui débarquent des civils sauvés des flammes sur notre tarmac, en état de choc.  

Dans ma tête, les ravages de l’épuisement s’étendent et se ramifient comme des rideaux de feu dans une forêt sèche. Des milliers d’hectares de neurones carbonisés en même temps que la Baie-James. Je perds la mémoire et la notion du temps, je cherche mes mots et parfois mon chemin. Je pleure tout le temps, si je ne suis pas en train de dormir. Cela fait des mois que je n’ai pas écrit. 

Je roule presqu’une heure, et j’arrive au petit chemin que j’ai emprunté si souvent, à droite, au kilomètre 76, juste après le panneau jaune qui nous avertit de la présence d’orignaux. Je me gare près de l’entrée, devant un grand poteau de métal qui servait autrefois de pied pour l’affiche du camping du Lac Parent.  

Je croyais venir marcher sur un cimetière, mais je suis surprise par le vert vif qui se rassemble déjà par endroits. Des petites pousses et de la mousse ont commencé à se montrer à travers les décombres. Dans quelques mois, les bleuets se mettront à pousser, et avec eux viendront les épilobes par milliers, les trembles, les pins gris et les épinettes noires. La nature est étonnante. Certaines espèces de la flore boréale ne se reproduisent qu’aux lendemains des feux de forêts, une chaleur intense étant nécessaire à la libération des graines contenues dans leurs cônes.  

Les larmes perlent aux coins de mes yeux. Patience. Tirer sur les tiges ne les fera pas pousser plus vite. La verdure perce déjà la couche de débris et de cendres, avec les mots que j’ai égarés et mon envie d’écrire.  

Bouleau et peuplier faux-tremble. Photo prise par I. Samson, 2014.

 

Partie réflexive  

Cet herbier littéraire a été inspiré de l’ouvrage inclassable Révolutions, écrit par Nicolas Dickner et Dominique FortierParu en 2014 chez Alto, Révolutions est un projet littéraire basé sur le calendrier révolutionnaire, effectif en France de 1793 à 1806, qui avait pour mission de «mettre un terme au règne des saints et des saintes qui peuplaient le calendrier grégorien pour marquer les jours au sceau de plantes, d’animaux et d’outils davantage en accord avec les vertus républicaines» (Dickner et al.: 11). Les semaines devinrent des décades de dix jours, et les mois se virent attribuer de nouveaux noms qui représentaient le temps qu’il fait ou les activités agricoles caractéristiques d’une certaine période de l’année. Chaque décade était constituée de huit végétaux, un animal et un outil à mettre à l’honneur. Le choix de ces éléments était également fait en fonction du cycle des saisons. Nous retrouvons, par exemple, le raisin dans le mois des vendanges, et le pissenlit à la fin du printemps. On peut ainsi dire que le calendrier est construit sur un rythme végétal. Le feuilleter revient à regarder en accéléré le cycle des saisons qui se succèdentIl rappelle également l’almanach, calendrier ponctué de prévisions météorologiques, de conseils et de recettes, très estimé dans les milieux ruraux 

Ce que l’ouvrage Révolutions propose, c’est donc une lecture au croisement de l’herbier, du bestiaire et de l’encyclopédie au fil du calendrier révolutionnaire. Dickner et Fortier ont, pour chaque jour de l’année, écrit tous deux un court texte inspiré par le mot emblématique du jour. C’est ainsi que se succèdent observations, souvenirs, réflexions et rêveries enracinés dans le végétal. On y retrouve, par exemple, des recherches sur l’origine des noms vernaculaires des plantes, comme pour le mézéréon (240) et le laurier (251), où l’auteur et l’autrice questionnent notre rapport au végétal dans le langage. Des divagations purement imaginaires, comme ce texte de Fortier inspiré de l’if : «[Le château d’If] c’est aussi le nom d’un autre palais, moins connu, un château des possibles ou mille portes semblables donnent sur mille pièces différentes» (260). Ou encore celui inspiré du haricot : «Il serait plus drôle d’écosser les haricots si l’on ne savait pas avant de débuter ce qui se cache sous les renflements de la cosse : un pois, un caillou blanc, deux pois, un coquillage, une boule gomme […]» (516). On y retrouve également des souvenirs d’enfance ravivés par un végétal, comme les textes sur la pivoine (477) et aussi des textes introduisant des connaissances scientifiques, comme celui sur la fougère (394). Certains textes sont touchants, et d’autres humoristiques, comme le jour du thym où Dickner se contente d’écrire «Toujours pas d’épouvantail?» (476). Une dimension affective est ajoutée par le fait que le calendrier est également un échange épistolaire. Fortier et Dickner, au fil des jours, se partagent des éléments de leur quotidien en discutant autour du jardin du calendrier. De ce fait, osuit la grossesse de Fortierle deuil de son chien, les vacances en famille de Dicknerses voyages en Europe, etc. Le végétal forme donc le point de départ des réflexions, la structure du récit, le rythme ainsi que la majeure partie du contenu. Les textes, élaborés à partir de mots-plantes, transforment le végétal en objet de langage.  

Ainsi, J’ai dans la tête un vieux sapin s’inspire de cet ouvrage pour constituer un herbier autofictionnel où se croisent le rapport au territoire et aux plantesles souvenirs d’enfance, le rythme végétal et des réflexions intégrant connaissances scientifiques et sensorielles. Le titre  est une reprise des premiers mots de la chanson 23décembre du groupe Beau Dommage, chanson qui raconte les Noëls d’enfant d’un point de vue adulte. Ce titre appelle à la nostalgie, aux déambulations dans les souvenirs et à l’importance de l’arbre dans les traditions. De plus, les vers de Michel X. Côté (Alexandre et al.: 11) et la phrase d’Annie Perreault sur le paysage intérieur mis en exergue sont au cœur de la démarche«Moi, si on m’ouvre, on trouvera un lac», affirme Perreault (111). Moi, si on m’ouvre, on trouvera une forêt de conifères. Une forêt dense et brumeuse qui sent la mousse et la gomme d’épinette. J’imagine donc cet herbier comme l’inventaire des plantes qui poussent dans la forêt de mon paysage intérieur. C’est une promenade dans mes souvenirs et dans les forêts qui vivent en moi: j’ai voulu réfléchir à comment j’habite le monde des plantes, et comment elles, en retour, m’habitent. Pour cette raison, on retrouve dans ce texte des plantes poussant dans la forêt qui m’a vue grandir, celle de l’Abitibi-Témiscamingue. L’objectif de cet herbier littéraire est de montrer mon rapport intime à la forêt et aux plantes en adoptant une posture qui révèle une certaine porosité entre la narration et le végétal. Ce dernier me transforme, s’imprègne en moi, marque mes souvenirsPenser à partir de lui me force à changer de point de vue, à raconter mes histoires autrement, à porter attention au sensible. En écrivant, j’investis le matériau planteje le transforme, je traduis sa part d’inconnu et je le réenchante grâce aux mots.  

Un défi important de ce travail a été d’éviter une approche anthropocentrée, dans laquelle la plante ne serait réduite qu’à un miroir ou un symbole de ce que la narratrice vit. Je désirais éviter de résumer le végétal à une simple métaphore et le maintenir comme une entité autonome, qui existe à l’extérieur de moi. Cette tension a nécessité un déplacement du regard du point de vue humain vers celui d’un milieu construit par les plantes, dans lequel mon expérience n’est qu’une parmi d’autres. Toutefois, ce défi a été ardu en raison de l’angle choisi pour écrire l’herbier : celui de mon paysage intérieur. En effet, le recours à la notion de paysage inscrit d’emblée le projet dans une perspective anthropocentrique, le paysage étant indissociable du regard humain qui le constitue. Le paysage est dans l’œil de celui qui le regarde : c’est la rencontre de spropre subjectivité avec la nature qui le crée (Lavallée: 1)Cette dimension anthropocentrée ne constitue toutefois pas un échec du projet, mais plutôt un point de départ critique1Il est légitime de se demander s’il est réellement possible de se détacher complètement du regard humain. Après tout, le langage est une invention humaine, et que pouvons-nous faire pour rendre justice au végétal si nous ne pouvons utiliser de matériau humain pour le faire? Lors de l’écritureil ne s’agissait pas de prétendre pouvoir abolir l’anthropocentrisme, mais de tenter de m’en éloigner en mettant en place des stratégies d’écriture visant à donner plus de place au végétal. Le rythme inspiré de la temporalité végétale, par exemple, décentre le récit de l’expérience humaine. J’ai opté, tout comme dans Révolutions, pour le cycle des saisons plutôt que la ligne du temps des évènements ou l’ordre alphabétique des espèces qui s’y trouvent pour marquer le passage du temps. Ainsi, les entrées suivent la logique végétale, plaçant mon histoire chronologique au second plan. Le sapin, par exemple, revient dans toutes les saisons parce qu’il est toujours là, dominant le paysage de son vert éternel. Les fleurs éclosent dans le printemps du récit ou en plein été. La tombée des feuilles en automne amène les histoires de chasse, et ainsi de suite. Ce déplacement de la focale témoigne de la prédominance des plantes dans l’environnement. Il propose une manière d’habiter le temps narratif à partir du végétal, qui marque sans conteste le déroulement de la vie humaine et de ses activités, justifiant ainsi l’évocation des souvenirs et des traditions. Au fil de la lecture se déploie la multitude d’activités rendues possibles grâce aux plantescabane construite en bois, bois de chauffage, nourriture, espace de jeu, espace de rêverie, etc. Entre les fragments, grâce à cette narration qui met de l’avant la coexistencela vie humaine apparait ainsi non pas au centre du monde, mais prisdans l’enchevêtrement d’un monde construit et constamment métamorphosé par le végétalLa multiplication des rapports entre humains et végétal et particulièrement la dépendance qui nous unit à ce dernier montre que «le monde est avant tout ce que les plantes ont su en faire» (Coccia: 36) 

L’écriture de l’herbier m’a également confrontée à une tension constante entre l’identification au végétal et le risque d’appropriation de la plante. J’ai tenté de mêler imaginaire, connaissances scientifiques et connaissances sensorielles dans un rapport sensible. L’écriture d’un herbier est avant tout un voyage dans la mémoire«où la dimension affective prime parfois sur tout le reste» (Bouvet et al.: 79)Le poétique permet une expérience de lecture enrichissante qui multiplie les possibilités et qui invite à reconsidérer notre rapport au monde (Bouvet et al.: 90)À travers les fragments, grâce au pouvoir des mots, j’ai voulu témoigner d’une relation aux plantes qui évolue selon le regard qu’on lui porte sans m’approprier une vérité ou prétendre connaître le secret des plantes. Certains fragments sont des rêveries d’enfant qui s’imagine un monde magique derrière le mystère de la nature. Cette distance prise avec la «vérité» des phénomènes naturels, en plus de mettre en lumière l’imagination de la narratrice, participe d’une approche du végétal qui traduit la part d’ignorance que nous avons de luiLe mystère est donc préservé grâce à cette stratégie narrative qui met de l’avant l’altérité radicale et irréductible de la nature.  

Lors de l’écriture de cet herbier, j’ai fait plusieurs découvertes sur mon environnement ainsi que sur moi-même. J’ai découvert que j’avais très peu de connaissances sur le véritable nom des plantes, particulièrement les fleurs, que je nommais en fonction de leurs caractéristiques physiques ou des souvenirs d’enfance qui y sont rattachés, comme les vesces jargeaux, ces «fleurs mauves qu’on peut manger». L’ouvrage Plantes sauvages de la forêt boréale (Larivière et al.) ainsi que le site web Fleurs sauvages du Québec m’ont aidée à identifier des plantes sur lesquelles je voulais écrire des textes mais dont j’ignorais complètement le nom. Dans cette même optique, j’ai aussi découvert que je ne connaissais pas leur histoireet donc la mienneJe ne savais pas que les bleuets et les épilobes poussaient rapidement après les feux de forêt. J’ignorais quelles plantes avaient été introduites par les Européens à la suite de la colonisation. Certaines fleurs si caractéristiques de l’été abitibien, comme les épervières, ont été introduites d’Europe. Cela a changé ma perspective sur ce que je croyais être un paysage dit «naturel» et m’a poussée dans une quête effrénée d’une meilleure connaissance de mon territoire. De plus, j’ignorais que certaines fleurs étaient toxiques. Et certains fruits que je croyais toxiques ne l’étaient pas. 

Pour finir, certaines figures reviennent à plusieurs reprises dans mes fragments. Outre les sapins et les épinettes, mes sœurs apparaissent dans beaucoup de souvenirs magnifiés par mes yeux d’enfant parce que c’est ensemble que nous avons grimpé aux arbres et fait de la soupe aux plantes. Nous étions, dans ma jeune tête assoiffée d’histoires, les reines d’un monde magique dont les secrets n’étaient connus que de nous. Il y a toutefois un personnage récurent que je n’avais pas prévu : mon grand-père bûcheron, décédé lorsque j’étais jeune. J’ai été surprise de le voir apparaître à plusieurs reprises dans mon herbier. Il se trouvait là, derrière une épinette touffue, attendant mes mots pour sortir de sa cachetteUne part importante de mes connaissances de la forêt me vient de lui, directement ou indirectement; certaines par l’entremise de mes oncles et de mes parentsqui ont eux-mêmes hérité de ses enseignements ou de ses histoiresPlusieurs moments charnières de ma vie se sont déroulés dans des forêts qui n’auraient sans doute pas fait partie de mon paysage si ce n’avait été de mon grand-père. Lors de l’écriture, chaque souvenir me ramenait à lui d’une manière ou d’une autre. Comme s’il avait planté mes paysages avant ma naissance et que j’avais grandi dans ce qui avait continué de pousser après son départ. 

Écrire la forêt a fait émerger non seulement mon rapport intime et poreux au végétal, mais aussiinconsciemmentun héritage transmis à travers des gestes et des histoires. L’écriture a dessiné les contours d’une forêt où le savoir forestier s’enracine dans la mémoire des disparus, la perpétuation des traditions ainsi que l’expérience intime de la forêt à travers le jeu et l’imaginaire. Mon herbier révèle donc que dans mon paysage intérieur, la forêt constitue autant un lieu fondateur et magique qu’un espace de mémoire intergénérationnelle. 

 

Bibliographie 

ALEXANDRE, Fednel et al. 2021. Prendre pays. Rouyn-Noranda: Quartz, 168 p.  

BOUVET, Rachel, Stéphanie Posthumus, Jean-Pascal Bilodeau et Noémie Dubé. 2024. Entre les feuilles. Explorations de l’imaginaire botanique contemporainQuébec: PUQ, 333 p.  

COCCIA, Emanuele. 2016. La vie des plantes. Une métaphysique du mélange. Paris: Éditions Rivages, 192 p. 

DICKNER, Nicolas et Dominique Fortier. 2021[2014]. Révolutions. Montréal: Alto, 468 p. 

Fleurs sauvages du Québec. En ligne. https://www.fleursduquebec.com/accueil.html  

LARIVIÈRE, Roger et Michel Villeneuve (illustrateur). 2014. Plantes sauvages de la forêt boréale. Rouyn-Noranda: L’ABC de l’édition, 484 p.  

LAVALLÉE, Alain. 1993. «La notion de paysage. Le cadrage de la nature entre l’art et la science.» Horizons philosophiques. Vol. 3, no 2, p. 1–21.  

PERREAULT, Annie. 2021. Les grands espaces. Montréal: Alto, 246 p.  

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