mémoire collective

Fictions de la ligne brisée: Typologie des mises en récit de l’oubli

Par quelles figures parvenons-nous à mettre en récit l’oubli? Sur quoi peuvent se déployer des fictions de l’oubli? Il faut voir d’emblée que raconter l’oubli est paradoxal, parce que le récit est le lieu par excellence de la mémoire. Raconter, c’est conserver, maintenir intact. Le récit est son propre palais de mémoire, puisqu’il organise des lieux ainsi que des espaces et il met en scène des personnages, des destinées. Dans ce contexte, les fictions de l’oubli sont des récits dont la reconstruction est malaisée, des narrations qui s’ouvrent sur des ruines qu’elles tentent de comprendre et d’interpréter afin d’en faire apparaître la part de vérité. Je tenterai ici d’en proposer une typologie, par le biais d’une série de motifs.

Wesley, Bernabé

«Où vont les vaisseaux maudits?» de Marie Cosnay

Aux premières lignes d'«Où vont les vaisseaux maudits?», le narrateur évoque le sentiment que la mémoire collective se réduit désormais à une accumulation d'archives dénuée de sens: «Je me suis installé dans la petite salle que l'on appelle salle des archives alors que depuis longtemps il n'y a plus d'archives mais des dossiers à classer». À cette hypermnésie archivale où l'empreinte du passé sur le présent est quelque chose de figé, la prose de Marie Cosnay oppose un texte fait de spirales de fictions, d'imbrications sémantiques et de figures mystérieuses.
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