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Brousseau, Simon

La banlieue de Thomas Berger, ou le bungalow comme dispositif immunitaire

Un certain nombre de fictions ont mis en scène le banlieusard comme ce type qui cherche à quitter son milieu, voire même à le fuir, tout en étant irrémédiablement ramené vers lui. Il s'agit d'une tension qui anime le banlieusard nord-américain, l'ambiguïté qui fait de lui un sujet digne d'être exploité. Bien qu'il ait la possibilité de vivre le rêve américain, ne serait-ce qu'en mode mineur, il porte en lui les germes d'une révolte intérieure, le désir, au fond, de nier ses aspirations ou plus radicalement ce qu'il est, sans toutefois avoir la force d'y parvenir.
van der Klei, Alice

La banlieue vue d'ici. Les voisins chez Michel Delisle, Mathieu Arsenault et Patrick Nicol

Quand il est question de la banlieue dans les textes littéraires québécois contemporains, on n'échappe pas aux stéréotypes. L'imaginaire de la banlieue nord-américaine est bâti à partir de clichés qui mêlent conformisme, ennui et aliénation. Afin d'aborder la représentation de la banlieue et de son vécu dans la littérature québécoise, nous proposons d'analyser le regard du personnage in media res, celle ou celui qui observe son prochain en milieu banlieusard.
Messier, William S.

Totalement ville, complètement nature

Jusqu'à maintenant, dans mon humble parcours littéraire, je me suis intéressé à la représentation de la vie de jobbeurs, du travail manuel et d'une certaine ruralité industrielle des Cantons-de-l'Est. Ça m'a valu l'honneur d'être associé par la critique à un certain retour à la terre ou au territoire dans la littérature contemporaine. Ce n'est pas sans enthousiasme que je prends graduellement conscience de cette idée. Sauf que je ne peux pas m'empêcher de vouloir aiguiller dans la mesure du possible ces lectures, quitte à écorcher un peu le romantisme attaché à mon supposé retour à la terre. En fait, il faut savoir que je ne suis vraiment pas un gars de campagne.
Loiselle, Fannie

Inventer une mémoire pour la banlieue

Le 28 février 2013, un homme a été englouti par un trou géant qui s'est ouvert dans sa maison, en banlieue de Tampa, en Floride. Seul le plancher de la chambre a sombré avec le disparu; avant d'être rasées par mesure de sécurité, les autres pièces de la demeure étaient intactes. En prenant connaissance de ce fait divers, j'ai pensé qu'il correspondait parfaitement à mon sentiment sur la vie en périphérie d'une grande ville: sa formidable inertie aspire les gens dans les entrailles de la Terre.
Gervais, Bertrand

L'idiot de la banlieue. «Bienvenue au conseil d'administration» de Serge Cardinal

La banlieue rend-elle idiot? A-t-on droit, avec l'idiot de la banlieue, à une simple inclusion, à un fait anecdotique, accidentel - il y a un idiot et il se trouve qu'il est dans une banlieue -, ou à une relation nécessaire, une conséquence formelle, la banlieue faisant de ses habitants des idiots? Que faut-il entendre par idiot de toute façon? En d'où vient cette idée de le lier à la banlieue?
Gervais, Bertrand
van der Klei, Alice
Parent, Marie

Introduction. La banlieue avec et contre ses clichés

Phénomène d'urbanisation majeur, la banlieue a pris de multiples formes en Occident après la Deuxième Guerre mondiale. En Amérique du Nord, alors qu'elle avale progressivement des kilomètres de territoire, elle est devenue une figure incontournable et, d'une certaine manière, embarrassante. Les auteurs qui participent à ce collectif le soulignent touts l'un après l'autre: la banlieue génère presque à tout coup le même lot de tropes, de thèmes et d'images constamment ressassés dans le discours social.
Popovic, Pierre

Note de lecture sur l'incipit d'«Éboueur sur échafaud» d'Abdel Hafed Benotman

Sa première phrase branche le roman d'Abdel Hafed Benotman sur l'une des cinq dimensions de l'imaginaire social, la cognitivité. Pour le tout jeune Faraht Bounoura, dit Fafa, petit dernier de la famille Bounoura, c'est une révélation: «Le savoir -lire et écrire- ne lui servait à rien.» Voilà mise à mal l'une des évidences doxiques contemporaines les plus consensuelles. Savoir lire et écrire est un droit de la personne humaine pour l'Unesco, la République se fait un devoir d'en garantir l'apprentissage pour tous, l'accès à la culture écrite est de longue date une des premières conditions à l'intégration dans une société comme celle de la France.
Ménard, Sophie

Fafa au pays du Père Noël. Microlecture ethnocritique d'«Éboueur sur échafaud» d'Abdel Hafed Benotman

Notre propos est de montrer que l'incipit d'«Éboueur sur échafaud» de Benotman se caractérise par une hybridation et une pluralité culturelles. Relatant un rite fondateur de la virilité, celui de la circoncision, le premier chapitre allie la traversée rituelle musulmane à la fête chrétienne de Noël, dans un jeu subversif et poétique de belligérance culturelle.
Privat, Jean-Marie

Scénographie militante de l'obscène

«Baise-moi» de Virginie Despentes s'ouvre sur deux citations de mauvais augure, mises en exergue. L'une d'origine incertaine oppose brutalement "amour" et "sexe", l'autre est extraite de Souvenirs de la maison des morts de Dostoïevski: «Et parce que tu es tiède [...], je te vomirais par ma bouche.» Le roman se clôt par cette phrase à la fois fataliste et sibylline -«On croit pouvoir y échapper.» Notre hypothèse de lecture est que l'omniprésence polymorphe de la violence physique et symbolique qui parcourt le roman prend toute son insupportable abjection dans la dialogisation de langages et d'univers apparemment très hétérogènes.
Wesley, Bernabé

«Où vont les vaisseaux maudits?» de Marie Cosnay

Aux premières lignes d'«Où vont les vaisseaux maudits?», le narrateur évoque le sentiment que la mémoire collective se réduit désormais à une accumulation d'archives dénuée de sens: «Je me suis installé dans la petite salle que l'on appelle salle des archives alors que depuis longtemps il n'y a plus d'archives mais des dossiers à classer». À cette hypermnésie archivale où l'empreinte du passé sur le présent est quelque chose de figé, la prose de Marie Cosnay oppose un texte fait de spirales de fictions, d'imbrications sémantiques et de figures mystérieuses.
David, Anne-Marie

Les représentations littéraires du travail (1945-2012). Une thèse sociocritique

La rentrée littéraire française de 2010 a été l'occasion de la parution de plusieurs romans sur le monde du travail. Le jeune narrateur de «Libre, seul et assoupi» de Romain Monnery relate avec humour ses premiers démêlés avec le marché de l'emploi, tandis que «L'Enquête» de Philippe Claudel décrit sur le mode kafkaïen une Entreprise tentaculaire où les suicides se multiplient. Nathalie Kuperman et Thierry Beinstingel, quant à eux, traquent dans «Nous étions des êtres vivants» et «Retour aux mots sauvages» le langage et les discours structurant la tragédie salariale quotidienne des anonymes et des sans-grade.
Brière, Émilie

Lecture critique de «Entre broderie et conterie..., Le rêve» de Marie Scarpa

L'article "Entre broderie et 'conterie'..., Le rêve" de Marie Scarpa est une études préliminaire à son essai L'éternelle jeune fille. Une ethnocritique du Rêve de Zola. Initialement paru en 2004, cet article a été sélectionné pour figurer dans l'anthologie L'ethnocritique de la littérature. On peut considérer qu'à ce titre, il exemplifie les présupposés épistémologiques et les protocoles d'analyse propres à cette discipline.
Dominguez Leiva, Antonio

Les voies douloureuses du posthumain dans les mangas et animes nippons

Après les études pionnières de F. L. Schodt sur le manga, il a fallu attendre la première synthèse académique sur l’anime, de la main de Susan J. Napier dans «Anime From Akira to Princess Mononoke», avant de voir lentement émerger des travaux de sociologues, psychologues, médiologues, historiens de l’art, critiques cinématographiques et littéraires sur ces deux versants complémentaires (mais non réductibles l’un à l’autre) de la culture visuelle japonaise.
Joseph-Vilain, Mélanie

Corps et corporalité dans «Moxyland» de Lauren Beukes

«Moxyland» a été publié successivement dans plusieurs pays anglophones, chez des éditeurs différents, avec des couvertures différentes. Sur la couverture de la version publiée chez Angry Robot, on voit les personnages principaux, ceux qui prennent en charge chacun à leur tour la narration. Cette image ne montre que les contours des têtes de ces personnages, et, au milieu de leur visage, entièrement blanc, le symbole qui s'affiche sur l'écran d'ordinateur quand il est impossible d'afficher une image, une croix rouge sur fond blanc dans un cadre noir. Ces silhouettes sans visage annoncent vraisemblablement les vidéos publiées par Toby sur Internet dans le roman, «faces blanked out of course». Pourtant, bien que leurs traits ne soient pas représentés, le lecteur peut identifier ces personnages sans aucune difficulté.

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