Université du Québec à Montréal

Navigations méditerranéennes dans «Léon l'Africain» et «Le périple de Baldassare»

Articles des chercheurs
Année de parution:
2014

Le bassin méditerranéen joue un rôle crucial dans l’oeuvre d’Amin Maalouf. Tout lecteur familier de ses romans, de ses essais ou de ses autres productions s’en aperçoit rapidement. Il suffit de penser à l’importance du Liban dans Le rocher de Tanios, Les désorientés et Origines, à l’exploration des rapports entre l’Occident et le Proche-Orient depuis Les croisades vues par les Arabes jusqu’au Dérèglement du monde en passant par Les identités meurtrières, aux tribulations d’Ossyane dans Les échelles du Levant, etc. Ce qui est moins évident, c’est la place qu’y occupe la Méditerranée, cette mer «du milieu des terres», comme le veut l’étymologie. Comment estelle perçue, conçue, vécue dans les textes maaloufiens? Deux romans en particulier accordent aux navigations sur les eaux méditerranéennes une place de choix: Léon l’Africain, publié en 1986, et Le périple de Baldassare, publié en 2000. Le premier retrace le parcours de Hassan ibn Mohamed el-Wazzân ez-Zayyâti, mieux connu sous le nom de Jean-Léon l’Africain, un célèbre voyageur, ambassadeur et géographe né à la fin du XVe siècle, vers 891-893 de l’hégire, soit vers 1486-1488 après J.-C. Le récit commence en Andalousie, peu de temps avant la chute de Grenade (en 1492), qui conduit vers l’exil des milliers de juifs et de musulmans. Le jeune garçon s’installe avec sa famille à Fès, au Maroc, à l’instar de nombreux Andalous, puis les événements le conduiront à Tombouctou, en Tunisie, en Égypte, en Turquie, en Arabie, puis finalement en Italie, où il sera retenu en captivité plusieurs années, avant d’être baptisé par le pape Léon X. Amin Maalouf a choisi de donner une fin ouverte à son récit, puisque ce dernier se termine avec une traversée de la Méditerranée du nord au sud, de Naples vers Tunis, durant laquelle le protagoniste est accompagné de sa femme, une juive originaire de Grenade et convertie au christianisme, tout comme lui, et de leur fils. Le périple de Baldassare, basé lui aussi sur des sources historiques, se déroule un siècle plus tard, en 1665, quelques mois seulement avant la date fatale de 1666. La plupart des gens, convaincus que la fin du monde approche, l’envisagent avec beaucoup d’appréhension. Baldassare Embriaco, libraire-antiquaire de son état, décide de quitter son village natal de Gibelet, sur la côte du Mont-Liban, pour rechercher un livre intitulé Le centième nom, censé détenir des révélations cruciales pour empêcher la fin du monde. Cet objet aux pouvoirs étranges, qui sème la mort et les incendies sur son passage, échappe toujours de peu au personnage. Au début de son périple, Baldassare est accompagné, en plus de ses deux neveux et d’un serviteur, d’une «veuve» prénommée Marta, dont le mari a disparu depuis longtemps et qui cherche une preuve de sa mort pour pouvoir reprendre sa vie en main. Après Constantinople, les voyageurs embarquent pour Smyrne, puis se rendent à l’île de Chio, où Marta retrouve son époux, au grand dam de Baldassare, obligé de renoncer à son idylle. Il poursuivra seul son périple vers Gênes, la ville de ses ancêtres, avant de se diriger vers Londres, mais son bateau, capturé par les Hollandais, est détourné vers Amsterdam. Quand Baldassare parvient finalement à mettre la main sur le fameux livre, en Angleterre, il subit des crises de cécité passagère, comme si le texte résistait à toute entreprise de déchiffrement. De retour en Italie quelques mois plus tard, il décide de repartir à Chio dans l’espoir d’arracher Marta aux griffes de son mari, mais quand il comprend que leur histoire d’amour n’aura pas de suite, il revient à Gênes. Comme le résumé des romans le montre bien, la dimension géographique occupe une place déterminante dans ces deux romans placés sous le signe du voyage.

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Cet article est la version préliminaire de l’article publié dans Soundouss El Kettani et Rachel Bouvet, dir., Amin Maalouf: une oeuvre à revisiter, Québec, PUQ, 2014, p. 39-64.

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Pour citer ce document:
Bouvet, Rachel. 2014. « Navigations méditerranéennes dans "Léon l'Africain" et "Le périple de Baldassare" ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. <http://oic.uqam.ca/fr/publications/navigations-mediterraneennes-dans-leon-lafricain-et-le-periple-de-baldassare>. Consulté le 26 mars 2017. Publication originale : (Amin Maalouf: une oeuvre à revisiter. 2014. Québec : PUQ. p. 39-64).
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