L'avant-garde n'existe plus comme telle. Elle est assignée désormais au passé comme un objet de mémoire dont il ne reste plus qu'à concevoir l'histoire, en éclairant ses divers épisodes, en suivant leur succession et en analysant leurs effets aussi bien sur l'institution artistique que sur les conceptions de l'art qu'ils ont bouleversées.
Tout porte à croire que l'effort de penser l'avant-garde se limite aujourd'hui à un acte de description a posteriori. Le seul plaisir de rendre intelligible le passé ou encore, plus simplement, la passion des archives justifie assez bien cet effort. Mais celui-ci n'aurait-il pas d'autres effets? Il faut, croyons-nous, reposer la question en d'autres termes : non pas simplement «penser» mais bien «imaginer» l'avant-garde aujourd'hui. Cette légère correction n'est pas qu'un jeu de mot, elle porte à conséquence, car l'imagination disposer très souvent à envisager le proche avenir. Reprenons alors le questionnement. Si l'avant-garde n'est plus qu'un objet de mémoire, si elle n'a d'autre horizon à offrir que son propre passé, on peut tout de même méditer sur les événements actuels ou à venir de son histoire. Imaginer l'avant-garde aujourd'hui consiste à anticiper les conséquences de la mise en récit de son passé. Qu'est-ce que l'histoire de l'avant-garde peut bien produire comme effets sur l'art et la littérature de nos jours? Effets dont la valeur peut être tout aussi bien positive que négative. Il semble effectivement aisé d'imaginer que l'avant-garde puisse servir, comme histoire, de justification à une nouvelle expérience artistique ou, à l'inverse, de contre-exemple. Les leçons que l'on se plaît à tirer de l'avant-garde vont sans aucun doute dans les deux sens. C'est ce genre de questionnement que nous aimerions poursuivre dans ce colloque en nous efforçant de trouver et d'analyser des objets qui, en imaginant une histoire de l'avant-garde, lui dessine nécessairement un avenir.
