Université du Québec à Montréal

Appel à communications - Journée d'étude «Faites-le vous-même»

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Appel à communications
 
Journée d'étude «Faites-le vous-même: activités symboliques, savoir pratique et innovations»
 
5 juin 2015, Université du Québec à Montréal

Dans une étude consacrée à Nelson Goodman, Jean-Pierre Cometti remarque que la pensée du philosophe américain à propos de l’art et de la connaissance en général nous met en garde contre l’hypothèse d’un «monde tout fait» (Cometti, 1997: 43), qui serait souverain quant au langage et aux représentations, tout en en constituant la référence et le critère de signification ultime. Si de prime abord il semble légitime de vouloir cerner ce qu’est le «monde», la «réalité», ou le «réel», la difficulté de cette visée est que le rapport entre le langage et le monde se conçoit à la lumière d’une conception correspondantiste ou représentationnaliste. Ce dernier y est alors pensé comme un objet extérieur à décrire, à découvrir ou, suivant une tendance plus inspirée, à révéler. Venant brouiller la dichotomie entre le savoir propositionnel et le savoir pratique, Goodman suggère que notre activité symbolique -qu’elle relève du langage ou de toutes autres formes d’expression ou d’action- sert moins à découvrir les faits invariablement vrais du monde, qu’à agir directement au sein de celui-ci pour le modéliser et en «fabriquer des versions». Selon lui, «les nombreuses versions différentes du monde sont d’intérêt et d’importance indépendants, et ne requièrent ni ne présupposent d’être réduites à un unique fondement» (Goodman, 1992: 21).

D’après ce constat, il sera question, lors de cette journée d’étude, d’interroger les conditions, les enjeux, les procédés et les dispositifs qui permettraient de cerner et d’exemplifier ce qu’engage l’expression « faire les choses par soi-même1» et ce, au sein d’une diversité de pratiques humaines symboliques, autant quotidiennes que spécialisées. Si le titre de cette journée d’étude est en partie emprunté à la tendance autonomiste Do It Yourself, dont l’objectif est de développer des manières alternatives d’agir et de produire qui se démarquent des modes de production et des conduites propres à la société de consommation de masse, il s’agira d’avoir un point de vue qui, sans l’exclure, ne se limite pas à cette seule mouvance. Ne voulant pas non plus écarter a priori les ressources qu’une telle société met à disposition, il s’agira de réfléchir à différentes façons de penser l’évaluation, la justification, la validation de nos manières d’agir et de faire du sens qui se détachent de ce que l’on considère être des champs de référence privilégiés ou des impératifs dans notre manière d’appréhender le monde et d’y intervenir. Nous nous demanderons comment concevoir la pensée en contexte et comment appréhender des situations ou des manifestations qui échappent à nos habitudes d’action.

On pourra également s’interroger sur différents cas de figure où la mobilisation de ressources ordinaires et la capacité à les adapter dans des circonstances sont en jeu, exemplifiant ainsi des manières de mettre au point des protocoles d’actions, des savoir-faire, des usages et des techniques qui engagent autre chose que la simple application d’un modèle. En plus d’accorder une importance à ces processus de fabrication et à ces modes de savoir, nous nous attarderons conséquemment aux moyens déployés pour favoriser la transmission de ceux-ci et ainsi accorder une importance aux manières dont se tissent nos interactions sociales.

En plus de vouloir trouver des issus à une conception de la signification qui serait unitaire, prédéterminée, substantifiée et solidaire de l’idée de fondement, cette approche qui doit beaucoup à l’esprit pragmatiste vise à se pencher sur le rôle de l’abduction dans le raisonnement ainsi que sur la «créativité de l’agir» (Hans Joas). Or, c’est moins suivant une approche dichotomique qui tend à penser en termes de rupture ou de subversion l’écart entre la règle et l’invention que selon une continuité entre nos manières d’agir que nous préférons considérer les différents aspects de l’innovation humaine. En somme, nous voulons offrir une occasion de réfléchir à cette dernière d’une façon qui échappe d’une part à la quête de fondements, mais aussi aux écueils que sont l’autocréation et l’autonomie de nos activités symboliques.

Puisqu’il s’agît de s’intéresser à l’ensemble des activités symboliques et des savoirs pratiques ainsi qu’aux relais qui peuvent exister entre ceux-ci, cette journée d’étude s’adresse aux chercheurs qui proviennent de différentes orientations (arts appliqués et plastiques, littérature, sciences, sciences humaines).

Pour soumettre une proposition, vous êtes priés d’envoyer un court texte (400 mots maximum) et une courte notice biographique avant le 15 mars 2015 à l’attention de:

Philippe Charron (charron.philippe@gmail.com)
Post-doctorant, Centre de recherche sur les arts et le langage, École des hautes études en sciences sociales, Paris

et

Doctorant en sémiologie, Université du Québec à Montréal

Les présentations ne devront pas excéder vingt minutes et seront suivies d'une période de discussion de dix minutes. Les résultats seront communiqués durant la semaine du 4 avril 2015.  

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