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Conference

Université du Québec à Montréal

Jean Genet: l'érotisme délogé

Castanet, Hervé
Vers 1953, Genet est affronté à une expérience cruciale qu’il décrit à deux reprises — il en sort bouleversé: «Quelque chose, dit-il, qui me paraissait ressembler à une pourriture était entrain de gangrener toute mon ancienne vision du monde.»
Zeghdani, Betty

Le corps fragmenté de la danseuse orientale

Pour les écrivains-voyageurs de la première moitié du XIXe siècle tels que Théophile Gautier et Gustave Flaubert, seul le spectacle de la danse permet la rencontre avec ce corps fantasmé qu’est le corps féminin oriental, autrement dissimulé par les tabous moraux et religieux. Toutefois, mis en valeur à la fois par des ornements particuliers, mais aussi et surtout par la pratique de la danse elle-même, le corps de la danseuse est une apparition morcelée qui donne naissance à une poétique elle aussi soumise à la fragmentation. Dans cette aventure du corps fragmenté, l’ambition d’une connaissance anthropologique authentique doit sans cesse lutter contre la tentation d’une mythification et d’une littérarisation du corps de cette almée dont rêve une civilisation entière.

Fougère, Marie-Ange

La bosse amative: Nuque et désir au XIXe siècle

Que ce soit en littérature ou en peinture, la nuque revêt un potentiel fantasmatique exacerbé au XIXe siècle. Lieu de transition entre la tête et le corps, partie du corps où siège l’énergie vitale, et plus encore lieu de désir échappant au contrôle de son ou sa propriétaire, ce fragment corporel donne à lire tout un imaginaire érotique qui transparaît dans bon nombre d’œuvres littéraires et picturales.

Barde, Cyril

La chair aperçue: piège et fétiche. Une lecture de «L’homme au bracelet» de Jean Lorrain

Dans sa nouvelle «L’homme au bracelet», Jean Lorrain met en scène une pratique de prostitution bien connue du XIXe siècle: la prostitution à la fenêtre. Celle-ci met à profit le pouvoir érotique de la fragmentation du corps grâce au cadrage de la fenêtre, au sein de laquelle les membres, têtes ou bras, émergent, afin de tenter les passants. Toutefois, cet appel fantasmatique et troublant n’est pas sans danger pour le passant de la nouvelle. Il prend par ailleurs plusieurs sens au sein du récit de Lorrain: entre fantastique moderne et mise en abyme de la fiction et de la poétique de l’auteur, le corps et ses fragments font aussi signe au lecteur.

Scarpa, Marie

«À cette heure et en ce lieu...» Micro-lecture ethnocritique de «Dans la solitude des champs de coton»

Connu pour l'écriture très narrativisée voire très poétique de ses didascalies, Koltès choisit pour Dans la solitude des champs de coton de ne faire figurer aucune indication scénique. C'est la parole des deux personnages, un Dealer et un Client, qui construit l'espace et le temps dans lesquels se déroule l'action: un unique dialogue dont l'enjeu est la question même de la possibilité de l'échange. L'un propose sans dire ce qu'il offre exactement, l'autre refuse de mettre un nom sur son désir.
Cazenove, Pavel

Sade, pornographe

Selon l’opinion, un bon écrivain c’est quelqu’un qui a quelque chose à dire et qui le dit bien. Alain Robbe-Grillet —grand sadien s’il en est— a proposé, sous l’apparence d’un paradoxe facétieux mais qui se révèle fort juste, de «définir» l’écrivain comme quelqu’un qui n’a rien à dire et qui le dit mal. Partir du principe qu’un écrivain doit avoir quelque chose à dire, un message profond à faire passer, cela revient à considérer son écriture comme simple acte de communication, alors qu’elle ne peut être qu’une construction, une création.
Kraenker, Sabine
Tuomarla, Ulla

De «Passion simple» à «Se perdre», de «Passion simple» à «Pudhas intohimo»

«Se perdre» d’Annie Ernaux, publié en 2001, est le journal réel d’une passion amoureuse, celle qui avait inspiré le récit autobiographique «Passion simple». Le journal intime de «vérité crue» est ainsi à la base du récit paru lui en 1991. Le récit «Passion simple» a lui-même été traduit en finnois sous le titre «Puhdas intohimo» en 1996, titre que l’on pourrait traduire en français par «passion propre», propre dans le sens où il s’agirait dans le livre d’évoquer seulement la passion amoureuse, pure et exempte de tout autre sentiment. Notre objectif est de voir comment le journal décrit la passion amoureuse, comment le récit retravaille celle-ci et, enfin, comment la traduction en finnois la rééclaire dans une autre langue et une autre culture.
Ben-Ari, Nitsa

Demoiselle en détresse. Le modèle érotique préféré de la culture populaire hébraïque

Examiner la trajectoire des modèles érotiques les plus prisés dans la littérature populaire, y compris les romans de gare, d’une culture qui, pour des raisons exposées par ailleurs, a agrémenté l’image du «sabra puritain» donne un point de vue privilégié tant sur la littérature de grande diffusion (mainstream) que sur la littérature subversive. Le principal objectif du présent article consiste à examiner l’apport de trois manifestations du modèle de la demoiselle en détresse à la littérature populaire israélienne des années 1940 à la fin des années 1960.
Lamnaoui, Slimane

La traduction de l'éros arabe entre thème et version, corps culturel et corps textuel. L'épitre d'Al-Jahïz, «Éphèbes et courtisanes»

La traduction est la forme la plus insidieuse du dialogue des civilisations. Sa tâche en tant que médiation entre langues et cultures intrinsèquement différentes doit négocier un sens pertinent tenant compte de la spécificité de deux blocs monolithiques, de manière à signifier sans trahir la langue de départ ni brader pour autant la langue d’arrivée. Cependant, au-delà de sa dimension fonctionnelle, elle est appelée à tirer profit de son messianisme, celui d’unir les hommes à partir de ce qui les sépare. Cette utopie de resserrer les deux rives doit surveiller constamment cette différence, veiller sur elle, loin du dessein pervers de l’abolir, afin d’éveiller dans la langue d’arrivée la présence de ce qu’il y a d’insubstituable dans l’autre.
Branch, Andrew

La traduction fictive en tant qu'élément érotique dans le roman «Elles ne se rendent pas compte» de Boris Vian

En 1950, le court roman «Elles se rendent pas compte» parut en France, annoncé comme la traduction du quatrième roman de Vernon Sullivan, auteur afro-américain dont l’œuvre était trop controversée pour être publiée dans son propre pays. Le texte présente une version subversive du roman noir: le secours d’un jeune mondain qui se frotte à des personnages douteux dans un univers où l’homosexualité, le travestisme, et la supercherie des sexes soustendent les nombreuses aventures sexuelles des protagonistes.
Boulanger, Pier-Pascale

Traduire pour faire jouir

Si «les traducteurs ont des pudeurs que les auteurs ne connaissent pas», c’est peut-être parce qu’ils pressentent l’inquiétante force des mots. C’est pourtant cette force qu’il faut rendre lorsqu’il s’agit de traduire un texte érotique, dont la fonction avouée est d’exciter le lecteur. Il n’est pas simplement question de traduire les mots, mais aussi la manière d’être des mots dans le langage. Et on se rend compte pour chaque type de texte, qu’il s’agisse d’un récit érotique, d’un texte humoristique ou d’un roman d’action, qu’il y a une efficacité de moyens.
Boulanger, Pier-Pascale

Présentation

Le présent collectif réunit des textes qui explorent les représentations contemporaines de l’érotisme littéraire en traduction. La traduction y est envisagée comme l’activité ardue et parfois compromettante consistant à faire passer la chose érotique entre les langues —en l’occurrence le français, l’anglais, l’arabe, l’italien, l’hébreu, le yiddish et le finnois— et entre les imaginaires culturels. Mais on se rend compte que ce passage des valeurs du texte érotique source est tout sauf évident, puisqu’il implique l’organisation de celles-ci en vue du contexte cible.

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