Université du Québec à Montréal
RADICAL

Vraie fiction et faux documents: notes éparses sur l'assassinat de Bill Gates

Researchers Articles
Publishing Year:
2011

La fiction est donc produite sans intention de duper et reçue au sein d’une pratique éditoriale et sociale où elle est mise en contexte et reconnue pour ce qu’elle est, ne serait-ce qu’à travers les différents dispositifs éditoriaux que Genette regroupait sous le terme de paratexte (1987): la mention «Roman» sur la couverture d’un livre, par exemple, me place immédiatement, lecteur, dans une réceptivité particulière qui est la conditio sine qua non d’un exercice sain de la fiction.

Schaeffer abordait courageusement, dans Pourquoi la fiction?, la question de la fictionnalité des personnages virtuels et reconnaissait, avec clairvoyance, leur capacité à réarranger «jusqu’à un certain point les relations traditionnelles entre la fiction et les autres formes d’interaction avec la réalité» (1999: 9). Parole de sage et non de prophète, sa réflexion restait évidemment muette sur les formes discursives particulières de l’ère numérique qui se sont développées depuis: blogues et réseaux sociaux, créations collectives et multiplateformes, campagnes de marketing viral, images et vidéos partagées, etc. Autant de formats qui amènent à mon sens, lorsqu’on les plie au jeu de la fiction, une déstabilisation du fameux cadre pragmatique posé par Schaeffer. Il semble en effet que les créateurs soient tentés aujourd’hui de repousser et de différer les opérations de cadrage nécessaires à l’attribution de la fictionnalité en tant que valeur. Le maintien d’un flou entre discours factuels et fictionnels, ou entre formes fictives et documentaires, constitue un trait marquant des esthétiques numériques contemporaines. La réception d’oeuvres fictionnelles limites s’effectue souvent désormais sur la construction progressive d’un cadre pragmatique plutôt que sur son établissement inaugural. Faisant l’expérience d’une fiction, on peut mettre longtemps à comprendre dans quelle proportion et suivant quelle logique il faut associer les propositions d’un texte à un monde fictionnel et à son propre univers de référence, voire se tromper complètement.

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Cet article est d'abord paru dans la revue Protée (vol. 39, n°1) en 2011.

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To cite this document:
Archibald, Samuel. 2011. “Vraie fiction et faux documents: notes éparses sur l'assassinat de Bill Gates”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. <http://oic.uqam.ca/en/publications/vraie-fiction-et-faux-documents-notes-eparses-sur-lassassinat-de-bill-gates>. Accessed on November 21, 2018. Source: (Protée. 2011. vol. 39-1, pp. 77-88).
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