Université du Québec à Montréal

Göksin Sipahioglu

Göksin Sipahioglu

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Göksin Sipahioglu est mort ce mercredi 5 octobre. Photographe et grand reporter, fondateur de l'agence Sipa en 1973, fleuron du photojournalisme français au coté de Gamma et Sygma, Sipahioglu, grand collectionneur de scoops et d'images primées, fut l'artisan et le témoin des principales évolutions du photojournalisme. Il a vécu l'époque « romantique » du photojournalisme d'actualité, celle dotée de moyens financiers époustouflants et où chacun carburait au Martini et à l'adrénaline. Il a aussi vu la paupérisation du secteur et la peopolisation de l'info. Mais à la différence de certains, le rôle accru des amateurs dans le traitement journalistique de l'actualité ne l'a pas inquiété. Il demeura sourd à cette antienne annonçant la mort du photojournalisme. Il vit plutôt dans l'émergence du journalisme citoyen et participatif l'occasion d'une refondation de son métier de reporter et de grand patron d'agence.

À ce propos, voici pour mémoire quelques extraits d'un entretien réalisé par Claire Ané paru le 17 février 2005 dans le quotidien français Le Monde.

Göksin Sipahioglu : "La nouveauté, c'est que tout le monde va devenir photographe"

Vous avez parlé de fonder une agence de photo amateur. Pourquoi ce projet aujourd'hui ?

Göksin Sipahioglu : Cela fait cinquante ans que nous récupérons des photos amateurs. C'est même devenu plus facile, car les amateurs appellent, alors qu'auparavant, il fallait les trouver. La nouveauté, c'est que tout le monde va devenir photographe, le tsunami l'a montré. Et qu'une agence comme Sipa, qui recevait trente reportages par jour, en reçoit maintenant cent, et les journaux, des milliers. La difficulté est aujourd'hui d'éditer les bonnes photos. Pour moi, ce sont les agences qui doivent sélectionner et légender les bonnes photos, y compris amateurs, et les proposer au journal qui peut être intéressé. C'est pourquoi je songe à créer une agence qui récupérerait des photos, et pourrait présenter des tirages - les journaux les préfèrent aux envois numériques, car la qualité est bien meilleure.

 

Comment imaginez-vous cette agence ?

Cette agence ne produirait rien elle-même. En France, la production revient très cher, car il faut payer les pigistes en salaires, avec 50 % de charges sociales, et c'est pour ça que les agences ont eu beaucoup de problèmes. Avec des amateurs, on ne paie pas de charges. Ce serait une petite structure, peut-être 10-15 personnes, alors que Sipa en emploie 120. Elles contacteraient des gens dans le monde entier, feraient des publicités, utiliseraient Internet, pour dire nos besoins et éduquer les gens. Je vais voir à partir de l'année prochaine, car pour des raisons de concurrence, il me faut attendre trois ans (depuis son départ de Sipa, fin 2003, NDLR) avant de fonder une nouvelle agence de presse. Je ne serais pas triste que d'autres agences reprennent mon idée, et créent une équipe spécialisée. Il faut avoir l'habitude de chercher des photos amateurs. Pour l'instant, on va à l'aéroport rencontrer les gens qui reviennent, mais seulement pour les grands événements. Pas pour des choses du quotidien.

 

Pensez-vous que des photos du quotidien peuvent intéresser des médias déjà submergés, comme vous le soulignez, de photos professionnelles ?

C'est au rédacteur en chef de trouver des idées. Les photographes professionnels ne sont pas intéressés par certains sujets. Des photos d'animaux, par exemple, comme dans le film La Marche de l' empereur. Ces animaux existaient, mais personne n'avait eu la curiosité d'y aller... Tous les journaux publient des photos de paparazzis. Si en France, les stars peuvent utiliser la loi pour gagner de l'argent après des photos, à l'étranger, tout le monde peut prendre des photos facilement, dans la rue ou un magasin, et pas seulement dans des lieux privés.

 

Estimez-vous que les amateurs feront d'aussi bonnes photos que les professionnels ?

Les amateurs peuvent faire de meilleures photos parce qu'ils sont là. On trouve aussi de grands artistes, des gens qui rêvent de gagner leur vie avec leurs photos. Et avec le numérique, il n'y a plus de problème de lumière, 80 % des photos sont bonnes. On peut les corriger, les rendre plus nettes, les foncer ou les éclaircir, beaucoup plus facilement et rapidement qu'en jouant avec l'agrandisseur argentique.

 

Pour accéder à l'intégralité de l'entretien : http://www.lemonde.fr/carnet/article/2005/02/17/goksin-sipahioglu-la-nou...

To cite this document:
Lavoie, Vincent. 2011. “Göksin Sipahioglu”. In Photovigie. Carnet de recherche. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. 5 octobre 2011. <http://oic.uqam.ca/en/carnets/photovigie/goksin-sipahioglu>. Accessed on July 21, 2019.
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